Sous-effectif, cadences infernales, épuisement. Depuis le 3 avril, une partie des aides-soignantes de l’EPAHD "Les Opalines" à Foucherans dans le Jura, est en grève.

Anne-Sophie et Méline sont deux aides-soignantes grévistes des Opalines. Après deux ans de CDD, Camille a préféré ne pas renouveler son contrat en mai dernier,  dégoûtée par les cadences infernales
Anne-Sophie et Méline sont deux aides-soignantes grévistes des Opalines. Après deux ans de CDD, Camille a préféré ne pas renouveler son contrat en mai dernier, dégoûtée par les cadences infernales © Radio France / Géraldine Hallot

C’est l’une des plus longues grèves de ces dernières décennies et elle est symptomatique de ce qui se passe souvent dans les maisons de retraite. Depuis le 3 avril, une partie des aides-soignantes de l’EPAHD, l'établissement pour personnes âgées dépendantes, "Les Opalines" à Foucherans dans le Jura, est en grève. Depuis trois mois elles sont là, au bord d’un rond-point, juste devant un centre-commercial, matin midi et soir.

Sur leur piquet de grève, les aides-soignantes en grève accumulent les soutiens, ici un automobiliste qui klaxonne, là une riveraine les bras chargés de bonbons.

Plus de trois mois de grève donc, pour dénoncer leurs conditions de travail et surtout l’impact sur les personnes âgées : cadences infernales et sous-effectifs chroniques les amènent, expliquent les aides-soignantes, à "jeter" les patients au lit le soir, à choisir, faute de temps, entre leur laver les dents ou les cheveux.

Avec 50 salariés pour 70 résidents actuellement, mais seulement 22 aides-soignants, la maison de retraite de Foucherans se situe dans la moyenne nationale. Mais on est très loin de l’Allemagne (un aide-soignant pour huit patients) ou des pays nordiques (quasiment un aide-soignant par personne âgée).

Paroles de soignantes à bout

Pourquoi est-ce cet incident-là qui l’a le plus marquée ? Qui l’a mise sur le chemin de la grève ? Peut-être parce Anne-Sophie Pelletier y a repensé le soir en se couchant ou qu’elle s’est dit que cette vieille dame aurait pu être sa grand-mère : "c'était en journée où une femme qui avait été installée sur la chaîne percée y est restée durant une heure et demie. Elle n'a pas arrêté d'appeler mais on s'occupait d'autres personnes. Une heure et demi sur une chaise percée ce n’est pas concevable. Cette dame est si en colère quand on est arrivés et c'est vraiment normal et si injuste de se faire engueuler parce qu'on n'était pas assez nombreuses.

Alors en avril dernier Anne-Sophie Pelletier se met en grève avec dix autres aides-soignantes, dont Méline, 21 ans : "On est tout le temps en train de choisir ce qui est le plus important : laver les dents ou laver les cheveux, discuter ? On doit tout le temps faire un choix alors que tout est important". Des journées tellement chronométrées que toute humanité à disparu, explique Méline : "15' c'est pour lever le résident, lui faire sa toilette, l'installer devant le petit déjeuner, parfois lui donner à manger, car ils ne sont pas toujours en capacité de le faire seuls, le relationnel on le compte pas parce qu'on n'en fait pas".

Camille était en CDD jusqu’en mai dernier mais elle a préféré partir, écœurée par les conditions de travail : "quand il y a des lits un peu souillés et qu'on les change pas parce qu'on n'a pas le temps et qu'on le couche comme ça, c'est maltraitant !"

Muriel vient dire quelques mots de soutien aux grévistes. Sa mère est l’une des 70 pensionnaires des Opalines : "comme dit Maman c’est 'petite toilette, un petit coup au minou et un petit coup à la figure". Elles en sont jamais assez nombreuses je suis sure qu'il y a eu au moins deux semaines sans qu'elle n'ait de douche car ses cheveux tenaient debout sur sa tête. Pour la dignité c’est pas le top." La direction des Opalines nous explique avoir embauché deux personnes supplémentaires début juin, ce que les les aides-soignantes jugent insuffisant.

Les aides-soignantes de Foucherans gagnent en moyenne 1 300 euros. Actuellement les discussions entre grévistes et direction sont au point mort. Depuis trois mois, les aides soignantes vivent en partie grâce aux dons des habitants qui financent 40% de leurs petits salaires. Anne-Sophie Pelletier, la porte-parole du mouvement, explique : "les gens se sentent concernés, regardez l’âge de ceux qui nous apportent des soutiens qui savent très bien qu'un jour ce sera eux qui seront dans des EPAHD et qui auraient envie d'être bien pris en charge. Les consciences s'éveillent"

Le sujet s'est invité à l'Assemblée nationale il y a quelques jours, lorsque François Ruffin, nouveau député Insoumis, a interpellé la ministre du travail.

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