Les services de réanimation sont de plus en plus en tension dans le pays, mais le transfert de patients ne semble pas être une solution pour beaucoup de familles des malades. Une famille a tenu à témoigner, pour rassurer et expliquer que cette solution est une chance.

James a été transféré de Valenciennes à Munster en Allemagne
James a été transféré de Valenciennes à Munster en Allemagne © AFP / LAURENT PERPIGNA IBAN

Alors que le gouvernement comptait sur les transferts de patients malades du Covid-19 pour faire baisser la pression dans les services de réanimation en Île-de-France, il a manqué de candidats au voyage. Les autorités en espéraient une centaine, mais c'était sans compter le manque de patients assez stables, et aussi les réticences des familles. Des craintes compréhensibles, surtout quand la destination est très éloignée de la famille, mais qu'il faut surmonter ce problème là aussi. James et ses proches ont vécu le cas le plus extrême : le transfert vers l'étranger. Ils témoignent.

De Valenciennes à Munster

"Quand je me suis réveillé, j'ai senti que ça bougeait autour de moi, mais ils parlaient et je ne comprenais pas", se souvient James, malade du Covid à l'automne dernier. Ce retraité de 66 ans vivant dans le Nord, s'était endormi à l’hôpital de Valenciennes. Lui et sa femme Maria, âgée de 68 ans, ont attrapé le Covid en même temps, lors de la deuxième vague. Elle, hospitalisée en soins continus, a eu la chance de ne pas développer une forme sévère de la maladie alors qu'elle souffre de diabète. James, en revanche, a quitté la maison en détresse respiratoire sévère à bord d'une ambulance du Samu 59, direction le service de réanimation. Les deux filles du couple Elena et Sofia se sont relayées au chevet de leurs parents.  

Les médecins ont demandé l'autorisation aux filles de James pour le transfert
Les médecins ont demandé l'autorisation aux filles de James pour le transfert © AFP / IDHIR BAHA

Le 7 novembre, les médecins convoquent les deux filles et leur demandent d'accepter que leur papa, alors intubé, dans le coma mais dans un état stable, soit soigné à Munster en Allemagne. Elena se souvient : "évidemment ça a suscité de l'inquiétude. Avec ma sœur, on était déjà très inquiètes de le savoir en réanimation, il était intubé depuis quelques jours quand on nous a annoncé le transfert. C'était déjà l'angoisse quand il était à quelques kilomètres de nous, donc savoir qu'il allait être transféré à des centaines de kilomètres, dans un pays dont on ne parle pas la langue, lui non plus... "

Des inquiétudes rapidement levées

Sur le moment, les deux filles sont abasourdies et trouvent la décision injuste et dangereuse. Pourquoi leur père ? Les questions défilent dans leur tête : est-ce une décision qui va lui donner une chance qu'il n'aura pas en restant en France ? Comment aura-t-on de ses nouvelles ? "On se demandait si on allait le revoir", conclut Elena. Finalement, Elena et Sofia acceptent, et le lendemain, James est héliporté en Allemagne, à Munster, dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie. Il y restera quinze jours.

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Rapidement, les premières inquiétudes ont pu être levées grâce à une préparation et un suivi des soignants des deux côtés de la frontière. Elena raconte : "il a été transféré le matin, et dès 13h on a eu des nouvelles de l’hôpital de Valenciennes. La veille on avait été reçues pour nous expliquer pourquoi on le transférait et comment ça allait se passer. On a eu des liens, des communications quotidiennes, avec des chefs du service de réanimation et le directeur de l'établissement où il avait été hospitalisé. Et on avait aussi des nouvelles de l'Allemagne. Le soir-même, on a eu un appel, je ne parle pas allemand donc on a discuté en anglais. On a compris qu'il était toujours dans le coma, intubé, mais qu'il allait bien. Pendant ces quinze jours, il n'y a pas eu une journée où on a pas eu de ses nouvelles."

Un réveil étonnant

Le plus difficile, c'était tout de même de ne pas pouvoir aller à son chevet comme elles en avaient l'habitude en France. L'hôpital de Munster ne leur a pas autorisé l'accès à leur père, mais elles ne tenaient prêtes à y aller, avec l'aide des autorités françaises : "on a été contactées deux ou trois jours après son transfert par le ministère de la Santé, la cellule de crise. On avait à disposition toutes les informations pour se rendre en Allemagne, une fiche pratique de l'ambassade, des contacts, et si on avait eu l'autorisation de l'hôpital, on serait allées le voir."

Le plus dur pour Elena et sa soeur : la distance
Le plus dur pour Elena et sa soeur : la distance © AFP / IDHIR BAHA

Lorsqu'il sort du coma, James est perdu. Autour de lui, il ne reconnait ni la chambre ni l'équipe soignante. Il réalise alors qu'il est loin de Valenciennes. James se souvient : "la médecin cheffe du service de réanimation, quand je me suis réveillé, m'a demandé si je savais où j'étais. j'ai fait un signe de la tête pour dire non car j'étais intubé. Et j'ai souri. Quand j'allais quitter l’hôpital, elle m'a dit que c'était la première fois qu'un patient souriait au réveil et qu'elle avait dit à sa collègue qu'on avait affaire à un battant."

"Si c'était à refaire, on dirait encore oui"

Comme de nombreux malades du Covid, son passage en réanimation n'a pas été des plus simples car il était "alité, sans bouger, sans rien", avec "des perfusions de partout". Et James d'ajouter, soucieux de rassurer ceux qui pourraient se trouver dans le même cas que lui :  

"c'était pas facile pour moi, mais ils ont fait des efforts, pour me parler en français et que je comprenne. J'ai été bien pris en charge, bien soigné, bien suivi, par un personnel adorable."

Deux semaines plus tard, James revient à l'hôpital de Valenciennes où il retrouve son épouse Maria qui elle aussi a survécu. Eux, mais surtout leurs filles, ne regrettent pas d'avoir donné leur accord à ce transfert vers l'Allemagne. "On s'est dit que ce transfert, c'était lui donner une chance", explique Elena. À l'époque, les services de réanimation étaient en tension. Maintenant il est parmi nous, il a certes les séquelles liées au virus, la fatigue, les problèmes respiratoires, mais il est en forme pour quelqu'un qui a été dans le coma pendant quinze jours." Les deux sœurs le disent sans détours : "on comprend les familles qui s'interrogent pour savoir s'ils acceptent ou non de voir un proche soigné à l'étranger. Si c'était à refaire, on dirait encore oui, même si on ne souhaite à personne de vivre ce que nous avons vécu."