À travers une chanson et une chorégraphie, le collectif féministe chilien Las Tesis dénonce les violences faites aux femmes. Les mots sont frappant et le rythme grisant. Cette performance devenue virale retentit jusqu'à Bruxelles, Paris, Londres, Saint-Domingue ou encore Istanbul.

Sur la place du Trocadéro à Paris, des manifestantes se sont réunies pour chanter "le violeur c'est toi" le 29 novembre dernier.
Sur la place du Trocadéro à Paris, des manifestantes se sont réunies pour chanter "le violeur c'est toi" le 29 novembre dernier. © AFP / Marie Magnin

Les yeux cachés par un bandeau noir, pied gauche devant, pied droit devant, le doigt pointé devant, le 20 novembre dernier, une vingtaine de chiliennes scandent "le violeur, c'est toi". Cinq jours plus tard, pour la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, des centaines de manifestantes répondent cette fois à l'appel du collectif Las Tesis et interprètent à nouveau cette chanson les yeux bandés. 

Des images et vidéos de cette performance à Santiago sont partagées massivement sur les réseaux sociaux. Avec un beat percutant, les manifestantes pointent du doigt les féminicides, les viols, l'impunité des coupables et de façon générale, un système permettant ces violences : "Le patriarcat est un juge qui nous juge à la naissance / et notre punition est la violence que vous ne voyez pas."

Ce 25 novembre, elles choisissent des endroits stratégiques comme le Ministère de la femme et de l'égalité de genre ou la Place des Armes pour interpeller la justice, la police et l'État, "Le violeur, c'est toi / Ce sont les policiers, les juges, l'État, le Président."

Nommer la violence policière

Cet hymne créé par Dafne Valdés, Paula Cometa, Sibila Sotomayor et Lea Cáceres, les quatre femmes trentenaires fondatrices de Las Tesis, intervient en pleine vague de contestation au Chili. 

Depuis le 18 octobre dernier, le mouvement social enfle, l'état d'urgence est décrété. Humans Right Watch signale un "usage excessif de la force" par le gouvernement de Sebastian Piñera. D'après l'Institut National des Droits de l'Homme au Chili, du 18 octobre 2019 au 6 décembre 2019, 685 plaintes pour des violences et des crimes ont été déposées, dont 108 pour des abus sexuels.

La performance du 25 novembre, rappelle que les femmes sont victimes de cette violence que le collectif associe aux "carabineros", la police militarisée chilienne. Plusieurs femmes sont portées disparues ou sont décédées dans des circonstances inexpliquées depuis le début de la protestation.

D'ailleurs l'une des strophes de la chanson reprend ironiquement un passage de l'hymne des carabineros : "Dors paisiblement / Fille innocente / Sans te soucier du bandit / Que sur ton rêve/ Doux et souriant / Veille ton amant-e policier-e."

"Il est hors de question de dire que la police chilienne veille sur les femmes, c'est pour cela que nous les citons, pour mettre en évidence la contradiction, comme une forme d'ironie" rapportent les Chiliennes au journal Verne. 

Sebastian Piñera, le président du Chili, est notamment visé par cette chanson. En 2013, une jeune fille de onze ans s'est fait violer et a pris la décision de ne pas avorter. Le chef de l'État chilien a salué ce choix : "Elle nous a tous surpris, avec des paroles qui traduisent une profondeur et une maturité. Malgré la douleur que lui a causé l'homme qui l'a violée, elle va s'occuper et aimer son enfant."

Un retentissement mondial

Le collectif a lancé un appel mondial à interpréter la chanson depuis leur page Instagram. Le 29 novembre, des performances similaires reprenant les paroles de Las Tesis apparaissent aux quatre coins du monde. Des vidéos de manifestantes scandant "un violeur sur ton chemin" sont tournées à Paris, Lyon, Londres, New York, Bruxelles, Bogota, Istanbul, Saint-Domingue ou encore Berlin. 

À Paris, sur la place du Trocadéro, les manifestantes s'approprient les paroles : "Le Grenelle, on n'y a jamais cru / Macron, Philippe, on n'en peut plus."

Mercredi dernier, ce cri de ralliement a encore pris de l'ampleur au Chili. Plusieurs milliers de Chiliennes se sont réunies devant le stade national du Chili à Santagio afin de mener une version pour les femmes de plus de quarante ans. 

Submergées par le succès

Sur leur compte Instagram, Las Tesis remercient tous les participants et participantes du monde entier. Mais elles reconnaissent être victimes de leur succès : "À toutes les personnes qui nous écrivent, nous voulons leur dire que nous faisons tout notre possible pour répondre à vos questions et vos doutes. Nous sommes lents, mais nous vous répondrons à tou.te.s. Néanmoins, nous voulons vous rappeler que nous sommes 4 personnes à travailler et nous résistons avec notre art dans un pays où la majorité des artistes sont précaires." 

Les paroles en français : "le patriarcat nous juge à la naissance"

Voici les paroles d'Un violeur sur ton chemin, traduit par nos soins :

Le patriarcat est un juge qui nous juge à la naissance
Et notre punition est la violence que vous ne voyez pas
Le patriarcat est un juge qui nous juge à la naissance
Et notre punition c'est cette violence que tu vois
Ce sont les féminicides, l'impunité des assassins,

C'est la disparition, c'est le viol.

Et le coupable ce n'est pas moi, ni mes fringues, ni l'endroit
Le violeur c'était toi
Le violeur c'est toi
Ce sont les policiers, les juges, l’État, le président

L'État oppresseur est un macho violeur (bis)

Le violeur c'était toi
Le violeur c'est toi 

Dors paisiblement
Fille innocente
Sans te soucier du bandit
Que sur ton rêve
Doux et souriant
Veille ton amant-e policier-e

Le violeur c'était toi
Le violeur c'est toi 

Le violeur c'était toi
Le violeur c'est toi

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