Le site de stockage de déchets nucléaires à Bure
Le site de stockage de déchets nucléaires à Bure © Reuters / Vincent Kessler

Des centaines de militants ont installé leurs tentes ce week-end à Bure (Meuse). Ils sont opposés au futur centre d’enfouissement de déchets radioactifs. Ils ont l’intention d’y rester jusqu’au 10 août.

Ils sont venus de toute la France pour dire non au projet Cigéo : un centre d’enfouissement de déchets nucléaires qui devrait voir le jour en 2025. Les déchets les plus radioactifs de France doivent y être stockés.

La fronde s’intensifie

Depuis les débuts du projet en 1999, des riverains et des militants anti-nucléaires se mobilisent pour dire non au stockage de ces déchets. Des chaînes humaines ont déjà rassemblé des centaines de personnes. Mais depuis la mi-juillet, la grogne prend de l’ampleur.

Car la loi Macron, définitivement adoptée par le Parlement le 10 juillet, contient un article qui ne plaît pas du tout aux écologistes. L’article 201, pourtant retirer quelques mois plus tôt, a été rajouté en dernière lecture. Il entérine le projet Cigéo, ce qui a relancé la colère des opposants.

Ils ont donc planté leurs tentes ce samedi, sur un terrain prêté par un agriculteur. Les militants y organisent débats et projections de films. Ils préparent aussi leur participation à la COP21 de la fin de l'année.

Les organisateurs tentent d'instaurer un nouveau rapport de force (l'un d'entre eux, qui a voulu rester anonyme)

Pas question d'un Sivens bis, alors les autorités ont choisi de ne pas déployer en masse les forces de l'ordre.

Le reportage sur place d'Aurélien Colly

Un dossier politique

Devant les députés, en juillet, Manuel Valls avait défendu l’amendement critiqué, qui valide le principe d’une phase pilote à partir de 2025. "L'amendement prévoit que si des avancées technologiques majeures sont effectuées, les générations futures pourront non seulement arrêter le stockage en couches géologiques profondes mais elles pourront aussi récupérer les déchets stockés pour les traiter différemment " (...) "Nous avons considéré à la fin de ce débat (public) qu'il fallait trancher, parce que c'était un enjeu d'intérêt national, avec des enjeux industriels et écologiques majeurs ".

Mais le rétablissement de l’amendement, puis l’utilisation de l’article 49-3 pour faire passer la loi Macron, sont restés en travers de la gorge des écologistes. Ils dénoncent un "cavalier législatif ".

L’analyse de Stéphane Leneuf, du service politique de France Inter.

Au sein même du gouvernement, le projet Cigéo suscite aussi des réticences. Le 16 juillet, la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal s’est dite opposée, "à titre personnel ", à l’enfouissement de déchets nucléaires

Que prévoit exactement le projet d’enfouissement ?

Le site de Bure doit permettre d’enfouir les déchets radioactifs les plus dangereux du pays à 500 mètres sous terre, dans une roche argileuse imperméable. Bure accueillerait seulement 3% des déchets radioactifs produits en France, mais les plus dangereux : ceux qui resteraient nocifs plus d’un million d’années, et dont le refroidissement prendrait 60 à 70 ans.

Les opposants à Cigéo pointent aussi du doigt un autre aspect : l’oubli. Le site est conçu pour une durée de cent ans, avant que le tombeau nucléaire ne soit refermé, avec à l’intérieur 70.000 mètres cube de déchets de moyenne activité, et 10.000 mètres cube de déchets de haute activité. Selon l’ASN, la "perte de mémoire de l’existence du stockage " est évaluée à 500 ans. "Et après, et dans 100.000 ou 200.00 ans ? " rétorquent les anti-nucléaires. Les hommes pourraient ainsi perforer les déchets par mégarde.

Selon une commission d’enquête parlementaire, le projet Cigéo est chiffré à environ trente milliards d’euros, soit deux fois plus que les estimations initiales. Et selon le dernier inventaire triennal publié début juillet par l’Andra, la France compte 1,5 million de mètres cube de déchets radioactifs. Un chiffre qui devrait tripler d’ici 2080.

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