Les propos d'Eric Caumes sur les vaccins utilisant du matériel génétique, mardi matin sur France Inter, ne font pas l'unanimité. Son confrère Jean-Daniel Lelièvre estime pour sa part avoir "suffisamment confiance" en ces types de vaccins, au regard des différentes publications et étapes de validation.

Eric Caumes et Jean-Daniel Lelièvre n'ont pas le même avis sur les vaccins à ARN messager
Eric Caumes et Jean-Daniel Lelièvre n'ont pas le même avis sur les vaccins à ARN messager © Radio France / Capture d'écran France Inter

Il a "allumé la mèche". "Malheureusement, on manque de recul, on n'a toujours pas les publications scientifiques" sur les vaccins à base de matériel génétique (ARN messager) pour lutter contre le Covid-19, a déploré Eric Caumes, chef de service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Pitié-Salpêtrière (AP-HP), invité de France Inter mardi matin. "Les dossiers sont à l'Agence des médicaments américaine et européenne, mais on n'y a pas accès."

S'il se fera "évidemment" vacciner contre la Covid-19 (car "pour un spécialiste des maladies infectieuses, les vaccins sont le plus grand progrès de la médecine avec les antibiotiques"), il a en revanche émis des réserves sur les vaccins à ARN messager qui sont en train d'arriver, estimant ne pas avoir "le recul nécessaire" à propos de ceux notamment de Pfizer et Moderna :

"Me faire vacciner avec des produits que je ne connais pas, dont je n'ai d'information que par les communiqués de presse des laboratoires pharmaceutiques, c'est quand même leur faire une confiance aveugle et absolue."

Controverse

Une déclaration contestable pour un certain nombre de ses confrères dont Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne), spécialiste de la vaccination et membre du comité de vaccination à la Haute autorité de santé. 

"Je ne partage pas du tout" les propos d'Eric Caumes, a-t-il indiqué à France Inter, dans le journal de 13h. "Il explique qu'il n'y a pas eu de publication. Or si, il y a eu des publications de résultats des essais de phase 1 et 2, dans de grandes revues, pour les deux vaccins dont il parle. Il dit également que nous n'avons pas accès à ces dossiers, ce qui est normal puisqu'ils sont entre les mains des experts des différentes agences, notamment les agences françaises."

"Il est sain de laisser la parole à tout le monde. Mais il faut que les propos tenus soient étayés par une réalité scientifique. Or Eric Caumes ne donne pas toutes les informations à la population quand il dit qu'on n'a pas les résultats et qu'il n'y pas de publications."

"Nous aurons des résultats très prochainement", indique également Jean-Daniel Lelièvre. "On a aussi pu lire ce qui a été publié par les Anglais, puisqu'ils ont fait une autorisation d'urgence", ajoute-t-il.  

"Suffisamment confiance"

L'infectiologue de l'hôpital Henri-Mondor indique avoir "suffisamment confiance" en ce vaccin pour se faire vacciner avec ces formules développées à l'ARN messager. "Nous n'avons pas vu d'événements indésirables. S'il en existe, ils sont rares. Et on le dit depuis le début, dans cette stratégie urgente, la question est celle du rapport bénéfice-risque. Vous êtes âgé, risquez de faire une forme sévère : est-ce qu'un risque d'un éventuel événement indésirable qui va être très faible sera un frein pour se faire vacciner contre une maladie qui peut nous conduire demain à l'hôpital, après demain en réanimation ? C'est toute la question."

Jean-Daniel Lelièvre précise également que l'utilisation de matériel génétique est une technique expérimentée depuis plusieurs années. "Cela fait 30 ans que l'on travaille sur ces vaccins", détaille-t-il, précisant que l'OMS préconisait le développement de vaccins de ce types (avec les vecteurs viraux) en cas d'urgence comme celle à laquelle nous faisons face. "Nous n'avions jamais encore eu d'essais de phase trois, mais plusieurs centaines de personnes ont déjà été vaccinées avec des vaccins de ce type." 

Se fera-t-il lui-même vacciner ? "Au moment où je devrai l'être, je n'hésiterai pas", conclut-il.