Alors que les vaccinations contre la Covid-19 se poursuivent, y compris en France, ces nouveaux vaccins, à base d'ARN messager, posent question. Invité du journal de 13h de France Inter, Steve Pascolo, chercheur à l'université de Zurich et ex-dirigeant du laboratoire Cure Vac, apporte des éclaircissements.

Le vaccin à ARN messager présente la caractéristique de pouvoir être produit plus rapidement que les vaccins classiques
Le vaccin à ARN messager présente la caractéristique de pouvoir être produit plus rapidement que les vaccins classiques © AFP / FRANK MOLTER / DPA

Pour expliquer, le plus clairement possible, ce que représente le fameux ARN messager présent dans les vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna contre le Covid-19, Steve Pascolo utilise la métaphore d'une bibliothèque. "L'ADN, c'est comme un livre. Il y a 23 chromosomes chez les humains, ce qui correspond à 23 livres, et toutes les cellules de votre corps ont ces 23 livres" explique l'immunologiste, chercheur à l'université de Zurich et cofondateur de Cure Vac, l'une des entreprises qui travaillent sur ces vaccins, qu'il a quittée il y a une quinzaine d'années. "Mais chaque cellule n'a pas besoin de tout l'ADN : elle ne photocopie que les pages du livre dont elle a besoin. La photocopie en question, c'est l'ARN messager. C'est cette petite copie partielle de l'ADN, qui va ensuite être traduite sous la forme d'une protéine. Les cellules du pancréas par exemple vont photocopier la recette de l'insuline, alors que les cellules musculaires, qui possèdent aussi la recette, ne vont pas la photocopier".

Les vaccins à ARN messager reposent donc sur une part de l'ADN du virus qui sert à "coder" des protéines. Et en réalité, cela n'est pas nouveau : "Le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole), fonctionne avec des virus à ARN atténué. Lors qu'il est injecté, les virus donnent dans vos cellules leur ARN messager, explique le chercheur. On est sur une version synthétique de choses anciennes. Les vaccins de type ROR contiennent beaucoup d'ARN, de lipides, de protéines différentes, ils sont produits dans des œufs fertilisés. Alors que les vaccins ARN nouveaux ne contiennent que la molécule d'ARN, seule, pure, et quatre lipides. Autrement dit, _la version à ARN messager est beaucoup plus pure et plus sûre que les vaccins à ARN produits de façon naturelle, que vous avez eus précédemment_". 

"Si le vaccin causait des recombinaisons d'ADN, le virus le ferait aussi"

L'avantage de cette méthode par rapport à la production "classique" des vaccins, c'est sa rapidité. "Une fois que vous avez l'infrastructure pour produire de l'ARN messager, vous pouvez produire de l'ARN messager qui code pour n'importe quelle protéine. Le processus de production est toujours le même, et il dure maximum deux mois […] alors que les autres méthodes demandent de l'optimisation, un temps qui peut prendre plusieurs semaines à plusieurs mois", selon Steve Pascolo. 

A-t-on assez de recul pour mesurer l'impact de l'injection d'ARN messager ? "En réalité, on a des millions d'années d'expérience, explique le spécialiste. Notre corps est affecté en permanence par des virus, des bactéries, et il y a de l'ARN messager partout dans ces virus. Ils infectent votre corps et vous donnent leur ARN. Ca n'affecte pas votre ADN pour autant". Peu de risques, également, que des échanges et recombinaisons donnent naissance à de nouveaux virus : "On ne peux jamais l'exclure, mais ces mécanismes de "Transplacing" sont très, très précis et très définis. Nous avons des millions d'ARN messagers dans nos cellules, et ils ne se recombinent pas entre eux. Il n'y a pas de raison d'imaginer que l'ARN messager du vaccin puisse faire ce type de recombinaison. Et s'il le pouvait, alors le virus le ferait aussi, puisque cet ARN messager code pour une protéine du virus". 

Vers des vaccins anti-cancer ?

La technologie des vaccins à ARN messager est encore jeune mais peut évoluer. Elle devrait par exemple permettre une conservation des vaccins à des températures moins extrêmes. "Le vaccin Pfizer-BioNTech est transporté à -80°C, mais ensuite il est stable à 4°C dans un frigidaire pendant cinq jours (...) Avec le temps, on aura des versions de ce vaccin plus stables à 4°C, voire à température ambiante", explique-t-il. 

Par ailleurs, ces vaccins peuvent connaître des applications nouvelles, et notamment contre les cancers. C'est même une technologie déjà utilisée, mais de façon individuelle, selon Steve Pascolo : "Il y a beaucoup d'essais cliniques de phase 2, des essais pivots. _On peut produire et développer des vaccins anti-cancer individualisés, pour chaque patient_. La tumeur est analysée, séquencée, on trouve les mutations de la tumeur chez le patient et on fait de l'ARN messager vaccinal qui code pour ces mutations. Chaque patient reçoit son vaccin et totalement individualisé, et cela en moins de deux mois : c'est cela qui est en cours de développement".