Le directeur de SciencesPo, Frédéric Mion, s'est justifié dans une lettre aux étudiants après avoir révélé qu'il était informé, depuis 2019, des accusations d'agression sexuelle sur son beau-fils qui pèsent sur Olivier Duhamel, jusqu'ici président de la fondation supervisant l'école.

Frédéric Mion, directeur de Sciences Po Paris, le 11 janvier 2018
Frédéric Mion, directeur de Sciences Po Paris, le 11 janvier 2018 © AFP / PATRICK KOVARIK

Accusé d'inceste sur un des ses beaux-fils, le politologue Olivier Duhamel a annoncé lundi mettre fin à l'ensemble de ses fonctions, dont celle de président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), organisme qui a la responsabilité des grandes orientations stratégiques et de la gestion administrative et financière de SciencesPo Paris. C'est la juriste Camille Kouchner qui, dans un livre paru jeudi (La Familia grande, Ed. Seuil), accuse Olivier Duhamel d'avoir agressé sexuellement son frère jumeau quand il avait 14 ans. Depuis ces révélations en début de semaine, la polémique enfle aussi autour de la direction de l'école dans laquelle Olivier Duhamel a aussi, un temps, enseigné

Dans un premier temps, Frédéric Mion, directeur de l'Institut de Sciences politiques de Paris, avait exprimé sa "stupeur" face à ces accusations, expliquant aux instances étudiantes "ne pas être au courant". Mais dans un article du quotidien Le Monde, publié mercredi soir, il admet avoir été alerté dès 2019 des accusations visant Olivier Duhamel et reconnaît "ne pas avoir réagi". "J'aurais dû aller [le] trouver. C'était un devoir élémentaire. Je prends toute la responsabilité de ce manque de prudence, mais la faute s'arrête à moi", poursuit le directeur de l'IEP. "J'ai été inconséquent et j'ai manqué de discernement. Je suis prêt à l'entendre et à en subir les conséquences."

Des étudiants réclament sa démission

Dans un communiqué, des étudiants réclamaient jeudi de Frédéric Mion sa démission de ses fonctions de directeur de SciencesPo, après ses déclarations dans Le Monde. "Pourquoi avoir fait un communiqué à tou.te.s les étudiant.e.s, stipulant qu'il était choqué, atterré et surtout stupéfait des révélations contenues dans le livre de Camille Kouchner?", interrogent les étudiants. "Ce communiqué était de la poudre aux yeux", dénoncent-ils. "Depuis 2019, Frédéric Mion a donc caché la vérité. À deux reprises, il nous a menti."

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Mercredi, Le Monde rappelait qu'Olivier Duhamel avait été choisi pour délivrer la leçon inaugurale à l’ensemble des campus de SciencesPo. "Vous êtes en de très bonnes mains, celles du professeur Olivier Duhamel que je m’honore à considérer comme un maître mais surtout comme un ami", lâche Frédéric Mion ce jour-là, rappelle le quotidien du soir.

Mion écrit aux étudiants

Dans une lettre, adressée aux étudiants jeudi après-midi et que France Inter a pu consulter, Frédéric Mion dit comprendre les questions de ces derniers et le "besoin que la lumière soit faite" sur cette affaire. "J'ai envers vous un devoir de clarté", écrit-il. Il confirme ainsi avoir été "informé" à la fin 2019 par Aurélie Filippetti, ancienne ministre, enseignante à SciencesPo, de rumeurs dont elle avait eu l'écho concernant Olivier Duhamel". "Sans preuve tangible, sans éléments précis, j’avais peine à imaginer que cette rumeur puisse avoir le moindre fondement", indique-t-il.

Frédéric Mion assure avoir néanmoins "tenté, face à la suspicion de faits aussi ignobles qu’incertains, d’en savoir davantage". Mais il souligne "la difficulté de mener une telle démarche dans le respect de la loi et de la dignité des personnes concernées". Le directeur de SciencesPo indique avoir vérifié qu'aucun signalement n'avait été fait au cours des années et dit s'être tourné vers un proche d'Olivier Duhamel qui lui a affirmé "avec fermeté" que la rumeur en question était "sans fondement".

Dimanche 3 janvier, Olivier Duhamel aurait prévenu "lui-même" le directeur de SciencesPo qu'un livre le mettant en cause allait être publié mais, visiblement, sans lui indiquer les faits qui lui étaient reprochés.

"Ces révélations ont été un choc violent pour notre institution comme pour moi. Ma stupeur à l’énoncé des faits révélés n’était donc pas feinte."

Dans son courrier, Frédéric Mion interroge : "À l’aune du contenu du livre révélant les faits reprochés à Olivier Duhamel, aurais-je pu ou dû agir différemment ? La question peut se poser et je suis prêt à en débattre." Il se défend d'avoir "contribué à l'édification du silence", ni d'avoir "à aucun moment cautionné ni contribué à dissimuler les faits" en question. Il rappelle qu'il est "personnellement et toujours aux côtés des victimes" et tout autant engagé que SciencesPo dans le soutien des victimes et la lutte contre les violences sexistes ou sexuelles.