Crée fin novembre 2018, le Haut conseil pour le climat publie ce 26 juin son premier rapport d'évaluation des politiques environnementales du gouvernement. Avec un constat critique, mais attendu : la France est à la traîne et va devoir mettre un coup de collier si elle veut atteindre les objectifs de l'accord de Paris.

Discours d'Emmanuel Macron à l'occasion de la création du Haut conseil pour le climat, le 27 novembre 2018
Discours d'Emmanuel Macron à l'occasion de la création du Haut conseil pour le climat, le 27 novembre 2018 © Maxppp / Thomas Padilla

Un document d'une soixantaine de pages, premier de son nom. Le rapport annuel "neutralité carbone", publié ce mercredi par le Haut conseil pour le climat, dresse un constat critique sur la politique environnementale du gouvernement. "Les objectifs fixés sont cohérents, mais ils ne sont pas atteints", déplore Corinne Le Quéré, climatologue et présidente du Haut conseil pour le climat. D'ici 2025, la baisse des émissions de gaz à effet de serre doit atteindre les 3 % pour espérer atteindre la neutralité carbone en 2050. Or, nous en sommes encore loin. Sur la période 2015-2018, "la baisse est deux fois moindre que ce qui était prévu", note la scientifique, avec seulement 1,1 % de moins.

Les transports, première source d'émissions de gaz à effet de serre

Premier responsable de ce mauvais résultat : le secteur des transports, qui représente un tiers des émissions de gaz à effet de serre. "Et en dix ans, les émissions de CO2 n'ont pas diminué", explique Corinne Le Quéré. En cause, notamment :

  • Les transports de voyageurs ont augmenté trois fois plus vite que prévu, de 1,1 % au lieu de 0,4 % par an
  • La transition vers l'hybride et l'électrique est décevante, ces véhicules ne représentant que 2,1 % de part de marché contre les 9 % attendus
  • Le transfert modal, c'est-à-dire le passage de la voiture à des modes de transport moins polluants - vélo, train, bus, tram... - n'a pas non plus atteint son objectif de croissance, pointant à un faible 0,1 % au lieu du 0,4 % prévu

Autant de points discutés dans la loi LOM (loi d'orientation des mobilités), discutée en ce moment par les parlementaires, et dont le Haut conseil pour le climat attend qu'elle fasse ses preuves. "Qui peut me dire ce que la loi mobilité va donner, en termes de réduction des émissions, au niveau quantitatif ? De combien va-t-elle faire diminuer les émissions, et est-ce que c'est en adéquation avec les objectifs ? Nous manquons encore de données", avertit Corinne Le Quéré.

Le bâtiment, problématique malgré la lutte contre les "passoires thermiques"

Autre responsable des émissions de CO2 : le secteur du bâtiment, qui compte pour 1/5ème des émissions nationales. "La décroissance d'émissions est trois fois moindre que ce qui était anticipé, 2 % par an au lieu de 6 %", détaille la présidente du Haut conseil. Pourtant, le gouvernement encourage les rénovations depuis déjà plusieurs années, pour lutter contre les passoires thermiques.

"L'enjeu principal, c'est la qualité et le niveau des rénovations. Concrètement, changer les fenêtres, ça ne suffit pas", estime Céline Guivarch, économiste et membre du Haut conseil pour le climat. "Il faut des rénovations globales d'une part, et évaluer leurs effets par ailleurs." Car pour l'heure, il n'existe pas de diagnostic systématique pour évaluer les gains en matière d'énergie. "On investit des milliards dans la rénovation thermique, mais est-ce qu'on sait si ça marche à la fin ?" renchérit Corinne Le Quéré. "Il faut vraiment faire ce suivi."

Une question d'autant plus importante qu'elle regroupe plusieurs problématiques actuelles, selon Céline Guivarch. "C'est un sujet sur lequel se rejoignent la question du changement climatique, celle de la précarité énergétique, celle d'une transition juste, de l'équité... Et il y a une opportunité pour agir de concert sur ces questions."

Une "taxe carbone" revue et corrigée ?

Parmi ses recommandations à l'issue du rapport, le Haut conseil pour le climat estime nécessaire "d'intégrer le coût du carbone dans l'ensemble de l'économie et de la société". "Ce qui inclut les normes, les règles, les subventions, les investissements, mais aussi les taxes", explicite Corinne Le Quéré. Et notamment la fameuse taxe carbone, déclencheur du mouvement des "gilets jaunes", et abandonnée depuis.

"Le but, ce n'est pas de mettre des sous dans les poches du gouvernement. La taxe, c'est un instrument incitatif, pour faire en sorte qu'on arrête d'investir dans des pratiques qui émettent du CO2 et qu'on investisse dans des pratiques 'bas carbone'." (Corinne Le Quéré)

Le Haut conseil pour le climat préconise de revoir en profondeur la taxe carbone. En gardant son esprit de départ, "il faut revoir l'utilisation des revenus, la transparence autour de son utilisation, revoir la redistribution et les exemptions", poursuit la présidente. "Et il faut des solutions alternatives, pour que les gens qui font face à la montée des taxes aient une option possible." Tout cela nécessitera un travail de longue haleine. Le Haut conseil vient de remettre son rapport à Édouard Philippe. Le gouvernement a désormais six mois pour formuler une réponse, qu'il exposera devant les parlementaires.

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