À la veille de son congrès, la Société française de colposcopie et de pathologie cervico-vaginale a voulu mettre les choses au point à propos du vaccin contre le cancer du col de l'utérus prescrit aux jeunes filles. Non, disent les gynécologues, il ne provoque pas de cancers, comme le prétendent certains sur la toile.

Les gynécologues répondent aux questions qui circulent sur Internet à propos du vaccin contre le cancer du col de l'utérus prescrit aux jeunes filles.
Les gynécologues répondent aux questions qui circulent sur Internet à propos du vaccin contre le cancer du col de l'utérus prescrit aux jeunes filles. © AFP / Jean-Pierre MULLER

Les spécialistes réagissent notamment aux accusations lancées par le docteur Gérard Bapt. L'ancien député socialiste a récemment adressé une lettre au directeur général de la santé (DGS) pour l’alerter sur des données récentes qu'il juge inquiétantes.

Gérard Bapt, qui déconseille aux jeunes filles de se faire vacciner, a brandi au mois de décembre une enquête qui porte sur les registres de quatre pays : Australie, Grande-Bretagne, Suède et Norvège, où le taux de couverture vaccinale contre le papillomavirus est très élevé. Au vu des chiffres, il fait le constat que dans ces pays, l'incidence du cancer du col chez les jeunes femmes de 20 à 25 ans a significativement augmenté entre 2007, date de mise en place du vaccin, et 2014.

Des données exactes mais mal interprétées, voire manipulées 

Ces données épidémiologiques sont vraies, reconnaissent les gynécologues. Mais les relier au vaccin, comme le font Gérard Bapt et une de ses consœurs, "n'a scientifiquement aucun sens" s'insurge Jean Gondry, qui préside la Société française de colposcopie et de pathologie cervico-vaginale.

D'abord parce que dans cette tranche d'âge, entre 20 et 25 ans, les cas de cancers invasifs du col sont extrêmement rares et qu'on peut avoir une hausse de 100% des cas, juste parce qu'en 2007 il y en avait et deux, et qu'en 2014 il y en a eu quatre. Le pourcentage est élevé, mais ne représente pas pour autant un phénomène spectaculaire.

Ensuite, parce que les premières jeunes filles vaccinées en 2007, date de mise en place du vaccin, et qui avaient à l'époque autour de 11 ou 12 ans, n'avaient pas encore 20 ans en 2014, à la fin de l'enquête. Ce qui invalide totalement le raisonnement, d'après Jean Gondry. La maladie qui plus est, met près de dix ans à se déclarer précise le médecin.

Colère des gynécologues

La société savante parle donc de "chiffres manipulés" et indique qu'au contraire, le vaccin contre le papillomavirus permet de réduire significativement les lésions précancéreuses chez les jeunes femmes. Il n'y a donc d'après elle aucune raison de douter. La colère des gynécologues est d'autant plus grande que ces "fake news" encouragent la défiance, déjà élevée en France, où moins de 20 % des jeunes filles sont vaccinées contre le papillomavirus (contre plus de 70% en Grande-Bretagne par exemple).

Car d'autres inquiétudes concernent les effets indésirables du vaccin, suspecté de déclencher des maladies auto-immunes, comme la sclérose en plaques ou la thyroïdite…

Une récente étude menée sur 300 000 jeunes filles au Canada, où un programme de vaccination a été lancé dès 2008, réfute pourtant tout lien de cause à effet entre le Gardasil et l'apparition de maladies auto-immunes.

En France, 3 000 cancers du col de l’utérus sont diagnostiqués chaque année. 1 000 femmes en meurent tous les ans.

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