[scald=109615:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Le procès d'un physicien nucléaire franco-algérien de 35 ans, Adlène Hicheur, suspecté d'avoir préparé sur internet en 2009 un attentat en France, s'est ouvert jeudi à Paris dans un climat de tension suscité par les sept meurtres commis dans le pays par un islamiste radical.

Même s'il n'existe aucun lien direct avec les crimes de Mohamed Merah, la défense d'Adlène Hicheur, qui entend plaider sa relaxe, dit craindre qu'il ne pâtisse de la relance du débat sur la menace terroriste en pleine campagne électorale.

Toute la famille et les proches du prévenu, enseignant-chercheur, titulaire d'un doctorat en physique des particules, en poste au Centre européen de recherche nucléaire (Cern) de Genève au moment de son arrestation, sont venus lui exprimer leur soutien au tribunal.

"Adlène est déterminé, combatif, il est heureux de pouvoir s'expliquer alors qu'on le lui refuse depuis deux ans et demi", a dit son frère aux journalistes.

Détenu depuis octobre 2009 et poursuivi pour "association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme", Adlène Hicheur, qui encourt jusqu'à dix ans de prison, se voit reprocher des échanges sur internet avec un homme que l'accusation identifie comme un militant d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Mustapha Debchi.

L'accusation tient pour acquis que ce correspondant est un maquisard d'Aqmi qui vivait en 2009 dans la clandestinité en Algérie, et elle s'appuie sur un interrogatoire de cet homme dont fait état la police algérienne en 2011.

La défense du prévenu conteste ce point, en déclarant qu'il n'est pas à ses yeux prouvé que l'homme auquel Adlène Hicheur parlait était bien ce militant d'Aqmi.

ÉCHANGES DE COURRIELS

Par ailleurs, la défense estime que, de toutes manières, les échanges étaient purement épistolaires et intellectuels et qu'en l'absence de tout autre acte du suspect, il n'est pas possible de retenir une intention terroriste.

L'accusation retient une liste de 35 messages qui devaient être examinés lors des deux jours de procès, jusqu'à vendredi soir, après quoi le jugement sera mis en délibéré.

Ces échanges, qui étaient cryptés par un procédé technique, évoquent clairement la cause islamiste et divers conflits dans le monde. Adlène Hicheur fait part, selon les messages produits par l'accusation dans l'ordonnance de renvoi, de son soutien aux islamistes armés et évoque des objectifs d'attentats.

"Ils sont différents suivant la différence des résultats souhaités", écrit-il, estimant que si on veut punir l'Etat français de son engagement en Afghanistan, il est possible de s'en prendre à un bataillon basé près d'Annecy qui participe à ce conflit.

L'accusation estime qu'Adlène Hicheur a accepté la demande formulée par son correspondant en juin 2009 de créer une unité en France pour passer à l'action mais le prévenu conteste ce point, expliquant durant l'instruction qu'il limitait sa participation à "un cadre d'activités intellectuelle".

Adlène Hicheur, qui était au moment des faits cloué chez lui par une hernie, évoque dans ses courriels des possibilités de s'entraîner en Algérie mais il a expliqué durant l'enquête que ce n'était qu'une vue de l'esprit.

Le débat devrait permettre de "cadrer" les poursuites judiciaires antiterroristes en France, qui ont pour objet, avec l'incrimination "d'association de malfaiteurs", de prévenir les actions avant qu'elles ne soient commises.

Depuis la création de ce dispositif dans les années 1980, les avocats et les associations de défense des droits de l'homme mettent en garde la justice contre le risque de création d'une forme de délit d'opinion et estiment que pour retenir un projet d'attentat, il faut plusieurs actes matériels et non seulement une intention écrite.

Edité par Patrick Vignal

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.