Plagiats, falsifications, conflits de signatures... Le secrétaire d'État à la Recherche va créer un Office français de l’intégrité scientifique pour éviter ces dérives.

L'OFIS sera chargé de défendre les bonnes valeurs de la recherche scientifique
L'OFIS sera chargé de défendre les bonnes valeurs de la recherche scientifique © AFP / Odd Andersen

La création d’un Office français de l’intégrité scientifique (Ofis), c’est la principale recommandation du rapport sur l’intégrité scientifique demandé par le secrétaire d’État à la Recherche Thierry Mandon.

En juin dernier, Pierre Corvol, auteur de ce rapport, avait dans un premier temps remis ses conclusions au secrétaire d’État pour mesurer l’ampleur de la fraude : en cinq ans, le rapport dénombrait 46 plagiats, 22 falsifications et deux fabrications. Ce à quoi il fallait ajouter six conflits d’intérêt et 51 conflits sur les signatures d’articles, c'est-à-dire lorsqu’un post-doctorant non titulaire fait le travail de recherche mais que c’est le patron du laboratoire qui signe l’article.

La deuxième étape, c’est donc celle des recommandations : le premier rôle de l’Ofis, ce sera de vérifier que les organismes de recherche et les universités sont tous dotés d’un outil pour mettre en avant les bonnes pratiques et contrôler leur respect : comités d’éthique, formation des étudiants aux risques de la copie et à la propriété intellectuelle, etc.

Favoriser la formation des étudiants

L’Ofis sera-t-il seulement un gendarme de l’intégrité ? Pas seulement, selon son initiateur, pour qui le respect de ces bonnes pratiques “n’est pas inné” :

Evidemment qu’il faut verbaliser quand on dépasse la ligne jaune de ce qu’il ne faut pas faire. Mais ce que je voudrais surtout, c’est qu’on accompagne, qu’on forme, qu’on informe, via un site web qui permette aux écoles doctorales d’avoir des outils pour former les étudiants.

“Il est important, lorsqu’on prépare un master, de se forger une déontologie forte, de comprendre les valeurs, la propriété intellectuelle”, explique Michel Cosnard, président du Haut Comité d’Évaluation de la recherche (HCERES), qui plaide pour une formation des étudiants aux questions de droits et de plagiat dès le master. “Dans un monde où, par le numérique, le droit de copie est nul et le partage instantané, il est d’autant plus important que ces notions soient enseignées et comprises”, ajoute-t-il.

Une réforme de l'ENA pour former "aux valeurs de la recherche"

L’enjeu de ces réformes est capital pour le secrétaire d’État : il s’agit de rétablir la confiance entre le monde scientifique et la société française. “La science risque d’être de plus en plus contestée, c’est la mode, tous les pouvoirs le sont, et si elle n’est pas intègre elle le sera d’autant plus”, explique-t-il.

L’intégrité est l’une des conditions de la confiance de la société envers ses scientifiques. En s’engageant aussi fort, ce sont les intérêts à long terme de la science que l’on préserve.

Thierry Mandon ajoute que pour mieux former la classe politique à ces questions d’intégrité, ses services travaillent “sur une évolution assez profonde de l’Ecole nationale d’administration (ENA), où la connaissance du monde de la recherche et de ses valeurs feront partie de la formation des hauts dirigeants du pays”.

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