Dupond-Moretti
Dupond-Moretti © Radio France

Cette audience aurait pu être le procès de trop. Mais d’emblée, l’avocat général a décrété que le temps était venu de retrouver son calme. « Bien sûr ce dossier a une grande résonnance » concède t’il, « parce qu’il met en lumière le statut des élus locaux, qui se sentent mal compris et abandonnés, et la crise de l’autorité face à une jeunesse de plus en plus irrespectueuse des pouvoirs en place ». Mais très vite, Hugues de Phily en revient aux faits. Calmement donc, il relate la scène. L’adolescent qui escalade un grillage fraîchement réparé, le Maire qui le voit et le réprimande. Le jeune lui répond quelque chose d’indéterminé situé entre l’insolence et l’insulte, et cette gifle qui part trop vite. Un « geste nécessaire mais disproportionné » analyse le représentant de l’accusation car « des paroles même violentes ne doivent pas déclencher de riposte physique », c’est le code pénal qui le dit. Il évoque aussi ce Maire qui refusera le retrait conjoint des plaintes, tel que l’avait proposé le Procureur, la médiation, la reconnaissance préalable de culpabilité. Enfin, calmement toujours, il demandera à la Cour de prendre en compte le contexte de cette affaire, à savoir qu’il n’y a pas de dommages pour la victime. Bien au contraire, l’adolescent devenu majeur, ne fait plus parler de lui depuis. Et il requiert une déclaration de culpabilité avec dispense de peine et d’inscription au bulletin numéro 2 du casier judiciaire.

Calmement encore, Eric Dupond-Moretti la joue « local de l’étape ». Il reprend le Président de la Cour Alain Blanc sur sa prononciation erronée du village de Cousolre et il attaque sa plaidoirie façon office du tourisme. L’avocat est né là-bas, sa famille y réside encore, il connait par cœur : le passé marbrier de la commune, cet engouement qu’il y eut au siècle dernier pour le jeu de paume et, plus près de lui, les instituteurs de son enfance qui distribuaient parfois des claques ou tiraient les cheveux mais qui forçaient le respect. Alors, Eric Dupond-Moretti s’énerve, car Eric Dupond-Moretti ne serait plus Eric Dupond-Moretti s’il ne s’énervait pas un peu en plaidant. Cette histoire « de baffe et de p’tits cons », c’est « un non-évènement » tranche l’avocat du Maire. Et il reproche au passage au Procureur de n’avoir pas tout simplement classé l’affaire dès le début. Aujourd’hui bien sûr, la dispense de peine s’impose, poursuit Eric Dupond-Moretti, et pas plus que l’euro symbolique en guise de dommages et intérêts car cette procédure, Raymond Boisart la paye au prix fort depuis deux ans. L’avocat brandit deux photos de son client. Le Maire en 2010. Le même en 2012. Il a pris 10 ans. « Cette affaire l’a rongé, l’a terrorisé » insiste Eric Dupond-Moretti et il conclut à l’adresse de la Cour : « il a besoin maintenant de comprendre la décision de justice qui sera rendue. »

L’arrêt de la Cour d’appel de Douai sera prononcé le 10 octobre.

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