Il y a un an tout juste était promulguée la loi étendant le délit d'entrave à l'IVG au numérique. Jugée "complexe" par ses partisans, la loi ne semble pas inquiéter les responsables des sites internet soupçonnés de "désinformer" sur l'IVG.

Les anti-Ivg ne désarment pas. Ni quand il s'agit de manifester - comme ici à Paris en janvier - ni via les sites, malgré la loi de 2017
Les anti-Ivg ne désarment pas. Ni quand il s'agit de manifester - comme ici à Paris en janvier - ni via les sites, malgré la loi de 2017 © AFP / NURPHOTO / Olivier Donnars

Dans le viseur à l'époque : certains sites internet accusés de désinformer sur l'IVG par une présentation tendancieuse. Des sites se faisant passer pour neutres, mais qui inciteraient, en cachant leur jeu, à ne pas se faire avorter.

Au départ, la loi voulait punir de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende la diffusion d'informations faussées ou l'exercice de pressions psychologiques.  

Un an plus tard, quel bilan ?

La rédaction de loi - réécrite plusieurs fois pour respecter les principes généraux sur la liberté d'expression - est ainsi faite que les recours sont très difficiles. À ce jour, en tout cas, aucune plainte. Les sites qui étaient dans le viseur, comme IVG.net, n'ont pas été inquiétés et ne sont d'ailleurs pas inquiets et figurent toujours en bonne place sur les moteurs de recherche.

Pour Alba Horvat, juriste bénévole à la Fondation des femmes, la loi n'a pas eu d'effet car elle est "trop complexe". "Pour prouver l'entrave, on doit être en présence d'une femme qui cherche à s'informer sur l'IVG, qui subisse des menaces ou pressions assez graves pour qu'elle s'en rende compte, qu'elle en soit suffisamment affectée pour aller porter plainte, et qu'elle garde des preuves de ce qu'elle a subi".

Dix ans que le site IVG.net existe

Derrière IVG.net et son numéro vert qu'on peut appeler sept jours sur sept, Avortement.net, ou encore la page Facebook intitulée IVG : vous hésitez ? Venez en parler ! il y a une femme : Marie Philippe, la directrice des publications qui se dit sereine. Cette année, pas l'ombre d'une plainte. Marie Philippe réfute d'ailleurs toute idée d'entrave : "Quelle serait notre intérêt de donner des informations fausses ? Nous ne donnons que des informations complètes sur les procédures de l’IVG, les suites de l’IVG. On en fait aucune pression." Sur les deux sites comme sur la page Facebook, on met pourtant l'accent sur les effets secondaires, et les témoignages vont dans le même sens : IVG mal vécues, qu'on regrette aujourd'hui, ou la joie d'avoir gardé son bébé. 

Dans une vidéo postée sur la page Facebook, par exemple, on entend une jeune fille raconter tristement : 

Honnêtement je ne m’en suis toujours pas remise et je ne sais pas si j’y arriverai un jour.

Malgré le contenu implicite des témoignages, qui peut clairement orienter un choix, on ne veut décourager personne, insiste Marie Philippe. Elle explique occuper simplement un créneau : celui de l'écoute et de l'information détaillée. D'après elle, le Planning familial ou les médecins orienteraient trop systématiquement vers l'IVG sans prendre le temps de comprendre chaque situation. Marie Philippe : "Ce sont des femmes qui sont sous pression, elles se disent ‘je n’ai pas le choix je dois avorter’. Nous d’abord on les écoute, ensuite elles font leur choix, mais elles ont tous les éléments. Il faut qu’elles sachent, il n’y a pas beaucoup de sites à par le nôtre, où on laisse la parole aux femmes qui ont des problèmes après l’IVG. Le corps médical traite très souvent la demande d’IVG comme des techniciens : 'vous voulez avorter ? Très bien'. Ils ne s’intéressent pas, d’ailleurs je suis frappée par la solitude de ces femmes que j’ai au téléphone."

IVG.net précise disposer de 25 personnes prêtes à répondre sur le numéro vert. Un appel peut durer jusqu'à une heure et demie. En revanche le site ne précise pas le nombre d'appels reçus chaque année.

► POUR TOUTE INFORMATION sur l'interruption volontaire de grossesse : IVG.gouv.fr

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