Très contagieux, le variant britannique du la Covid-19 a contraint le Royaume-Uni à se reconfiner. Mais qu'en est-il sur le sol français ? Huit questions pour faire le point sur sa présence en France.

Arnaud Fontanet
Arnaud Fontanet © Radio France

Le variant britannique du virus circule-t-il massivement en France ? Tandis que le Royaume-Uni tout entier repasse à un confinement strict à cause des chiffres de transmissions plus élevés chaque jour (encore 61.000 cas positifs mardi), qu'en est-il dans l'hexagone ? "Nous regardons cela comme le lait sur le feu", assurait Olivier Véran mardi sur RTL, même si, à ce stade, très peu de cas ont été repérés en France. 

Il y a, avec ce variant, "une augmentation de 50 % de sa transmission", a indiqué mercredi Arnaud Fontanet, directeur de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur et membre du conseil scientifique, invité de France Inter. "Cela veut dire que, sur une échelle de quelques semaines, il pourrait devenir prédominant en France", précise-t-il, insistant sur l'importance de réaliser une "cartographie très précise du nombre de cas effectivement détectés"

Mercredi matin, un conseil de défense sanitaire se tenait à l'Élysée et ses conclusions seront exposées jeudi par le Premier ministre Jean Castex.

Où ce variant est-il apparu en France ?

Le premier cas du variant britannique B.1.1.7, désormais appelé VOC 202012/01, confirmé en France a été détecté le 25 décembre, à Tours, sur un Français arrivé de Londres quelques jours auparavant. Un deuxième cas a été détecté en Corse sur une personne qui rentrait de Londres, d'après l'Agence régionale de santé de Corse. 

Mardi, le directeur général des hôpitaux parisiens (AP-HP), Martin Hirsch, a indiqué que le variant britannique était "à Paris", car "on l'a trouvé dans un laboratoire parisien pour un patient de région parisienne"

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Enfin, la semaine dernière, le club de rugby de Bayonne a indiqué que dix de ses membres (neuf joueurs et un membre du staff) avaient été contaminés par le variant britannique après un match à domicile contre l'équipe anglaise de Leicester le 19 décembre.

Sait-on précisément combien de cas ont été détectés en France ?

Au total, "une dizaine de cas suspectés ou avérés" du variant britannique du coronavirus ont, pour l'instant, été repérés en France, a indiqué mardi le ministre de la Santé. Un chiffre confirmé sur France Inter par le professeur Fontanet, soulignant toutefois que l'on manquait encore de "données consolidées"

Comment est-il détecté lors des tests ?

"Ce variant a un talon d'Achille", explique Arnaud Fontanet. Lors des réactions PCR, utilisées pour les tests de diagnostic, le variant "donne, sur certaines machines, un signal altéré". "Normalement, trois signaux s'allument quand une réaction PCR est positive. Avec ce variant, l'un de ces trois signaux ne s'allume pas. Quand apparait ce signal déficient, on sait que l'on est peut-être en présence du variant. Il faut ensuite faire un séquençage", précise le professeur, membre du conseil scientifique. 

Comment faire pour surveiller la propagation de ce variant ?

Mardi, le ministre de la Santé a rappelé que "toutes les personnes qui rentrent en France en provenance d'Angleterre doivent avoir été testées". "Il y a des mises en quarantaine lorsqu'il y a des doutes", a-t-il dit.

Pour avoir une idée plus précise de la diffusion de ce variant, le professeur Fontanet évoque l'une des possibilités actuellement étudiées par Santé publique France et les Centres nationaux de référence. "Il s'agirait de re-tester tous les positifs sur une journée, d'identifier le nombre qui ont ce signal déficient, de faire les séquençages et d'avoir une idée du nombre de personnes, sur un jour donné, qui étaient affectées avec le variant. Et puis, ensuite, demander si la personne arrive de l'étranger ou si elle est sur le territoire français, ce qui permettrait de savoir s'il y a déjà une circulation locale ou s'il s'agit essentiellement de cas importés", détaille-t-il.  

Il s'agit là d'un travail "important", souligne le scientifique, pour connaître l'étendue de la propagation du variant et en dresser une cartographie plus précise qu'aujourd'hui pour avoir une "base de départ" pour estimer "quand ce variant deviendra un véritable problème de santé publique en représentant une part très importante des transmissions sur le sol français".

Quel est le risque avec ce variant ?

Il y a, avec ce variant, "une augmentation de 50 % de sa transmission", indique Arnaud Fontanet. "Cela veut dire que, sur une échelle de quelques semaines, il pourrait devenir prédominant, comme c'est aujourd'hui le cas en Grande-Bretagne, malgré des mesures de restriction qui étaient pourtant fortes." 

Que faire pour ne pas être dans la même situation que les Britanniques ?

D'après Arnaud Fontanet, l'état des lieux de la transmission du variant doit être réalisé "au plus tôt". "Plus vite on agit auprès des personnes qui auraient été affectées par ce variant pour les mettre en isolement strict, s'assurer que tous les contacts puissent être identifiés, plus vite on retardera la propagation de ce variant sur le territoire", explique-t-il. Cet observation permettra de dire "à quelle échéance (...) cette circulation deviendrait problématique"

Il faut en parallèle, selon le professeur Fontanet, gagner du temps en poursuivant la vaccination des personnes à risque de formes graves. "Il y a par exemple plus de 6 millions de personnes qui ont plus de 75 ans. Il faut les vacciner rapidement parce qu'on risquerait de se trouver dans une situation difficile pour eux si le variant se met à circuler de façon extrêmement massive." 

Le variant va-t-il empêcher la réouverture des lieux publics fermés ? 

Stations de ski, salles de spectacles et de concerts, cinémas : ces lieux ne semblent pas encore prêts de rouvrir... D'après le professeur Arnaud Fontanet, les décisions ne pourront être prises qu'une fois que le bilan de la circulation du virus pendant les fêtes et l'état des lieux de la circulation du variant auront été faits.   

Les vaccins déployés en France sont-ils efficaces contre le variant ?

"Les scientifiques considèrent qu'il y a très peu de risques que le vaccin soit moins efficace sur ce nouveau variant", a expliqué mardi le ministre de la Santé. "On a de bonnes raisons d'espérer que le vaccin garde toute son efficacité puisque la protéine qui est mutée dans le variant anglais n'est pas la partie de la protéine qui est ciblée par le vaccin."