C'est une première mondiale qui s'est jouée mi-janvier à l'hôpital Georges Pompidou à Paris, mais elle n'est rendue publique qu'aujourd'hui : la greffe d'un deuxième visage sur un homme qui faisait un rejet de sa première greffe. Trois mois après l'intervention, qui a duré 22 heures, le patient va plutôt bien.

Jérôme Hamon entouré du Professeur Eric Thervet, du professeur Bernard Cholley et du professeur Laurent Lantieri
Jérôme Hamon entouré du Professeur Eric Thervet, du professeur Bernard Cholley et du professeur Laurent Lantieri © Radio France / Véronique Julia

Jérôme Hamon, 43 ans, est atteint d'une neurofibromatose, une maladie génétique relativement fréquente qui dans de rares cas défigure le patient. C'était son cas, au fil des ans son visage est devenu totalement déformé. En 2010, Jérôme Hamon subi donc une première greffe de visage. Tout se passe bien pendant cinq ans, mais en 2016, il développe un rejet du greffon. Son visage se sclérose, avec des zones qui deviennent dures et nécrosées. 

À l'été 2017, le professeur Laurent Lantieri qui dirige le service de chirurgie reconstructrice et esthétique à l’Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris et son équipe, décident de pratiquer une nouvelle greffe. C'est une question de vie ou de mort car Jérôme Hamon ne peut plus vivre avec ce greffon, et c'est une première : jamais un second visage n'a été greffé sur un même patient, et pour cause : cette deuxième greffe est beaucoup plus compliquée à réaliser que la première.

Début novembre 2017, on retire à Jérôme Hamon son visage. Jusqu'à ce qu'on trouve un donneur, le 15 janvier suivant, il va vivre deux mois et demi sans visage, aux soins intensifs. Un moment particulièrement difficile pour lui, ses médecins saluent unanimement son courage et sa détermination.

La greffe a lieu le 15 janvier

Le dimanche 14 janvier, les médecins vont prélever le greffon à 500 kilomètres, sur un donneur de 22 ans. L'intervention débute à Paris le lundi 15 a midi, elle se termine le lendemain à 10 heures, elle va donc durer 22 heures.

D'un point de vue chirurgical, l'opération est très délicate, bien plus encore que pour une première greffe, car les tissus de Jérôme sont très abîmés par le rejet du premier greffon.

D'un point de vue médical, il s'agit également d'une prouesse, car Jérôme, en rejetant le premier greffon, a développé énormément d'anticorps. Il a donc fallu lui faire une plasmaphérèse, lui retirer le plasma pour enlever ces anticorps et éviter qu'il ne rejette le deuxième greffon. Il a fallu lui administrer aussi de puissants anti-rejets qui ne sont pas sans effets secondaires.

Trois mois après l'intervention, Jérôme est toujours hospitalisé. Sa diction et la mobilité de son visage restent difficiles, les nerfs mettent longtemps à repousser
Trois mois après l'intervention, Jérôme est toujours hospitalisé. Sa diction et la mobilité de son visage restent difficiles, les nerfs mettent longtemps à repousser © Radio France / Véronique Julia

Trois mois après l'intervention, Jérôme Hamon reste hospitalisé à Georges Pompidou

Récemment, il a pu rentrer chez lui quelques jours en Bretagne et sortira sans doute bientôt de l'hôpital, mais sa diction et la mobilité de son visage restent difficiles. Les nerfs mettent en effet du temps à repousser, il faut donc être patient pour juger de sa récupération. Il a par ailleurs beaucoup maigri car les médicaments antirejet l'ont fatigué. 

Quel effet cela fait-il d'avoir eu trois visages ? Jérôme Hamon dit qu'il ne s'est pas posé la question, car finalement, elle ne se posait pas. À chaque fois, il se l'est approprié. Mais aujourd'hui il fait plus jeune que son âge et pour cause : il a 43 ans, mais son donneur en avait 22 et le visage est poupin.

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