C'est l'une des publications qui ont amusé les utilisateurs de Twitter en ce début d'année : un listing complet de toutes les "indignations" qui ont rythmé l'année sur les réseaux sociaux. Des plus futiles aux plus absurdes, ce "twittos" veut montrer que "nous générons parfois beaucoup de bile pour pas grand-chose".

Le tweet a généré plus de 3 000 partages et 7 400 "j'aime"
Le tweet a généré plus de 3 000 partages et 7 400 "j'aime" © Capture d'écran Twitter

Souvenez-vous, le 2 janvier dernier, l'éditorialiste Christophe Barbier rappait à l'antenne, suscitant les moqueries de Twitter. Dix jours plus tard, Twitter s'insurgeait contre un article de Slate sur la série Friends, jugée sexiste, homophobe et grossophobe par les jeunes générations. Début février, c'est un article du magazine Elle sur le "souping", nouveau "juicing", qui fait bondir le réseau social à l'oiseau bleu. Quelques jours plus tôt, Alain Juppé avait râlé - sur Twitter, toujours - contre son TGV Bordeaux-Paris retardé par la neige. 

Et ainsi de suite. De quoi nous faire croire que Twitter est un réseau social tout juste bon à ce que chacun râle et fasse part de ses petites indignations du quotidien ? C'est en tout cas ce qu'a relevé un internaute, identifié sous le nom de @HernstBurgler.

Votre indignation, c'est mon tableau"

Qu'y trouve-t-on ? Quelques sujets parfaitement anecdotiques ("Danielle Obono remporte son pari avec Cauet en parlant de boloss à l'Assemblée"), beaucoup de "petites phrases" polémiques dans la sphère politique ("Richard Ferrand élu président de l'Assemblée nationale, exulte 'Excusez-moi de ne pas être une femme'), des saillies médiatiques qui ont fait parler (France Inter n'en est pas exclue, avec "Léa Salamé et Nicolas Demorand commentent l'annonce de la démission de Nicolas Hulot sur France Inter"). On y trouve aussi de vrais sujets d'actualité, comme une accusation d'agression sexuelle contre l'acteur Gérard Depardieu ou la France qui refuse d'accueillir le bateau Aquarius avec 58 migrants à son bord. 

Ce tableau Excel contient pour 2018 pas moins de 124 entrées, soit une indignation tous les 2,94 jours en moyenne, on a fait le calcul. Quelle que soit la teneur ou l'ampleur d'une indignation, le plus impressionnant c'est la rapidité avec laquelle elle est chassée par la suivante. C'est ce que nous a expliqué Hernst Burgler, qui dit être "un quadragénaire qui travaille dans l'aéronautique"... "et je suis passionné par les tableaux Excel", ajoute-t-il. Nous l'avons interrogé sur les raisons qui l'ont poussé à créer ce tableau, sur sa manière de choisir les "indignations" et sur ses pronostics pour 2019.

Pourquoi avoir commencé à lister ces indignations ?

"Cela fait quelques années que je vois de nombreuses polémiques lancées via un article, une publicité ou une intervention politique (la petite phrase pour faire parler), et j’ai toujours eu l’impression que ces sujets étaient très rapidement oubliés, remplacés par autre chose de tout aussi "révoltant". J’avais également l’impression que les indignations avaient pris le pas sur ce qui faisait de Twitter un espace joyeux et convivial.  

J'ai donc eu "l'idée" de répertorier au quotidien les sujets qui suscitent beaucoup de réactions négatives dans ma timeline [le flux des abonnements sur Twitter, ndlr] afin de montrer qu’on oublie très rapidement nos motifs d'excitation, puisqu'on passe à une autre indignation. Mais aussi pour montrer rétrospectivement l'aspect mineur de certains "combats" (le titre d’un article de presse, la vraie recette des pâtes à la carbonara …). L’objectif était simplement de montrer qu’au final nous générons beaucoup de bile pour parfois pas grand-chose".

Quelle est votre méthode ?

"Elle est très simple - et bien évidemment très subjective et complètement biaisée. Mon unique source de repérage est Twitter, et plus précisément ma timeline, composée uniquement des productions et retweets des personnes que je suis (250 environ). En parcourant rapidement ce flux, je repère le sujet qui fait beaucoup parler et qui suscite pas mal de remarques. Et si sur l’article en question, je vois un nombre important de retweets et de commentaires ça sera mon "indignation du jour". 

Dernièrement par exemple, il paraissait assez évident de sélectionner, pour mon tableau, l’article de Elle sur le "showering" ou les réactions aux propos Joachim Son-Forget : je ne voyais que ça. Ces motifs d’indignation sont subjectifs, ce sont ceux de ma timeline, et je suis sûr qu’en ayant une autre timeline j’aurais un tableau bien différent. Enfin, nombreux sont ceux qui pensent que ce tableau demande énormément de temps à être complété... et en fait pas du tout : je dois y consacrer 20 minutes maximum par semaine". 

Vous avez des "critères" qui font qu'une "indignation" rentre dans votre listing ? 

"Les meilleures indignations sont de mon point de vue celles qui portent sur des sujets que je trouve très anecdotiques ou qui reniflent très fort la volonté de faire parler d’un journal, d’une enseigne ou d’un homme politique. Ce furent par exemple la double ration de frites à la cantine pour Nicolas Sarkozy, le fichage de l’ADN des excréments de chien de Robert Ménard ou Christophe Barbier qui fait le poirier sur BFMTV. Entre ce genre de sujet et d’autres choses qui me semblent bien plus graves, je vais préférer inscrire dans le tableau les choses futiles".

Vous avez commencé en 2016 ; avez-vous constaté une évolution dans la nature ou la fréquence des indignations ? 

"J’ai commencé le 16 août 2016, quand Renaud Lavillenie a critiqué les sifflets du public brésilien des JO. Mais cela faisait quelque temps que j’avais l’idée en tête. J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus d’indignations chaque jour : au début, je n’étais jamais confronté au choix entre deux sujets. C’est peut-être l’évolution de Twitter qui veut ça. Néanmoins, je ne cherche pas à tout prix à remplir chaque jour le tableau. Si rien n’apparaît, peu importe... et à la limite c'est tant mieux". 

Sur toutes les indignations que vous avez relevées, avez-vous vos favorites, celles qui vous ont le plus amusé ou que vous avez trouvé les plus inutiles ?

"Ma favorite, c’est sans aucun doute le fichage (souhaité par Robert Ménard) de l’ADN des excréments de chiens. Pour l’année 2018 c’est peut-être "Alain Juppé qui rouspète car son TGV a mis 4 heures pour faire Bordeaux-Paris (à cause que la neige)". Mes indignations favorites sont généralement celles que je trouve le plus inutiles".  

Et vous, qu'est-ce qui vous indigne (dans la vraie vie... et sur Twitter ?)

"Il y a quand même pas mal de lignes dans le tableau qui comprennent mes propres motifs d’indignation. Comme tout le monde j’ai mes sensibilités et je ronchonne régulièrement sur beaucoup de sujets. Mais j’ai quand même du mal à me passionner pour le débat autour de la recette des pâtes à la carbonara ou la petite phrase d’un inconnu qui se demande 'ce qu’il va dire à sa fille de huit ans'".

En 2019, allez-vous poursuivre la démarche ? 

"Oui, toujours dans le même esprit, comme un petit artisanat local. Je reçois des demandes pour "industrialiser" le procédé, mettre en ligne le tableau, le faire évoluer. Je refuse systématiquement car ce n’était pas l’objectif de la démarche et le format actuel me convient très bien. Je comprends que certains aient envie d’aller plus loin, sur l’occurrence de tel sujet ou la présence des politiques, mais il ne me semble pas intéressant de tirer des éléments statistiques à partir de ce tableau qui est seulement issu de mon observation".

Un pronostic pour les indignations à venir ?

"J’ai du mal à avoir une idée claire sur ce sujet mais avec les élections européennes en approche j’imagine que nous aurons droit à de belles petites phrases des politiques, petites phrases qui devraient susciter beaucoup d’émois dans la communauté. Mais cela restera somme toute assez classique dans les entrées du tableau Excel".

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