Alors que le gouvernement s'apprête à préciser les contours de la nouvelle phase de déconfinement, en particulier le retour à l'école, les acteurs de l'Éducation nationale alertent sur l'impossibilité d'accueillir l'ensemble des enfants si le protocole sanitaire reste aussi strict.

Au lendemain du déconfinement, un instituteur explique aux enfants comment porter un masque (école primaire de Bruz, Ille-et-Vilaine, le 12 mai 2020)
Au lendemain du déconfinement, un instituteur explique aux enfants comment porter un masque (école primaire de Bruz, Ille-et-Vilaine, le 12 mai 2020) © AFP / Damien MEYER

Les modalités de la deuxième phase du déconfinement sont attendues ce jeudi, avec, notamment, des annonces sur une possible réouverture des lycées, tandis qu'à partir de la semaine prochaine, les écoles et collèges - qui n'ont rouvert qu'en zone verte pour les sixièmes et cinquièmes - sont également censés accueillir davantage d'enfants.

Mais pour le moment, et selon les derniers chiffres du ministère, 20% des élèves d'école primaire et 30% environ des collégiens concernés ont pour le moment repris, et rarement à temps plein.

"Nous n'y arrivons pas"

Le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, insiste largement sur l'absolue nécessité de remettre tous les enfants sur le chemin de l'école, en particulier dans les zones les plus défavorisées, comme la ville de Stains, évoquée dans son intervention télévisée ce mardi :

Je pense à Stains, la ville la plus pauvre (de ce département) [...] c'est profondément anti-social.

La priorité est de pouvoir "permettre à un maximum d'enfants de reprendre contact avec l'institution scolaire" avant la fin de l'année, souligne-t-on dans l'entourage du ministre. Notamment à ceux qui en ont "le plus besoin".

Mais le ministre reconnait aussi que ce vœu pieux vire au casse-tête : "Nous voudrions que certains enfants aillent à l'école et nous n'y arrivons pas."

Le ministère affirme que de nombreuses écoles seraient en capacité d'accueillir davantage d'élèves qu'actuellement, mais pointe du doigt la crainte qu'ont de nombreux parents de remettre leurs enfants à l'école, en raison de l'incertitude sanitaire. À l'inverse, des familles "non prioritaires", qui étaient volontaires pour remettre leurs enfants à l'école, se sont vu refuser l'accès par manque de place, le plus souvent dans des grandes villes comme Paris.

Pas d'allègement du protocole sanitaire

"On sent en ce moment une pression qui monte pour accueillir davantage d'élèves", affirme Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire. "Mais pour le moment, les enseignants ne voient pas bien ce qui permettrait d'ouvrir les vannes : on attend des réponses scientifiques pour savoir si le protocole sanitaire peut être ou non assoupli."

Si ce protocole n'est pas allégé, l'école ordinaire ne pourra pas reprendre avant septembre, reconnaît-on dans l'entourage du ministre. Mais Jean-Michel Blanquer a tranché : "Les contraintes sont importantes mais c'est aussi le corolaire d'un retour en sécurité, il n'y a pas d'allégement prévu à court terme", a-t-il encore affirmé sur LCI.

Comment accueillir quand même davantage d'élèves d'ici là ? "L'organisation actuelle ne tient qu'à un fil ; si on rajoute des effectifs, ça ne fonctionne plus", prévient Agnès Le Brun, porte-parole de l'Association des maires de France (AMF), en charge de l'éducation. Il est difficile par exemple de passer de deux services de cantine à trois, ou d'accroître encore le rythme de nettoyage des locaux, souligne-t-elle.

Accueillir les enfants en dehors du cadre scolaire

Jean-Michel Blanquer mise notamment sur le développement d'activités "sport, santé, civisme et culture (2S2C)" par les collectivités locales, pour permettre l'accueil des enfants en-dehors du cadre scolaire. Environ 200 communes auraient pour le moment manifesté leur intérêt. Mais "les compensations financières annoncées par l'État sont trop faibles et les ressources humaines insuffisantes", critique Mme Le Brun. Du côté des fédérations de parents d'élèves comme la FCPE, on préconise d'"ouvrir tous les lieux publics comme les bibliothèques, les gymnases ou les parcs" pour y accueillir les enfants dont les parents doivent retourner au travail.

Dans le second degré, on en est à l'état des lieux. Avant de savoir s'ils pourront rouvrir, les lycées font leurs calculs :

Je ne serai sans doute pas en mesure de proposer à chaque élève davantage qu'une journée de cours tous les quinze jours (Jean-Roch Pioch, proviseur d'un lycée de 1 100 élèves à Aurillac)

"Si les lycées rouvrent, il faut qu'on nous explique pourquoi", juge Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN, premier syndicat des chefs d'établissement. Selon lui, l'objectif ne peut pas être "scolaire" et il ne peut s'agir que d'une "reprise de contact" avec des élèves parfois perdus de vue ou bien pour préparer leur parcours l'an prochain. "Avec le protocole actuel, une reprise massive est de toute façon techniquement impossible", affirme-t-il.

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