Des archéologues sont tombés sur le théâtre d’une tuerie vieille de plus de 6 000 ans à Achenheim près de Strasbourg (Bas-Rhin) : une découverte qui change notre approche du néolithique.

La fosse 124 à Achenheim où les archéologues ont découvert le massacre.
La fosse 124 à Achenheim où les archéologues ont découvert le massacre. © Philippe Lefranc/Inrap

A-t-on découvert une scène de guerre préhistorique ? C'est la question que se posent des chercheurs de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Il y a deux mois, à Achenheim, l'une de leurs équipes d’archéologues est tombée sur les vestiges d'un massacre datant du néolithique lors de fouilles sur le site d’un futur centre commercial, à l’ouest du village, au nord de la RD 45. Les premières conclusions de leurs recherches ont été dévoilées cette semaine.

Les squelettes de six hommes en position désordonnée et quatre bras gauches reposaient dans une fosse. "Tous les crânes sont polyfracturés donc en mille morceaux , explique Fanny Chenal anthropologue à l’Inrap. On retrouve aussi des fractures sur les côtes, sur les clavicules, au niveau du bassin, des bras, des membres supérieurs, des mains, des phalanges, des pieds. Cela signe un acharnement incontestable sur les victimes"

Leurs positions laissent supposer qu’ils ont été abandonnés dans la fosse, sans autre ménagement et en même temps, lors d’un même conflit. Les membres ont été vraisemblablementtranchés à la hache ou au silex.

Armature de flèche retrouvée près du bassin de l'un des squelettes.
Armature de flèche retrouvée près du bassin de l'un des squelettes. © Philippe Lefranc/Inrap

L’expression d’une fureur guerrière ritualisée

Acte sacrificiel ou conflit guerrier ? Philippe Lefranc, qui a dirigé les fouilles à Achenheim, penche pour la seconde hypothèse : "identifier la guerre c’est toujours assez difficile mais on a la chance en Alsace de disposer d’autres ensembles, notamment celui de Bergheim qui a également livré des bras coupés [dans ce village situé à une soixantaine de kilomètres d’Achenheim, des archélogues ont découvert en 2012 huit squelettes et sept bras gauche, datant également du néolithique. NDLR]. Et ces gestes-là font écho à des pratiques guerrières qui sont connues à travers le monde ".

Une nouvelle approche du néolithique

Les bras coupés pourraient être des trophées de guerriers. Cet acharnement illustrerait un nouveau cas de violence dans l’Europe du néolithique. Si la Préhistoire n’a sans doute jamais été un âge tendre, les premiers conflits ou violences de masse émergent entre 12 000 et 10 000 ans, dans des sociétés prénéolithiques.Les recherches sur la violence dans les premières sociétés agropastorales néolithiques sont récentes en Europe.

Les fouilles d'Achenheim, commencées en mars dernier, se terminent le 15 juin. L’Inrap souhaite mener des analyses génétiques et isotopiques sur les squelettes d’ici deux ans pour déterminer l’origine des victimes et ainsi affiner le scénario.

Traces archéologiques de violence dans le néolithique européen.
Traces archéologiques de violence dans le néolithique européen. © Philippe Lefranc/Inrap
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