Y aller ou pas ? Sur les principaux groupes Facebook de gilets jaunes, le débat est vif entre ceux, nombreux, qui veulent manifester "en force" samedi 8 décembre et ceux pour qui il faut se "reposer" et "profiter des fêtes" car "le combat est gagné".

La Liberté guidant le peuple... rhabillée en "gilet jaune". Capture d'écran du groupe Facebook "Gilet jaune"
La Liberté guidant le peuple... rhabillée en "gilet jaune". Capture d'écran du groupe Facebook "Gilet jaune" © Sebastien Fevrier

Une suspension, puis une annulation pure et simple : face à la pression, mercredi soir, l’Élysée a annoncé qu'elle abandonnait les taxes sur le carburant. Une main tendue aux “gilets jaunes” pour tenter de faire baisser la tension, à deux jours de l’Acte IV du mouvement, prévu samedi 8 décembre. En parallèle, le gouvernement multiplie les alertes aux débordements violents. Ce jeudi, Édouard Philippe annonçait une mobilisation exceptionnelle de 65 000 forces de l'ordre à Paris samedi. Messages entendus par une partie des manifestants, qui acceptent de baisser les armes, du moins temporairement. Mais d'autres, très nombreux, continuent d'appeler au rassemblement à Paris. 

"Soyons unis samedi, la France à Paris"

Mercredi soir, invité de BFMTV, Éric Drouet, l’une des figures du mouvement, appelle à investir l'Élysée le 8 décembre. Le lendemain, il publie un sondage sa page Facebook "La France en colère !!!" (284 000 membres) pour demander aux "gilets jaunes" ce qu'ils en pensent. Ce n'est qu'une photo, le sondage n'a pas de valeur, mais près de 14 000 personnes plébiscitent sa prise de position. Ils sont moins de 10% à la juger excessive.

Capture d'écran du sondage d'Eric Drouet prise le 06/12 à 15 h
Capture d'écran du sondage d'Eric Drouet prise le 06/12 à 15 h / Eric Drouet / Facebook

Sur ce même groupe, de de nombreux commentaires d'internautes témoignent de l'envie de manifester à Paris. Patrice écrit par exemple : "On sera 4 dans la voiture en route vers Paris, et même si il faut prendre 6 personnes, on se serrera". Jeanne : "_On y sera comme les autres weekends, on les réserve depuis le début pour les gilets jaunes_, tous ensemble on va y arriver". Steve publie un visuel appelant au rassemblement pour l'Acte IV. Il récolte près de 250 "likes" en quatre heures.

Capture d'écran prise le 06/12 à 15 h
Capture d'écran prise le 06/12 à 15 h / DR / Facebook

"Soyons unis samedi, la France à Paris" écrit encore Christophe. Florentin, lui, publie cette question sur le groupe de "La France en colère !!!" : "Samedi mobilisation à Paris ou pas ?" Il récolte plus de 1000 "likes" et autant de commentaires, pour le moins équivoques. Une dizaine de réponses, et presque autant de "oui". 

Capture d'écran faite le 06/12 à 12 h
Capture d'écran faite le 06/12 à 12 h / DR / Facebook

Seule une personne, Lily, écrit : "NON. Arrêtez d'aller la tête baissée là où on vous attend..." Comme elle, certains membres des "gilets jaunes" appellent à cesser les manifestations. Sur le groupe "Gilet jaune", qui rassemble 147 000 membres, Tristan publie lui aussi son coup de gueule : "Tous à l'Elysée mais c'est ridicule !!! Casser ? Et après ? _(...) Il serait plus intelligent de réfléchir à ce que notre mouvement peut apporter du constructif, ce qu'il peut faire changer et de quelle façon. Il faut toujours être mobilisés, plus que jamais mais nous ne sommes pas des chiens enragés, nous sommes sensés, intelligents, constructif_s." 

Comment penser que détruire, casser, ou pire puisse apporter quelque chose de vraiment positif. Nous perdrons toute crédibilité et ferons le jeu du gouvernement et des extrêmes. Nous valons mieux que cela non ? - Tristan, sur le groupe "Gilet jaune"

Stop ou encore ? Les débats sont souvent animés entre pro et anti-Acte IV. En témoigne par exemple cet échange, entre Nicolas et d'autres internautes. "Stop à la violence, le combat est gagné", écrit-il. "Mort de rire, on est loin d'avoir gagné.." lui répond Chloé. Nicolas conseille aux "gilets jaunes" : "Bravo pour votre combat, pensez à vous reposer maintenant et à profiter des fêtes." Réponse d'un autre internaute : "Sûrement pas mon cher ! _Retournez manger vos miettes si ça vous convient_."

Échange entre des pro et anti-rassemblement à Paris
Échange entre des pro et anti-rassemblement à Paris / DR / Facebook

"Ce mouvement n'a pas vocation à casser du flic. C'est n'importe quoi !!!"

Au milieu du précédent échange, Nicolas pose une question. "Le gouvernement a reculé, que voulez-vous de plus ? La guerre ?" Personne ne lui répond directement, mais le thème des violences et des débordements fait lui aussi débat dans les groupes de "gilets jaunes". Le gouvernement, qui ne cache plus ses craintes quant à la manifestation parisienne, prévoit des "moyens exceptionnels" : 65 000 membres des forces de sécurité déployés dans toute la France. Une démonstration de force qui inquiète certains "gilets jaunes"... Et en énerve d'autres. Comme Julien : "Qu'ils commencent à arrêter de gazer à l'aveugle." Wecko : "Le pacifisme, ça va 2 min !" ou encore Ben : "Faut tout péter."

Capture d'écran sur le groupe "Gilet jaune"
Capture d'écran sur le groupe "Gilet jaune" / DR / Facebook

Pour autant, la plupart des "gilets jaunes" appellent à la manifestation sans violence. "Ce mouvement n'a pas vocation à casser du flic. C'est n'importe quoi !!! (...) Au lieu de faire marcher vos muscles, faites marcher votre tête", écrit Christine sur la page "Gilet jaune". Plus bas, Elodie implore : "VITAL POUR SAMEDI : ne pas casser ni céder à la violence. Ce serait jouer le jeu des politiques et leur donner raison." Sa publication atteint plus de 330 "likes" en quatre heures.

Capture d'écran prise le 06/12 à 16 h
Capture d'écran prise le 06/12 à 16 h / DR/ Facebook

Si les débats sont parfois enflammés, avec des insultes qui fusent de part et d'autre, ces publications sur les groupes Facebook des "gilets jaunes" montrent bien les prises de position multiples des manifestants. Pour autant, impossible de savoir réellement comment se déroulera l'Acte IV, samedi 8 décembre. Face à cette grande inconnue, le gouvernement conseille en tout cas aux "gilets jaunes" d'éviter Paris, pas pour "leur interdire de s'exprimer", mais "pour éviter qu'ils soient pris au piège que leur tendent les casseurs". Selon les chiffres de l'Intérieur, samedi dernier, l'Acte III a fait 182 blessés dont cinq graves parmi les manifestants, et 81 blessés du côté des forces de l'ordre.

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