Une rescapée des attentats du Bataclan, le père d'une victime et un journaliste ancien otage de l'organisation État Islamique portent plainte contre Twitter. Ils reprochent au réseau social de ne pas suffisamment coopérer avec les enquêteurs dans le cadre d'affaires de harcèlement en ligne.

Cela fait plusieurs fois que Twitter est visé dans le cadre d'affaires judiciaires pour son inaction contre les contenus haineux
Cela fait plusieurs fois que Twitter est visé dans le cadre d'affaires judiciaires pour son inaction contre les contenus haineux © AFP / Xosé Bouzas / Hans Lucas

Aurélia Gilbert, rescapée des attentats du Bataclan le 13 novembre 2015, Georges Salines, père d'une jeune femme tuée dans cette même attaque, et Nicolas Hénin, journaliste retenu en otage pendant dix mois par l'organisation État Islamique, ont en commun l'expérience du harcèlement en ligne... et de l'absence de réaction de la part de Twitter. Jeudi dernier, selon une information du journal Le Monde confirmée à France Inter par l'un des plaignants, ils ont adressé au réseau Twitter une citation à comparaitre, par l'intermédiaire de leurs avocats Eric Morain et Antoine Vey.

Les histoires des trois plaignants sont similaires : en 2019, Nicolas Hénin signale un tweet appelant au meurtre d'enfants de djihadistes. Il est harcelé et menacé de mort sur les réseaux sociaux. À l'été 2020, Aurélia Gilbert rédige un tweet dans lequel elle se dit favorable au rapatriement des enfants de djihadistes français en Syrie, et reçoit en retour une avalanche de tweets haineux. Peu ou prou au même moment, Georges Salines poste un tweet sur le même sujet, et se retrouve lui aussi harcelé. 

"Si vous allez sur Twitter, vous courez un risque"

Dans les trois cas, une plainte a été déposée par les victimes. ""On a été confrontés à une absence de réaction de Twitter, qui a conduit le parquet à classer nos plaintes", explique Nicolas Hénin : 

"On avait été choqués une première fois par une attaque terroriste, une deuxième fois par une vague de harcèlement, et on a été choqués par cette contribution active de Twitter à l'absence de suites, à l'empêchement de la justice à poursuivre son travail". 

"On parle de procédures pénales : celui qui demande des comptes à Twitter, c'est le parquet de Paris, rappelle Me Antoine Vey, l'un des avocats des plaignants. On est donc face à un réseau social qui refuse de répondre aux questions légitimes que lui pose l'autorité judiciaire. Concrètement, cela signifie qu'on ne peut pas identifier, donc poursuivre, les auteurs des menaces", explique-t-il. La citation à comparaître vise à faire condamner Twitter pour complicité des délits principaux, ainsi que pour la non-réponse au parquet de Paris, "parce qu'il y a une différence entre collaborer dans une affaire civile, et ne pas répondre à une réquisition judiciaire du parquet dans le cadre d'une enquête pénale ; or Twitter n'est ni à côté, ni au-dessus des lois", selon Me Vey. 

Pour Nicolas Hénin, cette lenteur de Twitter à réagir, voire cette absence de réponse, est un réel danger : "Ce qui nous motive, c'est de pointer du doigt la dangerosité de Twitter. Si vous allez sur Twitter, vous courez un risque. S'il vous arrive une agression sur Twitter, vous ne pouvez pas faire confiance à la plateforme pour vous défendre. Au contraire, dans nos cas, la plateforme a entravé les suites judicaires", selon le journaliste, qui explique mener cette action pour "tous les gens qui se retrouvent agressés tous les jours sur cette plateforme et qui n'ont pas les moyens que je peux avoir pour interpeller Twitter, pour interpeller les médias". 

"La démarche est altruiste et constructive : nous voulons pousser Twitter à prendre ses responsabilités"

La plateforme, basée aux États-Unis, se cache régulièrement derrière la nécessité de formuler les demandes à l'échelle internationale... mais ne répond pas non plus lorsque cela est fait, détaille Nicolas Hénin, qui explique que dans son dossier, un acte d'enquête international avait été envoyé directement au siège américain de Twitter. Sans réponse. "Les réseaux sociaux se cachent derrière un maillage de juridictions, de complexités juridiques, qui font que même quand des sanctions sont prononcées, elles ont peu d'effets concrets", déplore Me Vey. 

D'autres procédures en cours

Les chiffres parlent contre le réseau au petit oiseau bleu : selon un baromètre de la Commission européenne, 35,9% des messages signalés par des associations de lutte contre la haine sont supprimés sur Twitter, contre 87% sur Facebook, jugé plus efficace dans sa politique de modération. 

Pour l'heure, Twitter n'a pas souhaité commenter cette procédure en cours. Ce n'est pas la première fois que l'inaction du réseau social pour modérer les contenus haineux et aider les enquêteurs est pointée du doigt : en mai dernier, Twitter était assigné en référé par plusieurs associations dont SOS Racisme, SOS Homophobie et l'UEJF pour son manque d'action contre les contenus haineux. L'affaire a donné lieu à une médiation, toujours en cours. 

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