Un long-métrage financé par l'Église évangélique protestante basé sur une histoire vraie enregistre un succès inattendu au box office américain. "Unplanned" reprend le récit d'une salariée du Planning Familial au Texas, devenue militante anti-avortement.

Abby Johnson en 2016. Ancienne salariée du Planning Familial, elle est devenue militante anti-avortement.
Abby Johnson en 2016. Ancienne salariée du Planning Familial, elle est devenue militante anti-avortement. © Getty / Melanie Stetson Freeman/The Christian Science Monitor

Depuis le 29 mars dernier, un film à petit budget remplit des salles de cinéma à travers les États-Unis. Unplanned est une diatribe contre l'avortement en général et contre le Planning Familial en particulier. Le film devrait sortir en France prochainement. Il a largement dépassé les attentes des producteurs en termes de fréquentation et a engrangé des millions de dollars dès son week-end de sortie.

Unplanned n'est pas un documentaire, c'est une fiction basée sur une histoire vraie, celle d'Abby Johnson.

Parmi le public dans les salles des grands réseaux de distributeurs de cinéma américains comme le réseau AMC qui projettent le film : des nonnes, des prêtres, plus largement des fidèles venus la plupart du temps à l'invitation de leur paroisse ou d'une organisation anti-avortement.

Une diatribe contre l'avortement

Le long-métrage de Cary Solomon et Chuck Konzelman démarre comme un clip publicitaire pour l'Église mormone ou pour l'église d'un prédicateur évangélique : une belle famille heureuse et souriante, des couples joyeux dans un parc... tout ça sur fond de musique country. Bref, la panoplie du film à l'eau de rose.

Unplanned retrace une partie de la vie d'Abby Johnson, jeune texane. Bénévole au Planning Familial de sa ville de Bryan, elle assiste à un avortement sous échographie. Rien n'est épargné au spectateur, notamment l'extraction du fœtus à l'aide d'une pince. Sur l'écran d'échographie, on voit le fœtus qui semble se débattre, puis être retiré. Cette scène aurait traumatisé Abby Johnson. Or, le Planning Familial a réagi à ces images, et dément qu'une IVG sous échographie se soit déroulé comme elle la décrit, à la date qu'elle la décrit. Ces IVG chirurgicales avec un écran restent rares.

Abby Johnson a elle-même mis fin à deux de ses grossesses. Le spectateur assiste d'ailleurs à son deuxième avortement, avec la pilule abortive (RU 486) cette fois. Là non plus, rien n'est épargné, surtout pas les saignements hémorragiques et les douleurs intenables. Au départ Abby Johnson est une militante pour la défense des droits des femmes, passionnée par son rôle auprès des femmes en détresse. Elle est repérée par sa directrice, une femme à la fois carriériste et froide, sans compassion, qui lui permet de monter en grade au Planning Familial, jusqu'à lui offrir le poste de directrice lorsqu'elle-même est promue ailleurs.  

Le film devient alors un manifeste contre le Planning Familial, présenté comme une organisation richissime et capitaliste, dont le seul objectif est de pratiquer un maximum d'avortements afin d'encaisser le plus d'argent possible. Petit à petit, Abby Johnson aurait éprouvé des regrets et se serait laissé influencer par un couple de militants contre l'avortement priant tous les jours devant la clinique et tentant de dissuader les femmes qui y entrent. Aujourd'hui, Abby Johnson, passée de l'autre coté, tente de retourner les personnels du Planning Familial. Elle a sept enfants et travaille pour une organisation catholique, détails qui ne sont pas précisés dans Unplanned.

Unplanned dépeint une Abby Johnson traumatisée au fil de sa carrière au Planning Familial, décidant de démissionner car choquée par ce qu'elle voit et par la détresse des femmes qui se tournent vers l'organisation. Or, elle avait écrit sur sa page Facebook quelques jours avant sa démission qu'elle était convoquée par sa direction régionale qui lui reprochait son manque d'implication. À aucun moment, elle n'avait évoqué son désir de fuir pour des raisons de conscience.

Abby Johnson sur le tapis rouge à l'avant-première d'Unplanned à Hollywood, le 19 mars 2019
Abby Johnson sur le tapis rouge à l'avant-première d'Unplanned à Hollywood, le 19 mars 2019 © Getty / Maury Phillips

Un film financé à 100% par l'Église

Le long-métrage a coûté six millions de dollars. Le premier week-end de sa projection, il a rapporté six millions de dollars, en étant diffusé dans seulement 1100 salles. Le week-end suivant, 500 salles se sont rajoutées, et le film a rapporté 3,2 millions de dollars supplémentaires.  Contre toute attente, Unplanned parait dans le top 10 des films ayant réalisé le meilleur nombre d'entrées la première semaine, alors qu'il est en compétition avec Dumbo de Tim Burton et Captain Marvel. Unplanned a été financé par un studio de production cinématographique chrétien, Pure Flix, qui ne produit que des films religieux.

L'équipe se dit victime de discrimination

Les réalisateurs affirment s'être heurtés à de nombreux obstacles tout au long de leur projet.

  • Six labels (dont Disney, Universal et Sony) détenant les licences de musiques que les réalisateurs souhaitaient utiliser dans leur film ont refusé d'être associés au projet, et ont refusé d'en accorder les droits.
  • Puis le film a été classé interdit aux moins de 17 ans non accompagnés (rated R).
  • Des chaines de télévision, jugeant le sujet trop politique, ont refusé de diffuser la bande-annonce d'"Unplanned".
  • Enfin, l'actrice principale, Ashley Bratcher, aurait rencontré des difficultés à être interviewée pour la promotion du film sur d'autres plateaux que ceux de Fox News et de CBN, le réseau de diffusion chrétien.

Le droit à l'avortement de plus en plus remis en question

Ce film sort au moment où les défenseurs de la liberté des femmes à disposer de leur corps s'inquiètent pour les droits à l'avortement. En effet, plusieurs tentatives d'abrogation de la loi autorisant l'avortement (Roe vs Wade) font surface à travers le pays.

Le vice-président Mike Pence, le sénateur Ted Cruz et le fils aîné du président Trump Donald Trump Jr. ont apporté leur soutien au film.

"De plus en plus d'Américains comprennent le caractère sacré de la vie grâce à des histoires fortes comme celle-là", a tweeté le vice-président Mike Pence au sujet du film

Et la nomination du juge conservateur Kenneth Kavanaugh à la Cour suprême n'est pas faite pour les rassurer. D'autant que plusieurs États tentent régulièrement de durcir les conditions d'accès à l'avortement. Dernier en date : la Géorgie. Le 30 mars, les députés ont adopté une loi interdisant l'IVG dès la détection du rythme cardiaque chez l'embryon.

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