Quelque 75 000 gilets jaunes ont été dénombrés partout en France, 5 500 à Paris, selon les chiffres de la Préfecture de police. Près de 270 interpellations ont eu lieu à Paris où des incidents marge des Champs-Élysées ont fait au moins 95 blessés, dont un manifestant en urgence absolue.

Christophe Castaner a dénoncé samedi soir une "stratégie professionnelle de la casse" après une journée d'affrontements lors du troisième rassemblement des "gilets jaunes".
Christophe Castaner a dénoncé samedi soir une "stratégie professionnelle de la casse" après une journée d'affrontements lors du troisième rassemblement des "gilets jaunes". © AFP / Alain JOCARD

La situation restait tendue en fin de journée samedi à Paris après une mobilisation des "gilets jaunes" qui a donné lieu à une explosion de violences dans plusieurs quartiers de la capitale, théâtre de nombreuses dégradations et de scènes de chaos. 

Un calme précaire était revenu en début de soirée place de l'Etoile, point de départ de violentes échauffourées qui se sont étendues au fil de la journée dans la capitale, faisant 110 blessés, dont 17 parmi les forces de l'ordre selon le dernier bilan officiel.

Véhicules et restaurants incendiés, magasins saccagés et pillés, forces de l'ordre et de secours prises à partie : du quartier de l'Opéra à la prestigieuse avenue Foch en passant par la rue de Rivoli, les scènes de guérilla urbaine se sont répétées dans plusieurs quartiers huppés de la capitale, éclipsant le message porté ailleurs en France par des dizaines de milliers de "gilets jaunes".

Le disposition de sécurité a pourtant été mûrement réfléchi, pour ce troisième samedi de mobilisation des "gilets jaunes". À Paris, la Préfecture de police a opté pour des barrages filtrants avec fouille de sac, pour éviter les débordements du week-end dernier, lors duquel il y avait eu de violents affrontements et de coûteux dégâts, sur la plus belle avenue du monde. Finalement, dès ce matin, les premières échauffourées ont eu lieu, entre des individus masqués, habillés de gilets jaunes d'un côté, CRS et gendarmes mobiles de l'autre.

Il était 8h45 ce samedi, quand des gilets jaunes ont tenté de forcer un premier point de contrôle, situé sur le haut de l'avenue, autour de la place de l'Étoile. Ils ont été rapidement dispersés par les forces de l'ordre, à coups de gaz lacrymogènes. Les manifestants, pour certains encagoulés et masqués, se sont alors rabattus sur les avenues adjacentes. Puis sont revenus à la charge. Violemment. Sur la place de l'Étoile, on voit des trous dans le sol, où les pavés ont été arrachés, pour être jetés contre des forces de l'ordre. Des gilets jaunes s'en sont pris à la flamme du soldat inconnu, quand d'autres, ont chanté la Marseillaise autour. Un tag a été écrit sur le célèbre monument : "les gilets jaunes triompheront".

Certains gilets jaunes n'en sont pas, a estimé vers midi, en direct, sur un plateau de BFM, le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez. "Le gilet jaune leur sert de tenue de camouflage". À midi, selon lui, il y avait 3 000 personnes aux abords de la place de l'Étoile. Beaucoup d'individus violents, venus uniquement pour en découdre avec la police. Des individus "outillés", avec des sacs, des masques, des frondes, des marteaux. La consigne, clairement donnée aux forces de l'ordre, est appliquée depuis ce matin : repousser les perturbateurs et les interpeller. La Préfecture de police de Paris annonce désormais près de 270 interpellations. Il a également au moins 92 blessés, dont 14 forces de l'ordre, selon un dernier bilan et un "gilet jaune" en urgence absolue.

Castaner appelle à la "structure" et au dialogue

Avant les premiers affrontements, Christophe Castaner s'était rendu sur les Champs-Elysées, pour saluer les forces de l'ordre. Déclarant que la contestation des "gilets jaunes" devait se structurer. "Dans une contestation à un moment donné, il faut accepter le dialogue, quelques règles", a affirmé le ministre de l'Intérieur. "Il n'y a pas d'ordre public sans règles" ni "volonté de dialoguer", a-t-il souligné, fustigeant ceux qui "exigent" de rencontrer le gouvernement mais refusent ensuite de négocier.

"C'est ce à quoi le Premier ministre et le président de la République ont invité les manifestants", notamment avec une concertation de trois mois sur le territoire qui doit permettre d'"entendre ces colères", a ajouté le ministre. Mais "qu'elles se structurent, s'organisent et qu'on puisse apporter des réponses" a-t-il ajouté, affirmant que "nous en avons déjà apporté, il faut continuer" à le faire.

Ce samedi soir, le ministre de l'Intérieur a dénoncé "une stratégie professionnelle du désordre", affirmant que les casseurs sont des habitués des mouvements qui dégénèrent, des gens capables d'échapper aux interpellations bien plus facilement que les "gilets jaunes" qu'ils ont entraîné avec eux.

Edouard Philippe annule son déplacement pour l'élection du nouveau patron de LREM

Le Premier ministre Edouard Philippe a appelé au "sens du dialogue" samedi midi, depuis la Préfecture de police de Paris. Il s'est dit aussi "choqué" aussi, qu'on s'en soit pris aux symboles de l'Arc de Triomphe. Le Premier ministre qui a annulé ce matin son déplacement prévu à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne) pour l'élection du nouveau patron du parti LREM, en raison de la situation tendue sur les Champs-Elysées.

Cet après-midi, des perturbateurs en gilets jaunes qui son restés mobilisés à Paris pour un face à face avec les forces de l'ordre. Plusieurs voitures et autres engins ont été incendiés près de l'Étoile. En début d'après-midi, des gilets jaunes pacifistes sont eux partis des Champs-Elysées, pour marcher en direction de la rue de Rivoli. A République, c'est la manifestation de la CGT qui a lieu.

Quelques véhicules ont été incendiés aux abords de la place de l'Étoile à Paris
Quelques véhicules ont été incendiés aux abords de la place de l'Étoile à Paris © Radio France / Béatrice Dugué

La situation dégénère aussi à Tours

Ailleurs en France, les manifestations ont été globalement plus sereines pendant la journée mais certaines zones se sont crispées dans la soirée.

De violents affrontements, toujours en cours, ont éclaté lors d'une manifestation des "gilets jaunes" dans le centre de Tours, faisant plus de 30 blessés dont un manifestant qui a eu la main arrachée, ont indiqué samedi la préfecture et les pompiers. La manifestation a rassemblé près de 1 300 personnes, a indiqué la direction départementale de la sécurité publique (DDSP).

Une centaine de "gilets jaunes" a aussi déambulé samedi après-midi sur le marché de Noël de Strasbourg, au terme d'une journée marquée par de brèves échauffourées vers midi et deux interpellations.

En Haute-Loire, c'est la Préfecture de police de Puy-en-Velay qui a été incendiée par des "gilets jaunes".

Un défilé de plus d'un millier de "gilets jaunes" a également dégénéré samedi après-midi dans les rues de Saint-Etienne lorsque des groupes de casseurs ont tenté de pénétrer dans un centre commercial protégé par la police. Policiers et CRS ont effectué de nombreux tirs de grenades lacrymogènes pour tenter d'éloigner des émeutiers qui tentaient d'entrer dans le centre commercial et leur lançaient des projectiles. Le défilé de près de 1 500 personnes avait débuté en début d'après-midi dans une ambiance bon enfant, comme le samedi précédent, depuis la préfecture de la Loire, dans le centre de Saint-Etienne.

Face aux scènes de violence qui se poursuivaient en fin d'après-midi, le maire LR de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, a décidé de modifier le programme des festivités de la Sainte-Barbe, la patronne des mineurs, célébrée ce 1er décembre depuis le musée de la mine de la ville et de fermer prématurément le Marché de Noël installé sur la place de l'Hôtel-de-ville.

Treize personnes ont été interpellées à Marseille ce samedi soir, a indiqué la police à France Bleu Provence, trois policiers ont été légèrement blessés et plusieurs voitures de police vandalisées. Après avoir remonté la Canebière, une bonne centaine de casseurs montent ce samedi soir à 20h vers la Plaine depuis le quartier Noailles. Plus tôt, ils ont saccagé et dérobé plusieurs objets dans la boutique de téléphonie Orange rue Saint Ferréol. Ils ont aussi mis le feu devant la mairie des 1er et 7e arrondissements.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.