Entre deux voyages dans l'espace organisés par et pour les hommes d'affaires Richard Branson et Jeff Bezos, la question de la pollution engendrée par ce tourisme pour milliardaires gagne du terrain.

Richard Branson en apesanteur dans la capsule UNITY22 de Virgin Galactic, le 11 juillet 2021
Richard Branson en apesanteur dans la capsule UNITY22 de Virgin Galactic, le 11 juillet 2021 © AFP / EyePress News

Si le tourisme spatial, qui en est, ces jours-ci, à ses premiers balbutiements, ne pose pas encore de réel problème quand à la pollution de l'univers, cette dernière risque bien de s'intensifier si le secteur gagne de l'ampleur. 

Le 11 juillet, le milliardaire britannique Richard Branson s'envolait avec succès pour quelques minutes à la frontière de l'espace, tandis que ce mardi, c'est au tour de Jeff Bezos, l'homme le plus riche du monde et ex-patron d'Amazon, de se glisser dans une capsule pour voir l'infini de plus près. Et ces vols privés "suborbitaux" ne seront pas les derniers : la société de Richard Branson, Virgin Galactic, a déjà vendu 600 billets, entre 200.000 et 250.000 dollars, et ambitionne à terme de mener 400 vols par an. Si l'impact sur l'environnement de ces quelques tickets est pour l'instant anecdotique, le problème devrait rapidement se poser si ce tourisme devient massif.

"Si on veut envoyer 50000 personnes par an dans l’espace, là, on a un vrai sujet. Ce n’est pas juste envoyer quelques fusées de plus ; d’autant plus que les technologies utilisées par Branson ne sont pas très propres", déclarait notamment le PDG du Cnes (l'agence spatiale française), Philippe Baptiste, sur France Inter, même si le scientifique américain Martin Ross, qui a comparé les technologies des deux milliardaires, a montré que le véhicule de Jeff Bezos doit utiliser un mélange d'hydrogène et d'oxygène, considéré comme moins polluant.

Des émissions de CO2 monumentales

Le vaisseau de Richard Branson apparaît en revanche particulièrement polluant : sa technique de propulsion à carburant solide produit du CO2 (principal responsable du changement climatique) et crache des suies en traversant la stratosphère. Christophe Bonnal, de la direction des lanceurs du CNES, estime que "c'est comme si vous brûliez un pneu dans une zone de l'atmosphère où l'air, moins dense, se recycle moins vite". Virgin Galactic, de son côté,  indique que l'empreinte carbone d'un de ses vols "équivalait à celle d'un voyage individuel en classe affaires à bord d'un vol Londres-New York" en avion.

Mais plusieurs scientifiques alertent, dans un article publié il y a quelques mois : les virées suborbitales de Virgin Galactic représenteraient tout de même "4,5 tonnes de CO2 par passager", soit "deux fois l'émission individuelle annuelle permettant, selon le Giec (groupe d'experts climat de l'ONU, NDLR), de respecter l'objectif du 2 °C de l'accord de Paris" de 2015.

Manèges de luxe pour super-riches

Au delà de ces questions écologiques, le simple modèle de ce tourisme couteux et à l'empreinte carbone déplorable est un signal qui passe mal, à l'heure où la sobriété énergétique est de mise . "On peut se demander si ces voyages ne sont pas un besoin superfétatoire", avance Arnaud Saint-Martin du CNRS. Aux riches fans d'espace soucieux de leur bilan carbone, il sera par exemple bientôt possible de tester des voyages en ballons "à zéro émission", que proposera notamment la société française Zephalto dès 2024. À 25 km d'altitude, propulsés par de l'hélium - un gaz neutre -, les passagers plongeront dans l'obscurité de l'espace pour y admirer la courbure de la planète bleue. Sans la mettre à mal. 

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