Immergés dans les années 80, ces 25.000 pneus sont restés près de 40 ans au fond de l'eau dans le Golf Juan. Mais contrairement à ses homologues en béton, qui ont permis de développer la faune locale, ce récif artificiel n'a pas été une expérience concluante : il faut donc tout récupérer.

L'opération doit permettre de récupérer 25.000 pneus d'ici à 2020
L'opération doit permettre de récupérer 25.000 pneus d'ici à 2020 © Radio France / Sandy Dauphin

Drôle de pêche en mer entre Antibes et Cannes : 25.000 pneus usagers retirés de l'eau dans le Golf Juan. Ils avaient été immergés dans les années 80, pour faire un récif artificiel, mais aujourd'hui il faut les enlever. Une première phase expérimentale avait déjà été menée en 2015, cette fois les choses sérieuses commencent, et les opérations (menées par l'agence française pour la biodiversité) ont commencé la semaine dernière.

À 800 mètres au large, sur une mer d'huile, parmi les yachts et voiliers, une barge équipée d'une grue remonte des chapelets de vieux pneus dégoulinants. Guillaume Bernard, chargé de projet à l'antenne Méditerranée de l'agence française pour la biodiversité, explique que "les plongeurs travaillent à faire des chapelets de perles, en quelque sorte, avec les pneus. On accroche le tout sur la grue pour ensuite le remonter à l'aide du bateau."

Devant deux écrans, Marc Capar supervise l'opération, en contact permanent avec les huit plongeurs qui se relayent sous l'eau. "Tout ce qui tenait les pneus, les pièces métalliques, a rouillé", se désole-t-il. "Ça ressemble à une pelote d'aiguilles, au fond. Et les pneus se sont éparpillés."

"À l'époque, on ne connaissait rien sur les récifs artificiels"

Ces pneus de voitures et de camions sont au fond de l'eau depuis près de 40 ans. À l'époque, ce type de récif artificiel était considéré comme novateur, rappelle Christophe Serre, référent milieu marin au conseil général des Alpes Maritimes. "Il faut se remettre dans le contexte. À l'époque, on ne connaissait rien sur les récifs artificiels. On avait ces fonds qui étaient non-valorisés, une diminution de la ressource halieutique. Il fallait aider les pêcheurs."

Mais si les récifs artificiels en béton aux alentours ont servi de nursery pour les poissons, ce tas de pneus n'a pas été concluant. Pire, aujourd'hui il menace ce site protégé dans la baie d'Antibes. "L'idée, c'était de recréer un écosystème marin, favorable notamment aux poissons", explique Christophe Aubel, directeur général de l'agence française pour la biodiversité. "Cela devait aider les pêcheurs à avoir de la ressource pour leur métier."

Malheureusement, "on s'est rendu compte que ça ne fonctionnait pas. Autant on sait faire des récifs artificiels en béton, autant le pneu ça ne fonctionne pas, la nature ne s'y installe pas. Ils ont même fini par se disperser sur les fonds marins et par les abimer. Cela devenait contre-productif."

Deux ou trois opérations d'enlèvement seront nécessaires d'ici 2020
Deux ou trois opérations d'enlèvement seront nécessaires d'ici 2020 © Radio France / Sandy Dauphin

L'opération va s’échelonner jusqu'en 2020. Ces vieux pneus doivent ensuite être déchiquetés et recyclés, soit en combustible pour des cimenteries ou en revêtement de sols extérieurs.

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