Entre le risque d’un retour au "tout voiture" et la crainte légitime des usagers de ne pas trouver de conditions d'hygiène suffisantes dans les transports en commun, quelle réponse apporter ? Le vélo apparaît comme une solution à privilégier, y compris pour le gouvernement.

Berlin a élargi ses pistes pour faire face à l'afflux des cyclistes.
Berlin a élargi ses pistes pour faire face à l'afflux des cyclistes. © AFP / Tobias Schwarz

Comment allons-nous nous déplacer après le confinement ? Si le chef de l'État a évoqué la date du 11 mai comme marqueur d'une sortie progressive de ces mesures strictes d'isolement, cela semble vouloir signifier que nous allons, selon nos professions et nos obligations pouvoir ou devoir de nouveau nous déplacer sur de plus longues distances. Mais, pour nos déplacements quotidiens, comment faire face à l'indéniable crainte des transports en commun ? Les transporteurs eux-mêmes redoutent un retour au tout automobile

"C’est ce qu’on voit en Chine où il y a des embouteillages monstres car les gens n’utilisent plus les transports publics", craint le responsable d'une filiale de Keolis dans la revue spécialisée VRT, insistant sur l'importance de rassurer les usagers.  

Soulager les transports en commun

Preuve que la piste est plus qu'à l'esprit de l'exécutif, l’écologiste Pierre Serne, ancien vice-président de la région Île-de-France et président du réseau des "Villes et territoires cyclables", s’est vu sollicité par la ministre des Transports pour coordonner les initiatives destinées à favoriser les déplacements à bicyclette d'ici le 11 mai et au-delà. 

"Tout le monde s'accorde à dire qu'après l'épidémie il y aura un rejet collectif des transports en commun", constate-t-il. "Si on ne veut pas prendre le métro, le bus ou le car pour se rendre au travail par crainte de la contagion, il faudra bien qu'on puisse se déplacer et le vélo est un mode de déplacement qui se trouve particulièrement adapté à la situation qu'on va vivre à la reprise des activités. À vélo, on a une forme de distanciation sociale qui correspond à peu près ce qui s'impose", explique Pierre Serne à France Inter.

Ainsi, inciter à des déplacements à vélo plus nombreux contribuerait à éviter une seconde vague de l'épidémie que des transports bondés pourraient favoriser, en "réservant" métros, bus et trams aux seuls qui ne peuvent pas se déplacer autrement. 

Quoi qu'il en soit les opérateurs devront d'ailleurs s'adapter pour que la distanciation sociale continue d'être respectée mais il est encore "trop tôt" pour trancher ces sujets, répondent à France Inter la RATP, les transports lyonnais TCL ou bien Ilevia, à Lille, qui attendent pour la plupart la feuille de route gouvernementale avant de se prononcer.  

Offrir de bonnes conditions aux cyclistes

"Il faut à tout prix éviter le risque d'une congestion automobile", avance par ailleurs la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), dont le président Olivier Schneider souligne le risque d'un sous-confinement chacun seul dans sa voiture. On pourrait donc dans les prochaines semaines des avenues, des boulevards, des rues se transformer en pistes cyclables. 

Mais pour encourager les Français à préférer le vélo, encore faut-il leur offrir des conditions acceptables pour leurs déplacements, alerte l'association, qui participe déjà activement aux travaux de la mission emmenée par Pierre Serne.

Elle avance par exemple l'idée d'une signalisation des itinéraires, pourquoi pas calquée sur ceux du métro ou des transports collectifs, afin de coller aux itinéraires des déplacements pendulaires ("Beaucoup connaissent leur chemin en sous-sol mais mal en surface", note Olivier Schneider). 

Elle insiste aussi sur la question de pistes sécurisés, même lorsqu'il s'agit de voies cyclables aménagées rapidement. "Les gens auront besoin de vélo, après deux mois confinés, mais aussi et surtout de se sentir en sécurité" s'ils font ce choix là, poursuit le président de la FUB. Il ajoute également qu'il faut par exemple, pour inciter à la pratique du vélo, aider ceux qui en possèdent un à le remettre en état et multiplier les places de stationnement pour se prémunir des vols. 

Certaines villes montrent l'exemple

Pour la FUB, ces mesures doivent être réfléchies et testées "au plus vite" pour qu'elles soient fonctionnelles à partir du 11 mai, éventuellement ajustables mais surtout généralisable.  

"C'est ce qui se pratique déjà en Europe du Nord, en Amérique du Sud, ou à New-York : c'est de prendre une partie importante d'une rue, d'une route, et de l'installer en piste cyclable temporaire avec des plots", détaille Pierre Serne. En effet, la ville de Bogota, en Colombie, a créé des centaines de kilomètres de pistes cyclables en quelques jours, réajustant au film du temps selon les besoins. 

Même initiative à Mexico, à New-York ou Calgary (Canada), comme l'indique un journaliste sur Twitter, ou encore à Berlin qui a d'ores-et-déjà doublé la largeur de ses pistes pour répondre au trafic vélo. 

En France, en guise d'exemple, la ville de Montpellier a déjà réalisé de tels aménagements. Le maire a annoncé lundi la création d'itinéraires cyclables provisoires pour faciliter l’accès aux hôpitaux de la ville.  

Grenoble s'est également portée volontaire comme l'a signalé son maire, Éric Piolle, mardi soir. 

Quant à Paris, où la fréquentation des transports est passé de cinq millions à 500 000 usagers quotidiens, la reprise ne peut être "que progressive", estime la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse. "Oui au vélo, mais il ne résoudra pas le problème des cinq millions qui prennent les transports en commun tous les jours", ajoute-t-elle. 

La ville "travaille en concertation avec les associations d'usagers à la réalisation de nouveaux aménagements cyclables inspirés de l'urbanisme tactique, simples et rapides à mettre en œuvre, pour accompagner la demande de déplacements à vélo post-confinement", indique sur Twitter Christophe Najdovski, maire-adjoint de Paris, en charge des Transports.

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