Un rapport rendu jeudi au gouvernement appelle à une rémunération plus juste des éleveurs et producteurs. Dirigé par Serge Papin, ex-patron de Système U, il appelle à "mettre en place un sursaut collectif" et à empêcher la négociation du prix des matières premières par les distributeurs et les industriels.

Dans une ferme de La Riche (Indre et Loire)
Dans une ferme de La Riche (Indre et Loire) © AFP / David Le Tellier / Hans Lucas

La prise en compte du coût des matières premières agricoles doit devenir "non négociable" dans la fixation des prix entre agriculteurs, industriels et distributeurs, plaide Serge Papin dans un rapport, remis jeudi au gouvernement, et qui appelle à une nouvelle loi. Son objectif : faire entrer l’agriculteur dans cette négociation commerciale dont il est pour l'instant exclu, puisqu’elle ne met face-à-face que les industriels, ceux qui transforment la matière première agricole, et les distributeurs. 

"Si on ne le fait pas, on prend le risque majeur de mettre à mal notre appareil agricole français", prévient l'ancien patron de Système U. Il faut "mettre en place les conditions d'un sursaut collectif", écrit-il, dans ce rapport à destination de Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l'Industrie. 

Après consultation d'une soixantaine d'interlocuteurs, l'ex-patron de la chaine de supermarchés veut donc rendre "obligatoire" la signature d'un contrat pluriannuel entre l'agriculteur et l'industriel qui va transformer ses produits (entreprise de meunerie, boulangerie, charcuterie...). "Le contrat entre l’agriculteur et le premier transformateur doit être le fil conducteur de la négociation finale", estime-t-il. 

Industriels et grande distribution, "grands gagnants du système actuel"

Aujourd'hui, le prix des denrées alimentaires est fixé par les négociations entre les distributeurs et les industriels - indépendamment de ce que les agriculteurs demandent, conduisant nombre d'entre eux à vendre à perte, en particulier dans l'élevage. 

Pour apporter une solution, ces nouvelles propositions envisagent de tenir compte des coûts de production, pour fixer de manière non négociable "la quote-part du prix de la matière première agricole" lors des discussions avec la grande distribution et les grandes entreprises, qui sont "les gagnants du système actuel", explique l'ex-patron de Système U. 

"Les agriculteurs, moins bien organisés et moins bien équipés pour la négociation, sont le maillon faible de la filière", estime encore Serge Papin

Ce rapport, qui met en avant le manque de confiance constaté entre les différents acteurs de la filière de l'alimentation, prône aussi d'autres pistes, comme la mise en avant des produits de saison chez les agriculteurs, l'incitation au "patriotisme agricole" avec l'identification systématique des produits français. 

Et surtout, l'incitation au regroupement des éleveurs ou producteurs d'une même filière, en encourageant la création de coopératives : "L’éclatement de la représentation affaiblit les agriculteurs lors de la négociation",confirme ce texte, qui cite notamment la filière bovine, "particulièrement déstructurée". Ce rapport prend enfin l'exemple de la filière lait, où des regroupements salutaires ont eu lieu, comme des initiatives de coopératives qui ont permis une juste rémunération des producteurs ("C’est qui le patron ?", "Juste et Vendéen", "Faire France" ou encore "Basquilait").