C'est quand même très bizarre : si l'on écoute comme on nous parle, les présentateurs de journaux n’arrêteraient pas d’apprendre des choses juste avant d’aller à l’antenne ! Ils n’arrêtent pas de nous indiquer qu’ils viennent d’apprendre un truc !

Étonnante précision. Nous, on sait bien que ce sont des informations de la journée qu’ils vont parler. Ils ne vont pas nous annoncer l’invention de la roue... ou la mort de Sarah Bernhard. Alors pourquoi donc cette formule « on vient de l’apprendre » ? Équivalent du célèbre « ça vient de tomber »... « Ça vient de tomber, Nicolas Sarkozy est devenu grand-père ! » Ben mince alors, ça vient de tomber où ? Et c'était où avant de tomber ? Le petit Solal est tombé ? Non, personne n'est tombé, mais la nouvelle est toute récente. Voilà le pourquoi de l'expression, qui est ainsi, pour le présentateur, une façon de réclamer l’indulgence de ceux auxquels il s’adresse. Parfois, l’information n’est pas encore certaine, on emploie le conditionnel. « On vient de l’apprendre : Lionel Jospin se serait fait défriser les cheveux... mais bon désolé, on n’a pas encore pu vérifier ! » Il arrive d'ailleurs que la formule soit en fait un mensonge. On connait la nouvelle depuis trois heures, mais aucun journaliste n'a pris le temps de mener l'enquête. Le présentateur justifie du coup l'absence de reportage en affirmant que l'information vient de tomber... Une formule qui lui permet en outre de souligner sa supériorité. Je ne sais pas si vous l'avez noté, mais il y a souvent comme une petite excitation dans la voix de celui qui dit « on vient de l’apprendre ». Parce que c’est très gratifiant d’être le tout premier à donner une information, de surcroît si celle-ci se révèle étonnante. « On vient de l’apprendre : Jean-Pierre Treiber participera au prochain Koh-Lanta »… Effet de surprise garanti, même si, la plupart du temps, ce sont plutôt des nouvelles graves que l'on annonce ainsi : un décès, un tremblement de terre... Ou alors, à l'inverse, une chose sans importance ! « On vient de l’apprendre : Roselyne Bachelot a offert un CD d’opéra à Frédéric Mitterrand. » L’information n’a strictement aucun intérêt, le présentateur le sait bien, mais il sait aussi qu'en la faisant précéder de l'expression « on vient de l’apprendre », ça lui donne illico l’air importante. Comme si la fraicheur de la nouvelle la rendait d'emblée légitime. A l'image d'une salade au début d’un repas. D'un point de vue gastronomique, une salade n’a pas d’intérêt, mais ça passe toujours bien dès lors que c’est très frais… Une frisée aux lardons par exemple, une petite Jospinette... Encore faut-il ne pas s’éclabousser de vinaigrette en lâchant l’une des feuilles. Dans ce cas, on reprend la formule et l'on dit : « Désolé, ça vient de tomber ! » Chronique (Gimmick) du 21/01/10 dans "Comme on nous parle"

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