Un amendement mettant fin aux "bébés médicament" a été adopté. Cette technique consiste à concevoir un petit frère ou une petite sœur dont le sang du cordon peut ensuite soigner un frère ou une sœur malade. Interview du professeur René Frydman, "père" du premier bébé né de PMA, et du premier bébé médicament.

Vers la fin des bébés médicaments en France ?
Vers la fin des bébés médicaments en France ? © Getty / skynesher

Dans le cadre de l'examen en première lecture de la loi bioéthique, l'Assemblée nationale a adopté lundi soir un amendement LR mettant un terme à la technique dite du "bébé médicament". Cette méthode consiste à concevoir un bébé afin de sauver un grand frère ou une grande sœur atteint d'une maladie génétique. L'objectif est de disposer de cellules souches, prélevées sur le sang du cordon du bébé à naître. Ces cellules permettent ensuite de soigner l'enfant malade en faisant une greffe de moelle.  

Danielle Messager s'est entretenue avec le gynécologue-obstétricien, René Frydman, "père" du premier "bébé médicament". 

FRANCE INTER : La technique du "bébé médicament" est-elle une technique très utilisée ? 

PROFESSEUR RENÉ FRYDMAN : "C'était une technique sporadique puisque seuls 11 enfants sont nés et une trentaine de familles s'étaient portées volontaires depuis 2011. Lorsque la loi autorisant cette technique est passée, en 2011, on avait un grand manque de cellules du sang du cordon. Maintenant, ce manque est comblé grâce aux cellules-souches. Depuis quatre ans donc, il n'y a plus eu en France de tentative car il existe une autre solution : pouvoir disposer de cellules souches compatibles avec l'enfant malade. Mais il peut encore exister ici ou là des couples qui n'auraient pas d'autre solution, en raison d'un manque de compatibilité." 

En quoi cette technique est-elle utile encore aujourd'hui ? 

"Dans cette technique, un enfant est conçu avec un double diagnostic préimplantatoire, pour qu'il soit indemne de la  maladie génétique dont souffre un frère ou une sœur et immuno-compatible avec lui (ou elle), ce qui peut permettre la guérison de l'enfant atteint, grâce à un prélèvement de sang de cordon. "  

Comment réagissez-vous au vote de cet amendement qui pourrait marquer la fin de cette technique ? 

"D'une manière plus globale, cette décision est liée au diagnostic préimplantatoire, réclamé par les médecins pour éviter les fausses couches à répétition, les échecs etc. Je pense qu'à travers cet amendement, c'est un signal politique et non pas médical qui est donné. On donne un gage à un certain courant de pensée qui ne veut pas qu'on aborde la question du choix embryonnaire, et en particulier ce qui va se discuter sur le diagnostic préimplantatoire. 

Il y a une espèce d'accord : on avance sur le plan sociétal (avec l'extension de la PMA à toutes les femmes), mais on ne touchera pas à des fondements de certains courants de pensée. 

Sur le plan médical, je le regrette car je n'aime pas voir des femmes aller d'échec en échec, alors que l'on pourrait comprendre le pourquoi du comment, et le régler grâce au diagnostic préimplantatoire. Cela n'a rien à voir avec l'eugénisme. Il ne s'agit pas de choisir des embryons qui ont telles ou telles caractéristiques. C'est l'inverse : la question est d'écarter les embryons qui sont malades."

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