[scald=67551:sdl_editor_representation]par Marwa Awad et Patrick Werr

LE CAIRE (Reuters) - L'ex-Premier ministre égyptien Kamal Ganzouri a accepté de former un gouvernement à la demande du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir, rapporte jeudi la presse officielle, mais la nouvelle n'a pas apaisé les manifestants qui promettent un rassemblement monstre pour vendredi.

L'ancien chef du gouvernement, aux affaires entre 1996 et 1999, a donné son accord de principe à la formation d'un gouvernement de "salut national" après un entretien avec le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, président du CSFA, précise la version en ligne du quotidien Al Ahram, citant l'entourage de Kamal Ganzouri.

Pour tenter d'apaiser les manifestants, le CSFA a promis que les élections législatives, qui doivent s'étaler sur plusieurs jours, débuteraient lundi comme prévu. Les militaires avaient auparavant promis d'accélérer le transfert du pouvoir aux civils, répondant ainsi à la principale revendication des contestataires.

Depuis les premiers affrontements avec les forces de l'ordre samedi, au lendemain d'un vaste rassemblement place Tahrir, le bilan s'élève à 39 morts au niveau national, selon un décompte établi par Reuters.

"Le peuple demande l'exécution du maréchal Tantaoui!", ont scandé jeudi les manifestants. Le président du CSFA a été pendant 20 ans ministre de la Défense d'Hosni Moubarak, deuxième chef de l'Etat emporté par le "printemps arabe", le 11 février.

Kamal Ganzouri est considéré comme un homme politique intègre, mais ses responsabilités sous le règne du "raïs" pourraient relancer les appels à une rupture totale avec l'ancien régime.

"Ganzouri n'est pas bon pour la phase de transition. Il faut des dirigeants jeunes, pas des grands-pères", a ainsi estimé un manifestant interrogé alors que la nouvelle de sa nomination se répandait place Tahrir.

"VENDREDI DE LA DERNIÈRE CHANCE"

Les manifestants ont appelé à une grande manifestation place Tahrir vendredi pour réclamer un transfert immédiat du pouvoir à un gouvernement de salut national.

Dans un communiqué, ils évoquent une marche réunissant un million de personnes à l'occasion de qu'ils appellent "le vendredi de la dernière chance".

La Fédération des syndicats indépendants a également invité les travailleurs à marcher sur Tahrir, haut lieu de la "révolution du Nil".

Une autre organisation syndicale a lancé un mot d'ordre de grève générale en signe de solidarité avec les manifestants. Les syndicats égyptiens ont joué un rôle important dans le mouvement populaire qui est venu à bout du régime d'Hosni Moubarak.

Le CSFA a par ailleurs présenté ses excuses pour la mort des manifestants et a promis des indemnités aux familles des victimes.

Dans un communiqué, il assure qu'il fera le nécessaire "pour éviter une répétition de ces événements" et promet une enquête.

En dépit du climat troublé, deux généraux du CSFA ont exclu tout report des législatives, dont la première phase doit débuter lundi prochain.

"Nous ne reporterons pas les élections. Point final", a déclaré le général Mamdouh Chahine lors d'une conférence de presse.

Se tenant à ses côtés, le général Mokhtar al Moullah a déclaré que l'armée respectait le point de vue des manifestants de la place Tahrir mais a jugé qu'ils n'étaient pas représentatifs de l'ensemble de la population égyptienne.

PIÈGE

L'armée, qui a accepté mardi la démission du Premier ministre Essam Charaf, espère former un nouveau gouvernement avant le début des élections, a-t-il ajouté.

Les manifestants de la place Tahrir et les forces de l'ordre ont conclu dans la nuit une trêve qui a ramené le calme dans le centre de la capitale.

Des manifestants ont érigé d'autres barricades pour fermer la rue Mohamed Mahmoud, scène de violentes échauffourées ces derniers jours.

La contestation de ces derniers jours reste sans commune mesure avec la mobilisation de l'hiver dernier, où les Egyptiens avaient manifesté par millions.

La livre égyptienne est toutefois tombée à six pour un dollar, pour la première fois depuis janvier 2005, et l'agence de notation Standard & Poor's a dégradé la note souveraine à long terme du pays de B+ à BB-.

Les concessions proposées mardi soir par le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, le chef du CSFA -élection présidentielle avancée de six mois, d'ici juin 2012 au plus tard, nouveau gouvernement de transition et engagement à assurer des élections libres- n'ont pas eu d'effet sur les dizaines de milliers de contestataires qui ont repris la place Tahrir le week-end dernier.

Ils considèrent que ces annonces, fruit d'un accord avec plusieurs groupes politiques, dont les Frères musulmans, sont un piège visant à diviser le mouvement.

Avec Ali Abdel Atti et Yousri Mohamed; Henri-Pierre André, Benjamin Massot, Jean-Stéphane Brosse et Jean-Philippe Lefief pour le service français

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