Le Haut Conseil à l'Égalité remet ce vendredi à la secrétaire d'État Marlène Schiappa un rapport sur les violences à l'encontre des femmes,violences opérées dans le secteur médical gynécologique et obstétrique, et propose trois leviers d'actions pour y mettre un terme.

Le rapport du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes confirme l'existence de violences gynécologiques et obstétricales en milieu hospitalier
Le rapport du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes confirme l'existence de violences gynécologiques et obstétricales en milieu hospitalier © Getty / Nenov

Quand on lance un appel à témoigner sur les réseaux sociaux, nombreuses sont les femmes qui viennent, de façon anonyme, raconter les expériences qu'elles ont vécues avec un gynécologue ou un obstétricien peu avenant. Une libération de la parole qui a poussé Marlène Schiappa, la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, à commander à l'été 2017 un rapport dressant l'état des lieux des violences gynécologiques et obstétricales. 

Dans ce rapport, remis ce vendredi par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, la question des violences faites aux femmes dans ce domaine médical n'est plus à prouver. Basée sur de nombreux témoignages de patientes, ainsi que d'associations et de soignants qui œuvrent pour changer les choses, et de chiffres mis à disposition par les organismes de santé publique, l'étude, résume la co-rapporteure Margaux Collet, démontre qu'il s'agit de "violences sexistes" spécifiques au domaine de la gynécologie et de l'obstétrique.

Mieux connaître les besoins des patientes, former les médecins et informer des recours possibles en cas d'abus

Des violences qui vont du non respect de la pudeur des patientes, à qui nombre de médecins imposent la nudité lors des examens, au lieu d'ausculter sous un drap, par exemple, à des commentaires sur leur physique, leur sexualité, leur orientation sexuelle, au non-respect du consentement lors d'actes médicaux spécifiques, tels que l'épisiotomie pratiquée de façon abusive dans certaines cliniques, quasiment machinalement, ou le toucher vaginal sur des patientes anesthésiées, jusqu'à aller pour les cas les plus graves au harcèlement sexuel ou au viol. 

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Margaux Collet, co-rapporteure de l'étude, explique ce que sont les violences gynécologiques et obstétricales

Par Julie Guesdon

Le rapport, disponible dès à présent, propose trois axes moteurs pour en finir avec ces violences. En premier lieu, il appelle à ne plus fermer les yeux sur les travers de la profession, pas toujours consciente elle-même de la violence des pratiques, en effectuant des études qualitatives globales sur les pratiques gynécologiques, à savoir "déterminer l'âge moyen de première consultation" par exemple. Margaux Collet explique que le ministère de la Santé dispose d'un nombre conséquent de statistiques quantitatives, telles que le nombre d'actes pratiqués dans les services obstétriques des cliniques, mais pas d'étude qualitative permettant de mieux appréhender les besoins et les craintes des patientes.

Le second axe de travail vise les praticiens eux-même. Alors que la formation initiale et continue des médecins doit être remise en question début 2019, le Haut Conseil à l'Égalité demande à ce que la formation des médecins gynécologues et obstétriciens, des sages-femmes et de tout le personnel soignant soit axée en priorité sur la question du consentement et de ce que sont les violences obstétriciennes et gynécologiques, "meilleur moyen de sensibiliser le personnel soignant pour en finir avec ces violences" affirme la co-rapporteure.

Enfin, le rapport propose une meilleure information des femmes sur les droits dont elles disposent, lors des cours d'éducation sexuelle auprès des jeunes filles, lors de réunions de préparation à l'accouchement, dans les carnets médicaux... et surtout de mieux faire connaître les outils à disposition des patientes qui souhaiteraient signaler un incident avec un médecin, auprès de l'Ordre de déontologie de celui-ci, par exemple.

Car bien souvent, les pratiques, bien que traumatisantes, sont tolérées parce que les médecins qui en sont à l'origine n'ont rien à se reprocher sur le plan technique. C'est ce que raconte Evelyn, mère de famille qui a bien cru perdre sa deuxième fille alors qu'elle était à son quatrième mois de grossesse, en raison d'une importante hémorragie. Victime de violences psychologiques par l'obstétricien qui la reçoit ce jour-là dans un hôpital de Normandie, elle se retrouve seule, en larmes, avec l'échographie de son enfant sur le ventre, avec un pronostic alarmiste et un médecin irrespectueux. Une expérience qu'elle a racontée à notre micro.

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Evelyn : "Il a claqué le cliché sur mon ventre après avoir annoncé la perte probable de mon bébé et m'a dit 'photo souvenir'"

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Le rapport est à consulter en intégralité sur le site du Haut Conseil à l'Égalité.

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