par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Trois jeunes gens d'une vingtaine d'années suspectés de la fuite sur internet d'un exercice du baccalauréat scientifique, un examen sacro-saint en France, ont été présentés à un juge d'instruction samedi à Paris.

Le parquet a requis leur placement en détention provisoire, mais le juge a remis en liberté contre cet avis un premier suspect après son audition, lui imposant un contrôle judiciaire avec interdiction de rencontrer les autres protagonistes.

Le jeune homme est toutefois mis en examen pour "fraude aux examens et recel de violation du secret professionnel", a dit à Reuters son avocat Olivier Morice. les deux autres suspects devaient être entendus dans la soirée dans cette enquête aussi ouverte pour vol, abus de confiance et recel de tous ces délits.

Cette affaire a suscité de vifs débats sur le baccalauréat, symbole du système éducatif. L'Education nationale a décidé de ne pas noter l'exercice tout en validant l'épreuve de mathématiques, mais cette décision est contestée. Plus largement, un débat se rouvre sur la pertinence du bac.

Le juge d'instruction, indépendant par son statut, n'a jugé "ni utile ni nécessaire" de simplement saisir le juge des libertés de la demande du parquet.

Me Olivier Morice, qui conteste toute fraude organisée et parle de "blague de potache" avait auparavant jugé "hallucinant et disproportionné" le fait de vouloir envoyer les suspects en prison. Pour lui, le parquet, placé sous l'autorité du pouvoir exécutif, a cédé à la pression.

"Ce n'est pas parce que les conséquences sont nationales et qu'il y a un problème entre le ministère et les parents d'élèves que ces jeunes doivent en payer les conséquences", avait-il dit à Reuters.

La "fraude aux examens" est à elle seule passible en théorie d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison et 9.000 euros d'amende. Un procès éventuel interviendra au terme de l'instruction.

UNE IMPRIMERIE À L'ORIGINE

La police judiciaire, qui enquête sur plainte du ministère de l'Education, pense avoir reconstitué le scénario de la fuite. Le premier suspect, celui qui a été remis en liberté, est un jeune homme d'un lycée de la région parisienne qui s'était vanté publiquement de détenir l'énoncé d'un exercice de probabilité.

Il en a transmis la photo par téléphone portable à un autre garçon concerné par l'examen, lequel l'a transmis à un troisième, qui n'est plus lycéen et a mis la photo en ligne sur le site internet jeuxvideo.com, lundi soir, veille de l'examen, sous un pseudonyme.

Selon une source proche du dossier, l'origine de la fuite est une imprimerie et la police recherche activement un employé et peut-être son fils.

L'affaire ébranle le baccalauréat, qui concerne 654.000 élèves cette année au total, dont 165.000 dans la filière scientifique, concernée par la fraude.

Des analystes et des titres de presse estiment que l'épisode sonne le glas symbolique du "bac".

Le ministre de l'Education Luc Chatel réfute cette idée et a décidé de ne pas faire noter cette partie du sujet, valant quatre points sur vingt.

Il a maintenu toutefois la validité globale de l'épreuve de mathématiques, en modifiant le barème de notation - les autres exercices vaudront plus - ce qui est contesté, y compris devant les tribunaux, par des enseignants et des parents d'élèves.

La sécurité du bac est une question récurrente et les téléphones portables sont déjà interdits dans les 4.737 centres d'examen cette année.

La lourdeur de cette épreuve, avec quatre millions de copies corrigées, portant sur 4.880 sujets, l'expose à la fraude avec les nouvelles technologies.

Plusieurs spécialistes mettent en cause la place du baccalauréat, estimant qu'il devrait être remplacé au moins partiellement par un contrôle continu tout au long de l'année.

Le bac est cependant un mythe en France, autant qu'un rituel de passage à l'âge adulte. Il concerne toute la population. Le candidat le plus jeune est âgé de 12 ans et se présente à Montpellier, le plus âgé a 71 ans et se présente dans l'académie d'Orléans-Tours. Le taux de réussite à cet examen était de 85% en 2010.

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