Si l'on écoute comme on nous parle, il y aurait donc des gens qui « perdent la vie », tandis que d'autres « trouvent la mort », ce qui bien sûr équivaut au même. N'empêche, elles sont bizarres, ces expressions ! Dans le langage courant, quand les gens meurent, on dit qu'ils meurent, ou alors qu'ils décèdent. Le volailler de ma grand-mère, par exemple. Il a passé l'arme à gauche la semaine dernière. « Je suis bien ennuyée, elle m'a dit ma grand-mère. Mon volailler est décédé. Où est-ce que je vais acheter mes poulets désormais ? » C’est d'ailleurs à la page des « avis de décès » qu'on a pu lire son nom dans le journal. Pas à la page des avis de « perte de vie », de « trouvaille de mort » ou de « passage d'arme à gauche », ça ne se dit pas... Éventuellement, on utilise l'expression « attraper la mort » - ce qui est beaucoup moins grave que de la trouver. « Mets ton écharpe, il fait froid, tu risques d'attraper la mort ». Sous-entendu : tu risques de choper un rhume. Mais bon, lorsque quelqu'un décède, on parle sobrement de décès. Un mot sans doute un peu trop plat pour le langage médiatique, qui adore, c’est connu, les formules imagées. Question de style. Effet de style. On joue sur l'émotion... Avec une différence dans les formules. Lorsqu'il s'agit d'un drame disons assez courant, là on nous dit « perdre la vie »... Un accident de voiture par exemple. « Trois jeunes ont perdu la vie à la sortie d'une discothèque ». En revanche, si les circonstances ont quelque chose d'extraordinaire, un tremblement de terre, un attentat, là on nous dit « trouver la mort ». Idem pour ce soldat tué hier en Afghanistan. Comme s'il y avait plus de panache à trouver la mort qu'à perdre la vie ou qu'à mourir tout court... Trouver la mort, c'est mourir en héros. Perdre la vie, c'est la faute à pas de chance... A la télé, à la radio, on note en outre que les personnes connues ne décèdent jamais comme tout le monde. Philippe Seguin n'est pas mort d'une crise cardiaque, non: il a été « terrassé » par une crise cardiaque. Mano Solo n'est pas mort du sida, non: il a été « emporté » par le sida... Quant aux célébrités qui meurent de vieillesse, on nous dit qu'elles se sont éteintes. Comme les étoiles. « Georges Willson s'est éteint à l'âge de 88 ans »... Le volailler de ma grand-mère, lui, ne s'est pas éteint. Il est mort, tout bonnement. « En plus, le sort s'acharne, elle m'a dit ma grand-mère. Hier soir, j'ai perdu mes clefs de voiture ! » « Des clefs, ça se retrouve », je lui ai répondu... « Les clefs, ce n'est pas comme la vie. La vie, quand on la perd, on ne la retrouve jamais. Sauf à s'appeler Jésus ou Jean-Pierre Chevènement. » Chronique du 10/02/10 dans "Comme on nous parle"

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