Mise en rayon, encaissements, livraisons... Les salariés des enseignes alimentaires sont exposés au risque de contamination depuis le début de l'épidémie. Obtiendront-ils tous la prime de 1 000 euros, encouragée par le ministre de l'Économie ? Les syndicats en doutent, au vu des premières propositions des entreprises.

Mercredi 22 avril, Emmanuel Macron a visité un magasin Super U à Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne.
Mercredi 22 avril, Emmanuel Macron a visité un magasin Super U à Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne. © AFP / Stéphane Mahe / Pool

Alors qu'Emmanuel Macron a visité un magasin Super U, mercredi, pour rendre hommage à la "deuxième ligne", une question reste en suspens pour nombre de ces salariés : auront-ils tous droit à une prime de 1 000 euros ? En effet, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a appelé les entreprises privées à verser ce montant, défiscalisé - 2 000 euros en cas d'accord d'intéressement - aux salariés qui ont travaillé pendant la crise sanitaire. Les personnels de la grande distribution en font partie.

Auchan, Casino, Lidl... Certains syndicats jugent la prime "inégalitaire"

Auchan a été le premier à s’engager à verser une prime forfaitaire de 1 000 euros à 65 000 collaborateurs. Mais, un mois plus tard, les syndicats déchantent, car "les premières propositions ne correspondent à ce qui avait été annoncé", regrette Carole Desiano, en charge de l'ensemble des syndicats FO dans la grande distribution. La piste envisagée serait plutôt une prime proportionnelle au temps de travail effectif, ce que le syndicat juge "discriminatoire", notamment pour les temps partiels.

"Le montant de cette prime sera modulé par rapport au temps de présence réel et des absences (sauf congés payés, récupération et RTT) sur la période du 15 mars 2020 au 18 avril 2020. Ce sera 1 000 euros nets pour tout collaborateur éligible dont le temps de présence est supérieur ou égal à 28 heures hebdomadaires (en moyenne), et proratisé pour une présence entre 10 heures et 28 heures. Jusqu'à 10 heures de présence hebdomadaire, ce sera un forfait de 50 euros net", complète Amar Lagha, secrétaire général de la CGT Commerce, se basant sur ses remontées du terrain. La prime serait versée en deux fois, sur les paies d'avril et mai.

De son côté, le groupe Auchan nous répond par mail qu'il ne souhaite pas s'exprimer sur le sujet et que "les discussions sont actuellement en cours avec les partenaires sociaux", maintenant sa déclaration sur Twitter.

Le groupe Casino, lui, nous informe par mail qu'"une prime jusqu’à 1 000€ net sera versée pour les collaborateurs en magasins et entrepôts, mobilisés pendant la période du confinement, pour les personnes effectivement présentes, et donc proratisées à la présence effective. Cela inclut les cadres, et les contrats courts, avec les mêmes critères".

Le syndicat FO précise de son côté : "1 000 euros pour tous les temps pleins, présents sur les huit semaines de confinement, une proratisation pour les temps partiels", le tout "versé le 10 juin, sur la paie de mai". Le syndicat ne se satisfait pas que _"la direction refuse de donner le même montant à chacun des salariés_, alors que tous ont été en première ligne, peu importe le temps de travail", estime-t-il dans un communiqué.

Quant au groupe Carrefour, son PDG, Alexandre Bompard, a promis sur France 2 une prime de 1 000 euros nets pour "toutes les équipes qui sont sur le terrain (magasins, entrepôts, drives)". Son versement aux 85 000 salariés serait prévu sur la paie de mai, indique l'entreprise sur Twitter.

Dans la foulée, Lidl a également annoncé une prime de 1 000 euros "pour les salariés mobilisés" pendant cette crise sanitaire, ce que l'entreprise nous confirme par mail. En réalité, il s'agira de compléter les 400 euros de prime de pouvoir d'achat versés en février. Le syndicat FO dit avoir reçu davantage d'informations : versée en juillet, cette prime de 600 euros concernerait les salariés mobilisés, proratisée s'il y a eu des absences (hors congés payés) et pour les contrats de moins de 30 heures. Les personnels administratifs présents physiquement obtiendraient quant à eux 300 euros de prime.

Le groupe Aldi nous a également adressé une réponse par mail : "Reconnaissant de l’implication sans faille de ses collaborateurs mobilisés pour assurer un service public indispensable, ALDI France a décidé de saluer cet engagement exceptionnel par le biais d'une prime dont les modalités sont actuellement à l’étude." Sans plus de précisions.

Autant d'annonces qui ne rassurent pas Amar Lagha, de la CGT Commerce, qui voit dans la mise en œuvre effective de ces primes une "escroquerie intellectuelle".

"Chaque employeur décide de gérer lui-même comment verser cette prime, donc elle est inégalitaire"

Selon ses remontées syndicales, au sein de plusieurs enseignes, "les salariés absents pour maladie (quel que soit le motif) durant cette période n'y auront pas droit, tout comme ceux qui ont travaillé de nuit, sous prétexte de non-exposition à la clientèle". De plus, selon lui, "des salariés sous-traitants, comme les agents de sûreté, qui ont payé le prix fort", risquent d'en être exclus.

Dans les groupes de franchises, l'incertitude pour les salariés en magasin

La question du versement d'une prime est encore plus complexe pour les salariés de magasins adhérents de coopératives, comme E. Leclerc, Système U ou Les Mousquetaires.

Le groupe E. Leclerc a bien promis une prime de 1 000 euros aux salariés des entrepôts et bases logistiques de ses 16 coopératives régionales. Quant aux magasins indépendants du réseau E.Leclerc, ils "définiront, en fonction de leur statut et de leur politique sociale, les modalités de la mise en œuvre", nous répond le groupe par mail. Ce sera au bon vouloir des directeurs. Toutefois, "l'enseigne invite l'ensemble des magasins indépendants de son réseau à définir les modalités d’organisation d’une juste gratification", précise le communiqué. "Pour l'instant, nous n'avons que des remerciements verbaux et écrits, mais pas de prime", s'inquiète un délégué syndical du Sud-Ouest qui souhaite rester anonyme.

S'agissant du groupe Système U, là encore, pour les salariés des magasins, cette décision relève des directeurs. Selon Thierry Desouches, responsable communication, "à l’heure actuelle, une large majorité de magasins se sont positionnés pour mettre en place un dispositif de prime". C'est par exemple le cas, nous dit-il, de celui visité par le président de la République, mercredi.

"En ce qui concerne la logistique (environ 6 000 personnes), il y aura une prime, dont le montant et les modalités de versement sont en discussion", explique-t-il.  Carole Desiano affirme avoir des informations plus précises sur ces modalités : "Elle concernera les salariés en CDI, CDD et intérimaires, la période de référence pour le calcul de la prime s'étend du 17 mars au 11 mai et sera proratisée aux temps de travail effectif, cinq jours de congés maximum pourront être pris sans impacter la prime, et elle sera versée sur la paie de mai".

Au sein de l'enseigne Mousquetaires, selon plusieurs syndicats, les modalités de versement sont connues pour les salariés de la partie logistique. La prime serait calculée au prorata des heures réellement travaillées sur le lieu de travail. Elle serait attribuée aux salariés en CDI, CDD, intérimaires et alternants, ceux dont le salarie est inférieur à trois Smic brut annuel, et versée en trois fois sur les mois d'avril, mai et juin.

Pour l'heure, aucune prime n'aurait été versée par ces enseignes, nous assurent les syndicats. Si elles font le choix d'en accorder, la loi exige un versement avant le 31 août. 

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