Ce mardi, le Président de la République a précisé le cap du gouvernement au sujet de la transition écologique. Au programme : fermetures de centrales, réunion avec les “gilets jaunes”, fiscalité du carburant... Du côté des opposants, à droite comme à gauche, les critiques n'ont pas tardé à fuser.

Discours du Président le 27 novembre à l'Élysée
Discours du Président le 27 novembre à l'Élysée © Maxppp / Thomas Padilla

Vouloir traiter l’urgence sociale en renonçant à l’ambition écologique, c’est maintenir les Français dans une mauvaise situation”, a expliqué ce mardi Emmanuel Macron, alors qu’il présentait le plan de vol de l’État pour les dix années à venir. Avec quelles mesures au programme ? 

Les "gilets jaunes"

Les représentants des gilets jaunes seront reçus mardi après-midi même par François de Rugy, ministre de la transition écologique, sur demande du Président. "Je ne confonds pas les casseurs avec ceux qui ont voulu porter un message", a précisé le chef de l’État qui souhaite, par ailleurs, associer les “gilets jaunes” à la grande concertation territoriale prévue avec les collectivités, les élus et les associations pour évoquer la transition écologique. 

Le budget des énergies renouvelables

Le budget consacré aux énergies renouvelables sera augmenté, passant de 5 milliards d’euros aujourd’hui à 7 ou 8 milliards. 

D’ici 2030, le gouvernement prévoit de tripler la part de l’éolien terrestre, et de multiplier par cinq la part du photovoltaïque.

La réduction du nucléaire

Parallèlement, Emmanuel Macron a confirmé l’objectif de faire baisser à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2035. Actuellement, cette part s’élève à 70 %. 

Par ailleurs, toujours d’ici 2035, le Président promet la fermeture partielle de 14 des 58 réacteurs nucléaires français. Pour autant, il n’y aura aucune fermeture complète de sites nucléaires, “pour limiter les conséquences sociales et économiques pour les territoires”, selon le chef de l’État. 

Concernant le calendrier précis, deux réacteurs pourraient être arrêtés en 2025-2026, “si la sécurité d’approvisionnement est assurée et si nos voisins européens accélèrent leur transition énergétique”. Deux réacteurs seront arrêtés en 2027-2028, et quatre à six réacteurs seront fermés avant 2030. La centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) sera arrêtée à l’été 2020. 

Greenpeace France, qui a publié un communiqué sur Twitter, déplore une réponse "pas à la hauteur de l'urgence climatique".

Les Amis de la Terre dénoncent aussi, selon eux, un "nouveau recul du gouvernement face aux lobbies".

L'association Sortir du nucléaire critique quant à elle le calendrier du gouvernement, trop tardif selon elle.

La transformation d'EDF

Le gouvernement souhaite qu’EDF propose des évolutions pour s’adapter à la ligne de la PPE (programmation pluriannuelle énergétique). Le groupe devra préparer d’ici 2021 des scénarios de construction - scénarios qui “devront impérativement préserver l’intégrité du groupe”. De son côté, l’État pourrait augmenter sa participation au capital de l’entreprise, qui s’élève aujourd’hui à 83,7 %.

Par ailleurs, mesure en lien avec la baisse du nucléaire, EDF ne sera pas indemnisé pour la fermeture de certaines centrales si celles-ci approchent de leur cinquième visite décennale. Cette visite doit normalement permettre à l'opérateur d'électricité de prolonger leur durée de vie au-delà de 50 ans.

Les taxes sur le carburant

La fiscalité sur les carburants “pourrait être organisée tous les trimestres, selon le Président, et sera adaptée aux fluctuations des prix du pétrole afin de limiter l’impact sur ceux qui utilisent beaucoup leur voiture. "Je refuse que la transition écologique accentue les inégalités entre territoires et rendent plus difficile encore la situation de nos concitoyens qui habitent en zone rurale ou en zone périurbaine", précise-t-il.

Ce dispositif sera discuté mi-décembre, lors de l’examen en deuxième lecture du projet de loi finances pour 2019. 

Sur Twitter, le député LR Éric Ciotti s'est lui aussi fendu d'une vive critique, arguant que le président "n'apporte aucune solution réelle pour le pouvoir d'achat des Français en colère".

De son côté, l'ancien ministre et député LR Éric Woerth critique la ligne de défense du gouvernement : "Le désordre d'aujourd'hui est celui créé par le gouvernement lui-même depuis 18 mois", écrit-il.

Les voitures électriques

Enfin, Emmanuel Macron souhaite une stratégie commune dans plusieurs pays d’Europe, à commencer par l'Allemagne, en ce qui concerne les batteries des voitures électriques. Cela permettrait de reprendre des parts de marché dans la fabrication de ce composant coûteux, dont le quasi-monopole revient actuellement à l’Asie

À l'issue de ces annonces, l'eurodéputé EELV Yannick Jadot a réagi, lui aussi, au micro de France Inter : "Je suis assez stupéfait. Il n'y a aucune mesure d'accompagnement, aucune annonce de justice sociale. On reste totalement piégé par le nucléaire. (...) Finalement, on a un grand discours, de touts petits pas. Des belles paroles pour éteindre une colère, mais sans acte fort de justice sociale, rien pour préparer l'avenir. On reste dans les énergies du vieux monde. C'est assez décevant."

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