En quelques minutes, ce court film, réalisé en 2016, veut nous prouver que les chats sont des extra-terrestres. Un documentaire qui reprend (puis décrypte) tous les codes du complotisme. Une démonstration plus que jamais d'actualité, après le succès de "Hold-up" sur les réseaux sociaux.

Révélation : la véritable identité des chats, meilleure réponse au "gloubiboulga complotiste".
Révélation : la véritable identité des chats, meilleure réponse au "gloubiboulga complotiste". © Capture d'écran Vimeo

"La réponse est sous nos yeux, tellement évidente que personne ne l'a vue", prévient la vidéo. Sur les réseaux sociaux, une semaine et demie après la sortie du documentaire "Hold-up" (qui vise à démontrer la mauvaise gestion de la crise sanitaire mais s'égare dans les théories les plus folles), un faux documentaire sur les chats refait surface. Révélation : la véritable identité des chats, meilleure réponse au "gloubiboulga complotiste", juge le journaliste spécialiste de la télé Samuel Gontier, qui fait partie de ceux qui l'ont récemment repartagé ces dernières heures. Ce documentaire, réalisé en 2016 par une classe de seconde d'un lycée de Bondy, décrypte en effet parfaitement la mécanique des démonstrations conspirationnistes.

Argent, mystère, surnaturel et inexplicable

Dans une première partie, le documentaire, qui dure à peine quelques minutes, évoque l'histoire des chats, "qui sont partout", "considérés comme des dieux", "animaux de compagnie les plus populaires au monde" et "que l'on pense connaître". Très vite, le film laisse entendre que l'on ne sait pas tout sur le félin. Et promet des révélations pour mettre fin à "4000 ans d'histoire officielle". Argent, mystère, secrets, maladie, surnaturel, inexplicable : tout y est sur le fond. Mais aussi sur la forme... Voix grave, commentaire angoissant, musique inquiétante, morphing, montages, et extraits d'interviews bien choisis. 

Au bout de quatre minutes, la voix off n'est plus celle d'un homme mais celle d'une femme qui vient décrypter les séquences précédentes : "Ce que vous venez de voir est une fausse vidéo que nous avons fabriqué, nous, une classe de seconde." Les élèves expliquent comment ils s'y sont pris et listent ensuite les ingrédients d'une bonne théorie du complot.

Une voix sérieuse qui fait peur, le ton, la structure ("commencer par une intro historique pour la crédibilité et finir par la révélation pour le suspense"), une musique qui fait peur, des citations bien choisies, des images de chats bizarres, des éléments véridiques, des éléments incertains ou invérifiables, des mensonges, des effets spéciaux et... un bon montage. 

Le pouvoir du montage

Derrière ce film, il y a donc une classe de seconde, la Fabrique du regard (projet pédagogique du BAL, lieu culturel à Paris) et un réalisateur, William Laboury. "La thématique de l'atelier, c'était les images et leur utilisation. Et la meilleure manière de les initier était de leur faire fabriquer une vidéo complotiste", raconte-t-il à France Inter, quatre ans plus tard. "Je viens du monde du montage. L'idée n'était pas de débattre de ce qui est vrai ou faux mais juste de montrer à quel point c'est facile de manipuler l'information, prouver tout ce qu'on veut."

Si eux sont arrivés à le faire, tout le monde peut le faire.

S'en suivent cinq séances de deux heures. Pour aller glaner des infos, des articles, des images, écrire un commentaire, trouver une musique, générer la voix off. "Je suis content que cela puisse servir encore aujourd'hui. Le documentaire est beaucoup utilisé par des profs. Ce petit travail, réalisé en dix heures, sert à lancer la discussion."  

"C'est amusant de voir la ressemblance avec 'Hold-up'"

William Laboury a jeté un oeil attentif au documentaire Hold-up, visionné plusieurs millions de fois depuis sa sortie le 11 novembre. "Ce qui est amusant, c'est la ressemblance, dans le ton, dans la construction. Nous, on s'était dit qu'il ne fallait jamais formuler que les chats étaient des extra-terrestres mais juste le suggérer, amener des éléments qui poussent le spectateur à se le dire lui même. Dans Hold-up, les choses sont aussi peu dites, seulement suggérées. On passe d'ailleurs 1h20 avant d'avoir la moindre explication."

Un moyen de se mettre le spectateur dans la poche en alignant des vérités avec lesquelles on peut difficilement ne pas être d'accord. "Mais la force de ce film, c'est la durée (...) C'est une sorte de lavage de cerveau", estime celui qui juge le débat autour du complotisme majeur à l'heure actuelle. Coïncidence ? Le réalisateur prépare un long métrage autour du mercure rouge, un produit aux effets prétendument dévastateurs, "qui n'existe pas mais auquel beaucoup de gens croient"

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