Les Vénitiens étaient dans la rue pour dénoncer ce phénomène et l'exode dont ils sont victimes. Ils refusent, pour Venise, un avenir de musée à ciel ouvert.

Les gondoles sont le parfait point de vue pour les touristes : ils peuvent contempler les manifestations contre le tourisme de masse...
Les gondoles sont le parfait point de vue pour les touristes : ils peuvent contempler les manifestations contre le tourisme de masse... © Maxppp / ANDREA MEROLA

Sheila et Ringo n'auraient pas pu mieux le chanter : "Laisse les gondoles à Venise". Aujourd'hui, les habitants de la ville sont lassés du tourisme de masse et le font savoir. Samedi, ils étaient environ 300 Vénitiens à se rejoindre dans le centre historique de la Cité des Doges, valise à la main et drapeaux au poing pour alerter la municipalité sur leur exode. Pour eux, il est de plus en plus difficile de se loger alors que l'afflux de touristes continue de croître. "Venise perd 1.000 habitants chaque année. Elle en compte désormais moins de 55.000, contre 100.000 il y a quarante ans. Le danger est très important", a expliqué à l'AFP Matteo Secchi, le président de l'association Venessia.com, organisatrice de la manifestation baptisée "Venexodus". Le célèbre pont du Rialto s'est d'ailleurs vu habillé d'une banderole du même nom.

Cri d'alarme. 300 manifestants étaient dans les rues, samedi, pour alerter sur l'exode des Vénitiens.
Cri d'alarme. 300 manifestants étaient dans les rues, samedi, pour alerter sur l'exode des Vénitiens. © Maxppp / ANDREA MEROLA

"Sans les Vénitiens, ne m'appelle plus Venise", "Venise adieu", "Moi je ne pars pas, j'occupe et je résiste", les messages étaient divers mais portaient tous la même couleur : celle de la lassitude. Matteo Secchi voit déjà la Sérénissime devenir Pompéi : "Nous sommes en train de devenir une ville que les gens viennent visiter, dont ils disent qu'elle est magnifique mais où personne ne vit". "Les Vénitiens ne sont pas contre les touristes. Il est juste que les touristes puissent visiter Venise mais il est aussi juste que ses habitants puissent y vivre. Le défi est de réussir à concilier ces deux mondes différents", a-t-il ajouté. "Ce n'est pas une manifestation contre le tourisme mais contre les politiques que mène la ville depuis au moins 40 ans", explique un habitant Andrea Castelli. "Nous ne voulons pas quitter la ville. Nous sommes Vénitiens. Nous voulons vivre ici et nous demandons à la ville de Venise de nous aider à rester à Venise", ajoute-t-il vêtu de la cape rouge à parure d'hermine, vêtement traditionnel du Doge.

Après les funérailles de Venise et "Venisland"

Au centre des revendications donc, une politique qui aiderait la population locale à se loger, les prix ayant explosé avec le tourisme et les bailleurs privés privilégiant les locations de courte durée, plus rentables. Selon les manifestants, 2.000 habitations du parc public sont vides en raison de blocages administratifs. L'année dernière, ils étaient près de 20 millions de touristes à flâner dans la cité flottante. En 2009, venessia.com avait déjà organisé une opération coup de poing, baptisée les "funérailles de Venise", puis dénoncé l'année suivante la transformation de Venise en "Venisland", sorte de parc d'attraction à l'image de Disneyland.

►►►ÉCOUTER | "A Venise, les habitants slaloment entre les valises à roulettes de touristes", le reportage de Mathilde Imberty :

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►►►ÉCOUTER | A Venise, les habitants slaloment entre les valises à roulettes de touristes

Par Mathilde Imberty

Interrogée par l'AFP, la municipalité s'est dite tout à fait consciente des problèmes des habitants. Elle souhaite d'ailleurs permettre à Venise de conserver son âme et ses habitants et propose pour cela, un processus de démocratie participative. Elle étudiera les propositions, en trouvant "un juste équilibre" avec le tourisme, dont la ville vit. Une première depuis vingt ans.

Hasard du calendrier ? Samedi, c'était aussi le lancement du Carnaval de Venise, qui se déroulera jusqu'à la fin du mois et qui, chaque année, brasse les foules.

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