Un homme de 22 ans, étudiant à l’université de Lyon, est entre la vie et la mort après s’être immolé par le feu, vendredi 8 novembre. Un acte politique, a-t-il revendiqué, pour dénoncer la précarité étudiante.

C'est devant le CROUS de Lyon que l'étudiant s'est immolé par le feu, ce 8 novembre 2019
C'est devant le CROUS de Lyon que l'étudiant s'est immolé par le feu, ce 8 novembre 2019 © Google Maps / Street View

Un étudiant de Lyon 2 a voulu mettre fin à ses jours ce vendredi”, peut-on lire sur la page Facebook de l’université. Dans l’après-midi, peu avant 15 heures, le jeune homme originaire de Saint-Étienne a tenté de se donner la mort en s’aspergeant d’essence et en y mettant le feu, devant le bâtiment du CROUS. Il est brûlé à 90 % et son pronostic vital était engagé, samedi à la mi-journée, selon le procureur de Lyon.

"Doit-on continuer à survivre comme nous le faisons aujourd'hui ?"

Samedi, la fédération de syndicats Solidaires étudiant-e-s a publié, sur sa page Facebook, un message apparemment laissé par la victime. Dans ce texte, l'étudiant précise ne pas avoir choisi le CROUS par hasard : “Je vise un lieu politique, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et par extension, le gouvernement.”

“Cette année, je n’avais pas de bourse, et même quand j’en avais, 450 € par mois, est-ce suffisant pour vivre ?” demande l'étudiant qui dit avoir triplé sa deuxième année de licence. “Doit-on continuer à survivre comme nous le faisons aujourd’hui ?” Faisant lui-même partie de Solidaires étudiant-e-s, il évoque les revendications de son syndicat : “le salaire étudiant”, “32 heures de travail par semaine, pour ne plus avoir d’incertitudes vis-à-vis du chômage, qui conduit des centaines de personnes comme moi chaque année à ma situation”. 

Capture d'écran du message relayé par Solidaires étudiant-e-s
Capture d'écran du message relayé par Solidaires étudiant-e-s / Capture d'écran Facebook

Il appelle enfin à lutter “contre la montée du fascisme, qui ne fait que nous diviser, et du libéralisme qui crée des inégalités.

J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué, en créant des incertitudes sur l’avenir de tous-tes, j’accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires.

La fédération Solidaires étudiant-e-s salue, dans la même publication, "ce camarade" : “Nous n’avons pas suffisamment de mots pour crier notre douleur et notre tristesse.”

Derrière l'horreur du geste, la question de la précarité étudiante soulevée

Solidaires étudiant-e-s parle du jeune homme comme quelqu'un "en grande précarité financière, privé de bourse, désespéré". La fédération poursuit : “Ce sont bien ces institutions inhumaines, cette précarité, cette violence trop commune que l’État et l’Université exercent contre les étudiant-e-s dans l’indifférence générale qui ont guidé son geste, profondément politique, acte désespéré mais aussi et surtout geste de lutte contre un système fascisant et raciste qui broie.” 

Laëtitia, étudiante à Lyon et syndiquée à Solidaires, connaît bien la victime. Selon elle, la détresse de son ami traduit "un problème collectif" autour de la précarité étudiante. "Il y a énormément d'étudiants qui la vivent", explique-t-elle à France Inter. "Des étudiants qui n'ont plus de bourse, qui sont obligés d'arrêter leurs études parce qu'ils n'ont pas assez d'argent, qui sont obligés de trouver un travail." Elle pointe aussi du doigt le prix des loyers à Lyon, et la difficulté d'y trouver un appartement "surtout si l'on a pas de garant".

"Aujourd'hui, on ne sait pas comment on va faire quand on terminera nos études"

Sur les réseaux sociaux, plusieurs étudiants (anciens ou actuels) témoignent eux aussi des difficultés rencontrées lors de leurs années de fac. "C'est horrible, mais c'est quelque chose que je comprends", raconte par exemple cette internaute sur Twitter. 

"La précarité des étudiants est en constante augmentation", écrit une autre internaute sur Facebook. De son côté, l'Unef (principal syndicat étudiant) a tweeté, samedi après-midi : "Quand on dit que les étudiant.e.s vivent dans la précarité croissante et que, oui Claire O'Petit, nous sommes à 5 euros près par mois, il faut nous entendre. Il y a urgence". En 2017, la députée Claire O'Petit avait déclaré, à propos de la hausse de cinq euros de l'APL : "Si à 18, 19 ans, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer pour 5 euros... Qu'est-ce que vous allez faire de votre vie ?" 

En août dernier, l'Unef publiait son enquête annuelle sur le coût de la vie étudiante. Et alertait déjà sur la précarité des jeunes : une augmentation de 2,83 % du coût de la vie par rapport à l'an passé, loyers en hausse, baisse du recours aux soins (42 % des étudiants déclarant avoir renoncé à des soins faute d'argent). De son côté, l'université de Lyon-2 annonce l'ouverture d'une cellule de soutien psychologique à partir de mardi, sur le campus. À l'heure où nous écrivons ces lignes, le gouvernement n'a pas réagi.

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