Une étude parue ce lundi révèle que 22 % des Français actifs présentent “une détresse orientant vers un trouble mental”. Les experts alertent sur les effets du travail sur la santé psychique.

Ne pas être récompensé à la hauteur des efforts fournis est une des causes de ces souffrances psychiques
Ne pas être récompensé à la hauteur des efforts fournis est une des causes de ces souffrances psychiques © Getty / Westend61

Les chiffres sont troublants. Cette étude, réalisée début 2018 par la fondation Pierre Deniker, a compilé les réponses données par 3 200 travailleurs français. Il en ressort que plus d’un actif sur cinq (22  %) est sujet à des risques de troubles mentaux. 

Ils se disent stressés, dépassés par les événements, confrontés à des changements incessants. Le Pr Raphael Gaillard psychiatre à l'hôpital Sainte Anne a conduit cette étude pour la fondation Deniker : "C'est un trouble anxieux, dépressif, des idées suicidaires... et ça veut dire qu'on va au delà de la boule au ventre au travail, de l'irritabilité, on parle d'une situation qui nécessite des soins". Des risques engendrés par l'environnement professionnel précise le professeur : "ne pas être récompensé à la hauteur des efforts fournis, vivre une mauvaise ambiance au travail, ou vivre aussi une situation émotionnelle éprouvante : la situation des enseignants, des soignants à l'hôpital typiquement."

Et ce risque est encore plus élevé chez les femmes, selon le Dr Astrid Chevance, psychiatre : "Le risque qui pèse le plus lourd, ce n'est pas ne pas arriver à mener de front une vie professionnelle et une vie familiale, c'est plutôt être exposé à quelqu'un qui prend plaisir à faire souffrir lors du travail, donc ça renvoie à une problématique de harcèlement sur le lieu du travail". Autres risques : ceux qui travaillent beaucoup (50 heures par semaine), ou encore ceux qui ont de longs trajets domicile-travail à effectuer (1 heure 30 de trajet ou plus).

Globalement, l’étude identifie un risque psychosocial plus important que les autres : l’incapacité pour certains de combiner vie privée et vie professionnelle. Ils sont 15  % d’actifs à ne pas trouver d’équilibre, et parmi ces 15  %, près de la moitié (45  %) présente des risques de troubles mentaux. 

Les experts demandent une nouvelle politique sur la santé mentale au travail 

La fondation précise qu’il ne faut pas faire la confusion avec la souffrance au travail et le burn-out, qui sont des phénomènes différents. L’étude se penche spécifiquement sur les troubles mentaux : “Un ensemble de maladies impliquant des pensées, émotions, mais aussi des comportements et des relations sociales dysfonctionnels.” Il peut s’agir là de dépression, de troubles anxieux, de TOCs, de troubles bipolaires ou encore de schizophrénie et d’addictions en tout genre

Or, précise le rapport, ces troubles mentaux sont un véritable fardeau, non seulement pour ceux qui en sont victimes, mais aussi pour la société et l’entreprise. 

Dans le cadre du travail, les troubles mentaux sont responsables de productivité limitée, d’arrêts de travail souvent longs et multiples, ainsi que de situations d’invalidité et de départs à la retraite anticipée

La fondation, qui identifie ce sujet comme un enjeu majeur de santé publique, déplore le retard en la matière accumulé par la recherche française, “contrairement à certains de ses voisins européens”. Elle appelle à réunir pouvoirs publics, professionnels et entreprises pour élaborer une politique de prévention de grande ampleur.

► EN SAVOIR PLUS : Consulter l'étude "Santé mentale des actifs en France : un enjeu majeur de santé publique"

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