Le lycée Henri VI, dans le 5e arrondissement de Paris, vient de lancer officiellement une souscription nationale pour restaurer sa coupole. Un édifice qui n'a connu aucune intervention depuis près de 300 ans, et qui tombe en ruine.

La coupole du Lycée Henri IV à Paris
La coupole du Lycée Henri IV à Paris © Radio France / Eric Valmir

Louis et ses camarades passent sous cette coupole tous les jours ou presque, car elle dessert les deux bibliothèques et les deux salles d’examen situées sous les combles, au troisième étage de l’établissement. Mais les 2 700 élèves du Lycée Henri IV n’ont jamais eu l’occasion d’admirer vraiment cette coupole de l’art rocaille : elle est dissimulée sous un épais filet protecteur, installé depuis quelques années pour protéger les élèves des chutes de morceaux de plâtre.

Des travaux urgents pour maintenir l’accès aux bibliothèques

La restauration est un chantier prioritaire pour la proviseur du lycée Martine Breyton :

Cela conditionne d’abord la sécurité des élèves et de l’établissement et cela conditionne aussi le fonctionnement. Il faut faire quelque chose sinon la bibliothèque ne sera plus accessible.

Les travaux de restauration sont estimés à 1,6 million d’euros, financés à 75 % par la région Île-de-France, propriétaire du bâtiment, et par l’Etat. La souscription lancée jeudi 29 mars a un objectif de 100 000 euros, "un premier palier" selon Martine Breyton.

Les travaux doivent démarrer rapidement, selon l'administration du lycée
Les travaux doivent démarrer rapidement, selon l'administration du lycée © Radio France / Eric Valmir

Une vision de l’art religieux du XVIIIe siècle

Cette coupole de 10 mètres de diamètre a été construite en 1730 et aucun chantier de restauration n’a été entrepris depuis. Quand on soulève le filet protecteur, on ne peut que constater les dégâts : des craquelures dans la peinture de Jean Restout, sur les colonnes, des anges décolorés, parfois cassés. Une bâche a été posée à l’extérieur de la coupole pour éviter les infiltrations d’eau mais les travaux doivent être entrepris en urgence.

Surtout que cette coupole est un chef-d’œuvre pour Christine Gouzi, maître de conférences à la Sorbonne : "On a une vision de ce que c’était au XVIIIe siècle. On a un ensemble parfait, presque très rare."

On n’a plus de décor religieux complet du XVIIIe siècle dans cette perfection et dans cette homogénéité.

Christine Gouzi étudie la peinture de 93 m2 qui orne la coupole depuis 25 ans. En 1993, au début de ses recherches, la spécialiste constate déjà le triste état de la coupole : "Il y avait du ruban adhésif" sur la peinture pour éviter que des morceaux en tombent. 

Une peinture "sulfureuse" pour l’époque

L’œuvre de Jean Restout était "sulfureuse" pour l’époque, explique Christine Gouzi, car l'artiste l'a peinte pendant la querelle janséniste au XVIIIe siècle. Restout, originaire de Rouen, était lui-même janséniste et il représente sur cette œuvre L’Apothéose de saint Augustin terrassant l’hérésie, c’est à dire saint Augustin qui terrasse les hérétiques alors qu’à l’époque, les Jansénistes étaient eux-mêmes considérés comme hérétiques. 

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