Une parole lancée sur Internet ne peut jamais être oubliée. Plusieurs utilisateurs de Twitter l'ont appris récemment. Olivier Tesquet, journaliste, nous explique pourquoi.

Sur Internet, "il y a toujours une trace qui subsiste quelque part"
Sur Internet, "il y a toujours une trace qui subsiste quelque part" © Maxppp / Frédéric Cirou

Il y a eu les tweets homophobes, misogynes et antisémites du chroniqueur Mehdi Meklat écrits sous pseudonyme entre 2011 et 2015. Des propos racistes et homophobes lancés par la jeune actrice, prix du meilleur espoir féminin aux derniers César, Oulaya Amamra, sur le même réseau social, en 2012 alors qu’elle avait 14 ans. Et puis l’acteur Olivier Sauton, dont la pièce "Fabrice Luchini et moi" vient d’être retirée de l’affiche après la révélation de tweets antisémites en 2012 et 2013. Des affaires qui se multiplient donc ces derniers jours. Olivier Tesquet, journaliste à Télérama et spécialiste des questions numériques a expliqué pourquoi à France Inter.

Qui sont les internautes qui déterrent ces vieux tweets ?

Olivier Tesquet : "On a la tentation de voir tout de suite des officines ou des gens nécessairement mal intentionnés à l’œuvre, la réalité c’est que c’est très facile pour tout un chacun d’aller fouiller dans ces archives à ciel ouvert que sont les comptes Twitter.

Un peu de curiosité voire d’acharnement

Cela ne demande pas des capacités techniques ébouriffantes, c’est assez facile de mettre la main [sur d’anciens tweets, ndlr]. Il faut juste un peu de curiosité, voire d’acharnement pour vraiment aller plonger dedans. Donc je pense que c’est assez difficile de déterminer qui pourrait avoir un intérêt particulier à déterrer ce genre de choses, même si on voit bien que ça peut parfois recouper des discours politiques ou des positionnements idéologiques. On a bien vu avec l’affaire Meklat qui a tout de suite pris une tournure qui dépassait le simple stade des tweets haineux jugés publiquement, il y a eu une récupération politique qui a visé à servir un discours sur les jeunes de banlieue etc. On a vu qu’il pouvait y avoir une récupération de cette façon-là. Mais c’est assez difficile de se risquer à faire une démographie de ces personnes."

Pourquoi aller fouiller dans le passé de personnalités sur les réseaux sociaux ?

"Cela peut nourrir des positionnements politiques, des discours idéologiques, des campagnes de dénigrement… Il y a des personnes qui peuvent trouver un intérêt particulier à déterrer ce genre de squelette un peu encombrant.

La technique du "stalking" permet de mettre quelqu'un en difficulté

Mais par ailleurs, c’est quelque chose qui est assez consubstantiel de ce qu’on fait tous sur Internet, sur les réseaux sociaux, ce qu’on appelle le "stalking", c’est-à-dire chercher la petite bête et trouver le petit élément qui va permettre de mettre quelqu’un en difficulté. Puis il y a toujours ce goût de la querelle qui est encore plus inscrit dans le patrimoine génétique de Twitter pour ceux qui étaient dessus en 2010-2011 quand c’était moins développé qu’aujourd’hui. Il y a toujours eu des échanges un peu vifs, des mots un peu plus hauts que l’autre etc. Et dans ces conditions, quand on va aller chercher quelque chose, il y a des chances qu’on trouve des choses incriminantes quand on les relit à froid quelques années plus tard. Cela peut arriver à tout le monde, on est nécessairement plus exposé quand on est une personnalité publique parce que notre parole est scrutée avec davantage d’attention mais ce n’est pas quelque chose qui serait l’apanage exclusif de personnalité publique. N’importe qui se retrouvant dans la lumière pourrait demain être concerné."

Est-ce-que la multiplication de ces affaires n’est pas due aussi à un usage différent aujourd’hui des réseaux sociaux ?

"La dimension sur l’évolution des usages joue énormément. Comme quand on suspectait Facebook d’avoir rendu public des messages privés. En fait ce n’était pas le cas mais en relisant des messages un peu anciens, on découvrait de manière un peu vertigineuse que nos usages avaient évolué et que des choses qu’on avait écrites d’une certaine façon, sous une certaine forme, nous semblaient totalement étrangères quelques années plus tard. C’est un peu la même chose avec les tweets, quand vous écrivez quelque chose à chaud, que vous répondez à quelqu’un, que vous commentez une actualité qui a un contexte, et que vous relisez ça avec du recul à froid et parfois avec une autre paire d’yeux, cela peut donner l’impression qu’il y a une dissociation cognitive ou de personnalité et que vous n’avez pas affaire à la même personne. Donc cela peut être troublant et c’est un élément d’explication assez évident de ce genre de comportements.

Il y a toujours une trace qui subsiste quelque part

Il faut toujours se dire qu’il y a une irréversibilité de ce qu’on poste sur Internet. Quand on met quelque chose en ligne, même si on le retire, qu’on imagine qu’il a disparu, il y a toujours une trace qui subsiste quelque part. Une fois que quelque chose a été mis en ligne, c’est très difficile de le retirer, ça se duplique, ça se réplique, ça se dédouble et plus vous êtes exposé, plus c’est vrai. Il faut toujours avoir à l’esprit que 'tout ce que vous dîtes pourra être retenu contre vous', c’est très vrai sur Internet."

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