Le réseau social Twitter a annoncé mercredi le lancement du test d'une nouvelle fonction, qui permettra à chaque utilisateur de filtrer qui peut répondre à ses tweets. Une fonction qui met fin à l'une des singularités du réseau social, et que plusieurs observateurs voient d'un œil méfiant.

Les réponses aux tweets seront-elles bientôt limitées ?
Les réponses aux tweets seront-elles bientôt limitées ? © AFP / FrankHoermann / SVEN SIMON / SVEN SIMON

Et si, désormais, vous pouviez choisir qui peut répondre à vos tweets, et empêcher tous les autres utilisateurs de vous répondre ? C'est la fonctionnalité que teste actuellement Twitter : le réseau social a annoncé mercredi une phase d'essai  pour cette nouvelle fonction. 

Concrètement, certains utilisateurs de Twitter vont voir leur fenêtre d'édition des tweets enrichie d'un petit bouton permettant de choisir qui peut répondre. Par défaut, le choix proposé sera "Tout le monde"... mais il sera désormais possible de limiter les interactions aux personnes que vous suivez, ou même uniquement à celles qui sont mentionnées dans le tweet. Et cela sera possible y compris pour les comptes publics (les comptes privés offrant une forme de contrôle, déjà, de qui peut voir et commenter vos tweets). 

Si plusieurs fonctions ont modifié au cours des années le fonctionnement de Twitter (le passage à 280 caractères, l'identification dans des photos, les messages privés collectifs, etc.), celle-ci, si elle est déployée au-delà de cette phase de test, pourrait être le plus gros changement de paradigme du réseau social depuis son lancement en 2006

Twitter a toujours été un réseau dont le fonctionnement était basé sur un principe de transparence (à part pour les comptes "protégés", donc) : chacun peut tweeter - avec le même nombre de caractères, que vous soyez Président des États-Unis ou spectateur assidu de Top Chef, c'est 280 caractères, pas plus - et chacun peut réagir à n'importe quel tweet. La possibilité pour les utilisateurs d'entrer en contact direct avec des responsables politiques, des célébrités ou des entreprises a largement contribué au succès du réseau social.

Le dernier des réseaux sociaux sans filtrage

Avec cette nouvelle mesure, Twitter mettrait donc fin à l'une de ses singularités, devenant le dernier des grands réseaux sociaux à ne pas avoir mis en place de fonction de filtrage. Sur Facebook, il est possible depuis longtemps de choisir qui a accès aux publications ("Tout le monde", "seuls les amis", "seul un groupe d'amis", ou même "tout le monde sauf une personne"). 

Depuis 2018, Instagram a rejoint cette fonctionnalité en ajoutant une catégorie "amis proches", qui permet de restreindre l'accès à certaines stories. Snapchat fonctionne sur ce même principe de stories qui peuvent être adressées à un nombre limité de personnes. Dans ce paysage, Twitter restait le seul réseau social sur lequel un compte public acceptait que tout, sans exception, soit public

Une singularité qui persistera : c'est bien sur les réponses que le filtrage aura lieu. Tous les tweets resteront visibles, il sera simplement impossible d'y répondre pour les personnes exclues.

Lutter contre le cyberharcèlement... mais favoriser les fake news ?

Pourquoi, alors, Twitter a-t-il lancé cette fonction ? Il s'agit d'une fonction permettant d'améliorer, selon le réseau social, la qualité des conversations, en évitant l'intervention de "trolls" ou de cyber-harceleurs, qui postent des réponses pour nuire. Ainsi, un tweet pourra engendrer une conversation sans risquer que celle-ci soit "parasitée" par d'autres comptes malveillants.

Seulement voilà, cela pose deux problèmes : d'une part, quand il ne s'agit pas de comptes malveillants, ce "parasitage" des conversations est le propre de Twitter et peut donner lieux à des rencontres de différents univers, d'utilisateurs de tous horizons dans une même conversation. 

D'autre part, cette même caractéristique de Twitter permet de pallier le manque de modération du réseau social par ses propres équipes : lorsque des tweets relaient des "fake news", des contenus offensants ou haineux, c'est en général la communauté des utilisateurs et utilisatrices qui joue ce rôle de modération, dément les mensonges, signale les contenus, calme le jeu. Comment intervenir pour déconstruire une fausse information si son auteur a restreint la possibilité de répondre à ses seuls contacts ? C'est pour l'instant une question qui reste en suspens.

Mais pour l'heure, Twitter assure qu'il s'agit bien d'une expérimentation "à durée illimitée", et rien ne garantit que la fonction sera intégrée au réseau social, si les résultats observés lors du test ne sont pas concluants. 

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