Violences sexuelles, harcèlement, inégalités salariales... Les femmes sont de tous les combats pour défendre leurs droits et se rendre visibles dans l'espace public. Pour cela le hashtag est devenu un puissant outil de ralliement. Passage en revue de ces hashtags avant la journée internationale des droits des femmes.

Le hashtag s'affiche dans les manifestations de rues, comme ici, au cours d'un rassemblement organisé par le collectif Les Effrontées.
Le hashtag s'affiche dans les manifestations de rues, comme ici, au cours d'un rassemblement organisé par le collectif Les Effrontées. © AFP / Bertrand Guay

#ToutesFéministes : Journée spéciale sur France Inter, vendredi 6 mars 2020, avec Konbini

#MeToo et #BalanceTonPorc sont les plus connus, mais d'autres hashtags ont porté la voix des combats féministes sur les réseaux sociaux. Récemment, la cérémonie des César qui a octroyé le prix du "meilleur réalisateur" à Roman Polanski, s'est soldée par la sortie fracassante d'Adèle Haenel et d'autres actrices, par des manifestations féministes, mais aussi par un hashtag : #CesarDeLaHonte. Cette vague d'indignation a fait naître d'autres hashtags, #JeSuisVictime, #JeSuisUneVictime, qui ont permis à des milliers de victimes d'agressions sexuelles de témoigner.

#MonPostPartum montre la réalité après l'accouchement

Le 12 février 2020, Illana Weizman, militante féministe franco-israélienne et doctorante en communication et sociologie, lance le hashtag #MonPostPartum sur Instagram. Sur son compte, elle apparaît portant des protections et une photo de son ventre encore gonflée quelques jours après son accouchement.

Sur son post, elle raconte les changements physiques après son accouchement : "les jambes bleuies, les points qui tirent, l’impossibilité de s’asseoir sans douleurs, l’urine qui brûle, l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur".

Elle a décidé de publier ce post en réaction au rejet d'une publicité pour des produits d'hygiène post-accouchement, par la chaîne ABC News et l'Académie des Oscars, jugée "trop crue". On y voit une mère fatiguée, allant péniblement jusqu'aux toilettes pour y changer ses protections, avec les douleurs physiques et intimes qu’elle endure après son accouchement.

"Le fait de voir que cette réalité que vivent des millions de femmes à travers le monde m'a énormément agacée", explique la militante au micro de France Inter. Elle milite pour le droit à l'information des mères : "Les semaines qui suivent un accouchement sont des semaines de convalescence, ajoute-t-elle, le corps est en rémission, il désenfle, saigne énormément. dans la préparation à l'accouchement, il faudrait des modules pour préparer au post-partum (...), informer les jeunes mères de ce qu'elles peuvent vivre potentiellement physiquement et psychologiquement". 

Et pour améliorer la condition des femmes, elle estime qu'il faut aussi donner plus de droits aux hommes en allongeant le congé paternité à "plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour nouer des liens avec son enfant et pour soutenir la mère".

Avec ce hashtag, elle permet ainsi à de nombreuses femmes d'exprimer comment elles ont vécu leur accouchement et les difficultés qu'elles ont rencontré par la suite.

#JaiÉtéViolée remplace #JaiÉtéUnVioleur

Le 18 décembre 2019, le Youtubeur Demos Kratos publie une vidéo "J'ai été un violeur ? (discussion avec des féministes)". Dès le début de la vidéo, il rentre dans le vif du sujet : "Je pense que j'ai été un violeur", lance-t-il. Il explique avoir "insisté" pour avoir des rapports sexuels avec sa "copine de l'époque", "dans des moments où elle n'en avait pas forcément envie"

"D'autres fois aussi, je me souviens qu'elle avait dit 'non', mais je prenais ça pour de la rigolade, du jeu, et au final ça se faisait quand même parce que je pense qu'elle prenait sur elle pour me faire plaisir. En gros, il y a toutes ces fois où je ne me suis pas posé la question du consentement", résume le vidéaste qui dit prendre conscience depuis peu de l'ampleur de la "peur de se faire violer". Après son introduction, ses invitées expliquent ce qu'est la culture du viol et évoquent le consentement.

S'inspirant de cette vidéo, un autre Youtubeur publie un long texte sur Instagram, supprimé depuis. Il y racontait comment, à "16-17 ans", il a "fait ce qu'on [lui avait] indiqué comme la marche à suivre dans les films" : "elle en avait pas forcément envie, et j'ai insisté. On l'a fait, et c'était bizarre. Après, elle m'a dit "C'est bon, tu as eu ce que tu voulais?"", rapporte-t-il, avec le hashtag #JaiÉtéUnVioleur.

Sur Twitter, on ne trouve pas d'autres témoignages mentionnant ce hashtag, mais plutôt des réactions outrées. La polémique s'amplifie et Demos Kratos répond qu'il n'a "violé personne au sens de la loi", mais qu'il "estime que [sa] domination masculine imprégnée de la culture du viol doit être remise en question".

La réaction ne tarde pas. Le 20 décembre, le compte "Mademoiselle Clitoris Érectile" lance le hashtag #JaiÉtéViolée, tout en racontant son propre traumatisme : violée "par un homme que j'aimais et qui en a profité", relate-t-elle.

De nombreuses femmes l'ont suivie et ont à leur tour raconté leur histoire, recevant le soutien du collectif #NousToutes. Avec souvent la même difficulté à se faire entendre par son entourage familial et amical, et la même envie d'en finir avec l'image stéréotypée que l'on se fait du viol se produisant "la nuit dans une ruelle sombre".

#UberCestOver pour dénoncer les agressions sexuelles dans les VTC

En décembre 2019, Uber publie lui-même un rapport sur la sécurité à bord de ses VTC aux États-Unis. Bilan en 2017 et 2018 : plus de 460 viols et près de 6 000 agressions sexuelles. Ce rapport vient confirmer les multiples témoignages en France, réunis sous la bannière #UberCestOver ("Uber c'est fini"), apparus à la suite du tweet de Sonia, étudiante strasbourgeoise.

Ce tweet ravive les mauvais souvenirs de Noémie, agressée deux ans plus tôt dans un Uber par le même chauffeur. Elle avait signalé cette agression, sans obtenir de réaction de la plateforme. Elle contacte alors Anna Toumazoff qui tient un compte Instagram de vulgarisation féministe. La militante réalise une 'story' pour relater cette affaire. 

Elle reçoit rapidement d'autres témoignages de victimes de cet homme, puis de centaines d'autres femmes, lorsqu'elle décide de lancer le hashtag #UberCestOver. L'un verrouille les portes de la voiture, puis harcèle la cliente au téléphone le lendemain. Un autre suit une jeune femme dans son bâtiment d'habitation. Un autre encore quitte l'itinéraire prévu et conduit l'usagère dans un endroit sombre.

Surfant sur cette vague de témoignages glaçants, des entreprises de VTC proposent désormais des trajets avec uniquement des conductrices.

#5novembre16h47 pour réclamer un salaire égal

À partir de 16h47, le 5 novembre 2019, les Françaises ont travaillé gratuitement jusqu'à la fin de l'année. À cause des inégalités salariales avec les hommes, elles arrêtent symboliquement d'être payées. En effet, en équivalent temps plein, les femmes touchent 18,5 % de moins que les hommes, selon l’Insee (2015). 

Largement récupéré par des personnalités politiques de tous bords, ce hashtag fait surtout office de rappel. Un mouvement pour l'égalité salariale emmené par le collectif féministe Les Glorieuses pour la quatrième année consécutive. Ce hashtag a été davantage relayé que le #LesFemmesVeulent, apparu le 7 novembre 2016 pour dénoncer, lui aussi, les inégalités salariales. Les Françaises étaient appelées à arrêter de travailler à 16h34, heure à laquelle elles travaillent "bénévolement" selon Les Glorieuses.

#JeDisNonChef pour lutter contre le sexisme dans la restauration

Le compte Instagram "Je dis non chef", apparu en juillet 2019, révèle la réalité du sexisme dans la restauration par un recueil de récits de femmes en cuisine. Remarques et gestes déplacés, propos sexistes, agressions, viols... C'est un véritable "metoo de la restauration".

Les paroles rapportées sont souvent crues : "Je viens travailler tous les matins juste pour mater tes seins", "Tu t'habilles comme ça et après tu vas venir te plaindre si tu prends cher dans les vestiaires". Des propos sexistes et des agressions qui se soldent bien souvent par  une ostracisation et un départ... de la victime. L'objectif de ce hashtag : libérer la parole, bien sûr, et lutter contre la culture du "oui chef" qui justifie silence et acceptation.

#NousToutes pour dénoncer les violences faites aux femmes

Le mouvement NousToutes tente de faire émerger la question des violences faites aux femmes dans l'espace public, par delà les frontières des réseaux sociaux. Le 24 novembre 2018, 600 femmes appellent à battre le pavé. "Après #MeToo, devenons #NousToutes", clamait une pétition. Des milliers de femmes ont défilé à Paris.

Cette grande marche contre les violences sexistes et sexuelles n'était qu'un début. Sur les murs, des collages en lettres noires, sur les trottoirs, une signature, "#NousToutes". 

Depuis, un groupe de colleuses contre les féminicides et les violences conjugales continue de semer ses messages en ville : "violeur, tueur, agresseur, à ton tour d'avoir peur"; "Elle le quitte, il la tue"; "Féminicides, État coupable, justice complice"...  Des mots qui s'impriment dans les esprits peut-être encore plus efficacement que lorsqu'ils apparaissent sur un mur virtuel.

#MeToo dans le cinéma et au-delà

C'est l'un des premiers hashtag qui a fait émerger des témoignages de femmes victimes. À la suite de l'affaire Harvey Weinstein, le producteur américain récemment reconnu coupable de viol et agression sexuelle, l'actrice Alyssa Milano relance le hashtag #MeToo par un tweet. Ce 15 octobre 2017, elle suggère à toutes les victimes de harcèlement ou d'agression sexuelle de répondre "me too" en commentaire. Résultat à ce jour : 63 400 commentaires sous son tweet, dont ceux d'actrices hollywoodiennes.

À l'origine, le mouvement Me Too a été créé dix ans plus tôt par la militante féministe, Tarana Burke, travailleuse sociale de Harlem. Le mot d'ordre libère la parole des victimes d'agressions et de harcèlement sexuel, en particulier dans le cinéma et plus largement dans le milieu professionnel. Le hashtag devient rapidement viral sur les réseaux sociaux.

#BalanceTonPorc 

Dans le cinéma français, les affaires ont eu du mal à sortir, jusqu'à ce que s'élève la voix d'Adèle Haenel. Mais au moment où le #MeToo bousculait Hollywood, un hashtag est tout de même apparu sur les réseaux francophones : #BalanceTonPorc qui appelait lui aussi à briser l'omerta sur le sexisme quotidien et les agressions sexuelles. Il a été tweeté pour la première fois par la journaliste Sandra Muller, qui appelait les victimes à accuser nommément leur agresseur, en octobre 2017.

L'appel est lancé le 13 octobre 2017. La journaliste s'est inspiré d'un titre du Parisien, "À Cannes, on l'appelait le porc" concernant l'affaire Weinstein. Elle "balance" alors dans un tweet le harcèlement qu'elle dit avoir subi de la part d'un ex-dirigeant de France 2 et ex-président de la chaîne Equidia.

Si certains y voient une forme de délation, elle se défend et parle de dénonciation dissuasive. Le hashtag prend malgré tout de l'ampleur sur les réseaux sociaux. Des milliers de femmes témoignent, sans forcément nommer l'agresseur.

Le hashtag refait régulièrement surface. Dernièrement, il est utilisé pour dénoncer la publication Facebook d'Olivier Carbone, postée le 3 mars 2020, où le directeur de casting qualifie notamment Adèle Haenel de "minuscule par rapport au talent de Roman Polanski", et Florence Foresti de "conne".

#ManSpreading prend sa place

Le hashtag #ManSpreading vise une pratique masculine répandue dans les transports publics qui consiste à écarter les jambes, laissant peu de place aux voisines. Le collectif féministe espagnol Mujeres en lucha ("Femmes en lutte"), a initié le mouvement en juin 2017, accompagné d'une pétition. Hashtag "#MadridSinManspreading" à l'appui, il réclamait des panneaux "anti-manspreading" à la municipalité madrilène.

Le hashtag aboutit même à une loi interdisant cette pratique à Madrid. Il s'exporte dans le monde entier. Dans le bus ou le métro, les hommes qui s'étalent sont photographiés.

En riposte à cet "étalement masculin", le #WomanSpreading fleurit sur Instagram. L'"étalement féminin" se revendique alors parfois comme un geste militant. Les poses sont accompagnées de messages prônant l'égalité entre les femmes et les hommes. "Cette photo a un je ne sais quoi que je trouve inconfortable... Est-ce à cause du fait d'être une femme ? Tout aussi inconfortable que ça devrait l'être si c'était un homme", commente cette internaute.

Dès 2014, l'association Osez le féminisme interpellait le groupe RATP avec la campagne #TakeBackTheMetro, contre les violences sexistes dans les transports en commun. Ce hashtag a lui aussi été repris pour signaler le "manspreading". Mais la RATP n'a pas souhaité imiter les transports madrilènes.

Le #BlackHairChallenge pour libérer sa chevelure

Lancé fin mai 2017 par des femmes afro-américaines, le #BlackHairChallenge continue de faire des petites. Sur Twitter, des internautes postent des photos d'elles avec des tresses, des extensions ou une coupe afro pour montrer leur indépendance vis-à-vis du diktat capillaire, qui invisibilise et dénigre leurs cheveux crépus ou frisés.

Plusieurs photos, autant de coupes et de couleurs différentes... Certaines se prennent tant au jeu qu'elles en postent des dizaines.

Une ode à la beauté naturelle, mais aussi un appel à oser toutes les folies capillaires. "Nos cheveux n’ont pas besoin d’être super plaqués, super longs ou avec des boucles super définies pour être beaux et en bonne santé", souligne une internaute. "Perruque, cheveux naturels, braids, cheveux lissés... Quel plaisir d’être une femme noire", clame une autre.

#LesPrincessesOntDesPoils pour décomplexer la pilosité féminine

Le hashtag est né en juillet 2016, à l'initiative d'Adèle Labo, lycéenne de 16 ans qui étudie en Belgique. Moquée en primaire et au collège pour sa pilosité, traitée de "gorille", elle tente ainsi de faire évoluer les mentalités sur les poils féminins. Malgré les réactions négatives de certains internautes, des femmes s'affichent poilues pour montrer qu'on peut se passer de l'épilation (et de sa douleur !) et du rasoir, sans honte.

Un compte Instagram diffuse témoignages anonymes et photos d'aisselles, jambes, maillots poilus, dénonçant la "pilophobie" dont fait l'objet le corps des femmes. Certaines racontent que cette obsession de la peau imberbe est allée jusqu'à la contrainte de la part de leurs proches.

La lycéenne à l'origine du phénomène a depuis créé un Tumblr, "raconte tes poils", où on découvre que le sujet concerne aussi les hommes, qui de plus en plus se sentent obligés de s'épiler certaines parties de leur corps, comme le torse. Finalement, c'est le poil comme distinction entre le féminin et le masculin qui est dénoncé.

Aller plus loin

• UN COUP D'AVANCE - Égalité femmes-hommes : ces entreprises qui ont (déjà) allongé le congé paternité

• TÉMOIGNAGES- Du MLF aux FEMEN, trois générations de féministes nous racontent leurs combats

• REPORTAGE - Harcèlement sexuel en entreprise : la parole libérée mais trop d'affaires encore enterrées. 

• LIRE - Quelle serait LA mesure qui permettrait de faire avancer les droits des femmes en France ? Nous avons demandé à des féministes de choisir une mesure prioritaire à leurs yeux pour faire avancer l'égalité entre les femmes et les hommes en France. Voici leurs réponses. 

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