Si l’on écoute comme on nous parle, certains événements seraient "très attendus", voire "très, très attendus"… Comme quand je rends visite à ma grand-mère. Je suis toujours très, très en retard et je suis donc "très, très attendu"… Très attendu par ma grand-mère. Sauf que, bien sûr, il n’est jamais question de ma grand-mère dans les médias, où l’expression signale plutôt la présence de personnes un petit peu plus connues. Par exemple le président américain. Un discours d’Obama est toujours "très attendu". Un voyage d’Obama est toujours "très attendu". Je pense même qu’un éternuement d’Obama doit être aussi "très attendu". Tout ce qu’il fait pouvant avoir une incidence sur la marche du monde, chacune de ses paroles et chacun de ses gestes sont scrutés à la loupe. Plus encore que les agissements de notre président, même si, pour lui aussi, on entend la formule. Ainsi son discours de lundi sur le grand emprunt. Discours "très attendu" de Nicolas Sarkozy, on nous a dit dans les journaux. Sa conférence de presse l’était aussi, "très attendue". Parce qu’il s’était engagé à en faire très régulièrement. Et puis finalement non. Cette expression, "très attendue", permet ainsi parfois de pointer discrètement une promesse non tenue. Ou bien alors, étonnamment, un événement "inattendu". Un truc improbable qui, parce qu’improbable, suscite l’intérêt. Par exemple si Tigger Woods explique qu’il va sortir un livre sur l’éloge de la fidélité, sûr que ce bouquin-là sera "très attendu"… Idem si Nadine Morano confie qu’elle va soutenir une thèse sur l’influence du religieux chez Kierkegaard et Cioran. Aussi incongru que le retour de Dorothée à l’Olympia. Ça, franchement, on ne l’attendait pas. Et d’ailleurs on ne l’attend toujours pas. A l’inverse des prochains concerts de Johnny Hallyday ! Eux, compte tenu des circonstances, ils sont déjà "très attendus" ! Mais alors attendu par qui ? C’est l’une des particularités de ce tic médiatique, on ne précise jamais qui attend ! En l’occurrence, pour Johnny, ce sont surtout ses fans. Mais également les journalistes ! Car en fait quand nous, les journalistes, on dit "très attendu", c’est notre propre impatience qu’on manifeste. Notre impatience face à celles et ceux qui font l’actualité. On les attend au tournant. Et puis c’est très vendeur de dire "très attendu" ! Ça permet d’insister sur l’extrême importance du sujet dont on parle. Même si à trop attendre, on risque évidemment d’être déçu. Le sommet de Copenhague était "très attendu". On sait qu’on sera déçu. Ainsi qu’on l’est aussi parfois des cadeaux qu’on reçoit à Noël. Vous attendez le dernier album de Charlotte Gainsbourg et on vous offre une yaourtière. Malgré les apparences, ça n’est pas tout à fait pareil. Message à ma grand-mère. Chronique (Gimmick) du 17/12/09 dans "Comme on nous parle"

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.