Dans un centre d'accueil de jour parisien, les places sont désormais jouées à la loterie. L'association France Horizon se désole de devoir faire face à beaucoup plus de demandes qu'elle ne peut en proposer. Les travailleurs sociaux organisent donc un tirage au sort tous les matins à 9 heures.

Le prospectus distribué aux candidats à l'hébergement. Il explique le tirage au sort
Le prospectus distribué aux candidats à l'hébergement. Il explique le tirage au sort © Radio France / Sonia Ghobri

L'association France Horizon, un accueil de jour de l'île de la Cité, dans le IVe arrondissement de Paris, offre 50 places disponibles, mais une vingtaine seulement se libèrent chaque jour. Tous les matins, entre 150 et 400 migrants se pressent aux portes, et viennent tenter leur chance au tirage au sort.

Aboubakar 18 ans a fui le Mali, il y a trois mois. Tous les jours, depuis son arrivée à Paris, il vient au centre d'accueil de jour. Il espère passer la journée au chaud, prendre une douche et surtout enclencher une procédure de demande d'asile. Pour cela, il doit donc gagner cette sorte de loterie. Les travailleurs sociaux mettent des jetons de différentes couleurs dans un sac. Mais une seule seule est gagnante. "Quand tu prends un pion jaune aujourd'hui, tu gagnes. Mais moi aujourd'hui, je n'ai pas gagné. J'ai pris la couleur verte. J'ai perdu". 

Tout est prévu pour éviter les possibles tricheries. "Tous les jours, raconte-t-il, tu changes de couleur : aujourd'hui c'est la couleur jaune. Peut-être demain y aura du vert, peut-être après demain, ce sera du bleu, peut-être après : du rouge. Tous les jours je viens ici, mais je n'ai pas gagné. Du coup je dors dans la rue". Aboubakar ne pourra donc pas entrer s'abriter. Il reviendra le jour suivant à 5 heures, pour maximiser ses chances, pense-t-il, au prochain tirage au sort. 

Le prospectus distribué aux candidats à l'hébergement. Il explique le tirage au sort
Le prospectus distribué aux candidats à l'hébergement. Il explique le tirage au sort © Radio France / Sonia Ghobri

Une conséquence du manque de places d'hébergement

Pour l'association France Horizon, qui gère cet accueil de jour, cette loterie permet de limiter les violences et les phénomènes de campement devant le centre. Jean-Brice Muller, le responsable de communication estime que ce n'est pas plus injuste que le système du "premier arrivé, premier entré" ou des listes d'attentes.  "Je comprendrais que ça puisse choquer si, ce tirage au sort, c'était le destin d'un homme qui va se jouer à pile ou face, alors que ça n'a rien à voir. Le temps d'attente pour une personne qui revient chaque jour est estimé entre deux et quatre semaines. Ça peut être plus, ça peut être moins. Un temps d'attente équivalent à un autre système. Ce n'est pas moins juste et on gagne en sérénité".

Louis Barda, coordinateur à Médecins du Monde, ne jette pas la pierre à France Horizon. Cette situation est pour lui la conséquence du manque de places d'hébergement. Il faut en ouvrir plus dit-il : "Ce que nous constatons, au delà de cet exemple, c'est qu'on a un dispositif d'accueil qui est sous-dimensionné à Paris et sur l'ensemble du territoire. Il donne lieu à des situations comme celle ci : des files d'attente, des loterie. Ces dispositifs créent vraiment de la maltraitance, autant pour les acteurs de la solidarité que pour les personnes elles-mêmes".

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