Les indicateurs de l'épidémie se sont dégradés brutalement ces derniers jours en Île-de-France, d'après le directeur générale de l'Agence régionale de Santé, invité jeudi de France Inter. Cela justifie, selon lui, la mesure de couvre-feu annoncée mercredi par le chef de l'État.

Des soignants prennent en charge un patient à l'hôpital Lariboisière (Paris). Image d'illustration.
Des soignants prennent en charge un patient à l'hôpital Lariboisière (Paris). Image d'illustration. © AFP / Lucas Barioulet

"C'est une forme de grande marée qui touche tout le monde simultanément" dans les hôpitaux franciliens, a alerté Aurélien Rousseau, directeur général de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, ce jeudi matin sur France Inter. "Les chiffres se sont subitement dégradés" cette dernière semaine, indique-t-il. "Ça veut dire que mercredi de la semaine dernière, on avait 3.000 nouveaux cas. Jeudi et vendredi, samedi, 6.000 nouveaux cas par jour en Ile-de-France." 

Le directeur général de l'ARS note aussi "une progression extrêmement rapide" du taux d'incidence, le nombre de cas Covid-19 pour 100.000 personnes. "On a pris 100 points en une semaine. L'incidence est, en Île-de-France, en moyenne de 320, elle est presque à 450 à Paris, elle est au-delà de 800 chez les 20-30 ans. On a tous ces indicateurs simultanés qui se sont dégradés, et par ailleurs, ce que nous, on appelle nos indicateurs avancés, ce qui nous permet de voir si le virus bouge, c'est les appels à SOS Médecins, c'est les appels au SAMU pour suspicion de Covid-19, ce sont les passages aux urgences."

Plus de 46% des lits de réanimation occupés par des patients Covid

Ce sont ces derniers indicateurs, qui ont également augmenté, qui fait craindre un afflux prochainement dans les hôpitaux. "La courbe a pris presque une trajectoire verticale et c'est pour ça que l'on a su qu'il fallait bouger parce que c'est cette réalité-là, dix jours après, elle a un impact sur l'hôpital. Dix jours après, elle va faire que les services de réanimation vont être très fortement sollicités", poursuit Aurélien Rousseau. 

Aujourd'hui, en Île-de-France, plus de 46% des lits de réanimation sont occupés par des patients atteints du Covid-19. "C'est 531 malades. Mais ce qui est important, ce qui fait une différence par rapport à la première vague, c'est que c'est tout l'hôpital qui est sous pression. On a 531 en réanimation, on a 1.628 malades dans des lits de médecine, d'hospitalisation conventionnelle et on a aussi des malades du Covid dans des lits de soins de suite, dans des lits de psychiatrie", précise-t-il. 

"Ce qui va se passer dans 15 jours, on le sait. On sera entre 800 et 1.000 patients en réanimation en Île-de-France"

Il y a, en Île-de-France, 1.200 lits disponibles. 

L'Agence régionale de santé a par ailleurs donné l'instruction, depuis mardi, "de déprogrammer une partie de l'activité, jusqu'à 30%". Déprogrammer, "cela veut dire que vous aviez peut être une opération, une prothèse de la hanche, du genou qui était prévue déjà en avril et que l'on va à nouveau reporter", indique le directeur général de l'ARS.

Concernant enfin les 700 Ehpad de la région, 137 comptent au moins un cas de Covid-19. Mais "la situation n'a pas flambé comme au mois de mars", note Aurélien Rousseau car "on a des masques, des équipements, des réflexes de protection et aussi des tests".

Dégradation du délai de rendu des tests : "Personne ne peut le nier"

Contre les 45.000 tests pratiqués fin juin, 280.000 tests ont été réalisés la semaine dernière dans la région. Si le système "est monté en puissance fortement", il y a eu "début septembre, une très grosse dégradation du délai de rendu de ces tests", reconnaît Aurélien Rousseau : "Personne ne peut le nier." "85 % des tests rendus en moins de 40 heures, mais depuis quinze jours, 20 centres en Île-de-France sont réservés aux personnes prioritaires dans lesquels on arrive à un rendu de 30 heures."

Si le président de la République a évoqué, lors de son interview télévisée mercredi soir la possibilité de bientôt pouvoir réaliser des "autotests", le directeur général de l'ARS d'Île-de-France préfère rester prudent. "Cette épidémie apprend la modestie et à croire quand on a les choses... On aura dans quelques mois des vaccins, il n'y a aucun doute là-dessus. Mais à court terme, mon défi est réussi le déploiement des 800.000 tests antigéniques" pour "que les franciliens y aient accès le plus vite possible".

Face à la progression du virus, Emmanuel Macron a annoncé mercredi un couvre-feu en Ile-de-France et huit métropoles. "Il fallait de façon résolue limiter la progression du virus", estime Aurélien Rousseau. 

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