Vous aviez l'air tendu, à la télévision. Des cernes sous les yeux, vos lèvres frémissaient, Vos lunettes tremblaient et vos sourcils fronçaient, Vous étiez, semble-t-il, en pleine confusion. Pas envie de répondre à Lolo Ferrari. Pas un mot, pas un seul, sur Lili Bettencourt. Le silence et la gueule au lieu d'un beau discours. Evacuant les questions manu-militari. C'est « du dénigrement », avez-vous affirmé. « On cherche à me salir, on me tape dessus. Mais les accusations, en fait, elles sont issues D'une horrible campagne qui veut me briser. » Laurence a insisté. Elle n'a pas lâché prise. Malgré votre désir de la prendre... de haut. On a vu que son cœur n'était pas d'artichaut. Même si l'entretien est resté sans surprise. Car vous n'avez rien dit, si ce n'est votre peine Et puis votre refus de parler démission. Qu'importe l'étendue des manifestations. Avec un peu d'ardeur et un bol de verveine. Vous irez au combat, ministre jusqu'au bout. Pour porter la réforme qu'on vous a confiée. Réforme que certains trouvent injustifiée. Mais sur ce dossier-là, vous avez du bagout. Ainsi à l'Assemblée, hier et avant-hier Vous avez tenu tête aux députés de gauche Qui croient que vous avez favorisé l'embauche De votre dulcinée, pour servir l'héritière. C'est vrai, elle a servi le groupe L'Oréal Elle a démissionné, mais depuis, quel déluge. La rumeur la poursuit, ainsi que quelques juges. Elle aurait pu couvrir une fraude fiscale. « Tout cela est ignoble », avez-vous répondu. « Jamais on n’a menti, ni détourné des ronds. » « Je confirme », a pensé l’effacé Georges Tron. « Eric est un gentil, il n’a rien d’un vendu. » Mais il y a aussi cette légion d'honneur. Obtenue par de Maistre, Patrice, un ami. Non, pardon, j'oubliais, il n'est pas votre ami. Ceux qui disent cela sont des baratineurs. Idem pour ceux qui voient du trafic d'influence. Du renvoi d'ascenseur : franchement, quel toupet ! Tout ça parce qu'il a financé l'UMP. Et alors, qu'y peut-on ? Pure coïncidence ! Mais c'est vous, cher monsieur, qui l'avez décoré. En janvier 2008, il était très content. Vous avez même écrit qu'il était compétent. Et que la distinction était bien méritée. Vous avez oublié ? Après tout, c'est humain. Les trous dans la mémoire, on a tous connu ça. L'autre jour, ma grand-mère allait couci-couça. Elle avait égaré son petit sac à main. C'était à Chantilly, dont vous êtes le maire. Près du bel hypodromme auquel vous tenez tant. Un lieu sauvé grâce au soutien de l'Aga Khan. C'est bien pour les chevaux. C'est bien pour vos affaires. Les retraites, par contre c'est une autre histoire. Il vous faudra lâcher des litres de salive Pour convaincre Bernard Thibault, Alain Olive, Et Jean-Claude Mailly, qui mettent le foutoir. 1 million 200 mille : chiffre de la police. Au moins 2 millions 5 : chiffre des syndicats. Lesquels, apparemment, vous causent du tracas. Souhaitant, jusqu’à la lie, vous fair’ boir’ le calice. Avant, les défilés passaient inaperçus. Dixit votre patron. Président Sarkozy. Mardi, on les a vus. Finie l'hypocrisie. Ils étaient très fournis. Vous n'étiez pas déçu. D'autant que votre tête était sur les affiches. A côté de Liliane et derrière Nicolas. Vous qu'on disait discret, terne, insipide et plat. Vous voilà devenu le copain des plus riches. Et la star des médias. Comme un triste cabot. Vous avez détrôné Mickaël Vandetta. Certes, on vous dit parfois persona-non-grata. Mais ce soir vous irez chez Arlette Chabot. Serez-vous énervé ou d'un calme olympien ? Sans doute aimeriez-vous quelques jours de vacances. Un conseil : offrez donc à votre aimée Florence La belle île d'Arros. Oui, vous le valez bien. Chronique ("La poésie du jeudi") du 09-09-2010 dans "le 5/7 Boulevard"

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