L'application connecte des milliers de commerçants débordés par les invendus, avec des millions d'utilisateurs en quête d'aliments "trop bons pour partir" à la poubelle. De quoi faire de l'écologie et de belles économies, le tout près de chez soi.

Comme Youness, plus de deux millions de personnes auraient déjà téléchargé cette application contre le gaspillage en France.
Comme Youness, plus de deux millions de personnes auraient déjà téléchargé cette application contre le gaspillage en France. © Radio France / Léa Guedj

Chaque année, nous gaspillons 10 millions de tonnes d'aliments, selon l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (Ademe). Pourtant, depuis 2016, une loi oblige les grandes surfaces à donner leurs invendus à des associations. Mais l'anti-gaspi se met désormais à la portée de tous ceux qui possèdent un smartphone et quelques euros en poche. 

Cela fait quelques années déjà que des starts-ups françaises se sont lancées dans la chasse au gaspillage. À l'image de Zéro Gachis ou  Optimiam, Lucie Basch a fondé Too Good To Go, il y a deux ans, avec deux objectifs : "Garantir que, chaque soir, il n'y ai plus rien dans les poubelles" et "permettre à chacun de profiter de la lutte contre le gaspillage alimentaire". Le principe est simple : l'application géolocalise l'utilisateur pour lui indiquer des commerces qui ont des produits invendus. Les prix varient, de deux à huit euros, pour un panier généralement bien garni. Ensuite, il suffit de s'y rendre aux horaires indiqués, avant la fermeture. 

Résultat des courses, elles sont abondantes pour quelques euros, comme en témoigne ce "twittos" gourmand.

Depuis qu'il a téléchargé l'application il y a trois mois, Youness se rend régulièrement dans un restaurant bio, à proximité de son lieu de travail. Chaque fois qu'il récupère son panier d'invendus, "c'est la surprise". Aujourd'hui, ce sera "deux sandwichs et deux salades", le tout pour seulement 4,5 euros. En réalité, l'ensemble de ces produits vaut au minimum 15 euros. Paul-Emmanuel vend à perte, mais peu lui importe. "Pour nous, c'est indispensable, sans l'application, on jetterait environ 5 kilos de nourriture tous les jours", estime le co-gérant d'un restaurant rapide bio rue Montparnasse, dans le 2e arrondissement de Paris.

Le commerçant y trouve son compte, puisque "certains clients sont venus via Too Good To Go et viennent désormais manger ici tous les jours". Un exemple du principe "gagnant - gagnant" revendiqué par Lucie Basch. "On va permettre à l'utilisateur de manger à petit prix, au commerçant de récupérer des sommes sur ces produits qu'il aurait jetés, et nous on va prendre une commission sur chaque repas acheté qui va nous permettre de développer l'entreprise", explique l'entrepreneuse. Sur un panier de 4,5 euros concocté par Paul-Emmanuel, par exemple, la start-up empochera un euro, en plus des 39 euros de frais administratifs annuels.

Plus de 10 000 paniers d'invendus sont récupérés chaque jour

4 000 commerçants - boulangers, pâtissiers, traiteurs, supermarchés... - ont déjà été séduits par l'application, et un peu plus de 2 millions de personnes l'ont téléchargée. Too Good To Go ne cesse de s'agrandir, mais l'entreprise a aussi ses détracteurs sur les réseaux sociaux. Certains, comme cette internaute, y voient une façon de détourner des produits destinés aux personnes démunies. 

La fondatrice s'en défend. Son application serait plutôt "complémentaire" de l'action des associations, car celles-ci "ne peuvent passer dans tous les supermarchés, et _il y a largement assez de gaspillage alimentaire pour en faire profiter un maximum de personnes"_, constate Lucie Basch. "Les gens qui sont dans le besoin sont en contact avec les associations, et beaucoup d'entre elles se retrouvent avec tellement de produits qu'elles se mettent elles-mêmes à en jeter", déplore-t-elle. Pour participer à cet effort de redistribution, les utilisateurs de l'application peuvent donner une somme qui sera reversée aux associations pour contribuer au financement des maraudes.

Chaque jour, grâce à l'application, plus de 10 000 paniers trouvent preneurs. Reste à savoir si de telles initiatives et l'action des associations suffiront à atteindre l'engagement pris dans le cadre du Pacte national, initié en 2017 : réduire de moitié le gaspillage alimentaire à l’horizon 2025.

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