Vincent Bolloré
Vincent Bolloré © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Le Conseil National de l'Audiovisuel a auditionné jeudi matin le patron de Vivendi et de Canal+. Sous la pression du CSA Vincent Bolloré a dû prendre des engagements pour assurer l'indépendance éditoriale à Canal+ mais s'est défendu des accusations de censure.

L'échange a été "serein et courtois", indique Canal+. A la sortie de l'audition à huis clos, Vincent Bolloré a déclaré :

C'était un honneur et un plaisir d'être devant le CSA. Je crois beaucoup à la régulation française.[...] J'ai toujours respecté la réglementation.

Les huit sages de l'autorité de régulation de l'audiovisuel recevaient le patron du groupe Vivendi Canal+ critiqué par certains pour son interventionnisme depuis que l'homme d'affaires a pris le contrôle du groupe au printemps en changeant la plus part des dirigeants.

Changement de toutes les équipes dirigeantes de D8, i-Télé et Canal + et Canalsat, remplacée par des hommes "à lui". Reprise en main des émissions de la chaîne cryptée, y compris des sketches des Guignols et surtout, censure de plusieurs documentaires et notamment une enquête de "Spécial Investigation" de Canal+ sur le Crédit Mutuel, banque partenaire de Vivendi, un documentaire que Vincent Bolloré aurait personnellement fait déprogrammer en mai, selon Mediapart. L'autre reportage portait sur le duel Hollande-Sarkozy. Un troisièle reportage sur l'OM, diffusé sur Canal Plus Sport, a été retiré de l'offre de télévision de rattrapage.

Selon BMF Business, Vincent Bolloré s'est défendu des accusations de censure qui, relèveraient, selon lui, de contre-vérités et de procès d'intention.

A la veille de cette audition, le collectif Informer n'est pas un délit , qui regroupe une cinquantaine de journalistes et l’ONG Reporters sans frontières, a interpellé le CSA en espérant que le Conseil osera poser les questions qui dérangent. Des questions listées, dans une tribune publiée mercredi dans le Monde et sur Médiapart. Car selon le collectif et RSF," Vincent Bolloré ne doit pas pouvoir tout se permettre. Il en va de l'indépendance éditoriale des médias".

La Scam s'est également insurgée. La société d'auteur y voit "un mécanisme inacceptable de censure pure et simple" et a demandé mercredi au CSA d'intervenir.

L'industriel a assuré de son impartialité politique, notamment concernant iTélé.

Vincent Bolloré s'est engagé à la "reconstitution élargie et pluraliste du comité d’éthique d’iTélé", écrit le CSA. Le comité existant s'était autodissout après le licenciement de__ la directrice générale d’i-Télé, et de la directrice de la rédaction d’i-Télé.

Au-delà des changements opérés sans ménagement par Vincent Bolloré ces dernières semaines, il y a les nouveaux noms annoncés pour D8, D17 et i-Télé, rebaptisées C8, C17 et CNnews. Le changement de nom d'une chaîne doit par exemple recevoir l'accord du CSA. Le CSA, a jugé nécessaire de "mettre en place un groupe de travail qui sera chargé d'examiner l'ensemble des conséquences" des changements menés au sein du groupe par le nouveau patron de Vivendi.

Quel est le pouvoir du CSA pour faire respecter l'indépendance éditoriale des chaînes ?

Mais que peut faire le Conseil si les réponses de Bolloré ne lui conviennent pas ?

Selon BFM Business, Vincent Bolloré s'est montré opposé a une mise à jour de la convention passée entre Canal Plus et le CSA, un texte très en retrait par rapport à celui des autres chaînes, mais il s’est engagé à créer un comité d’éthique auprès de Canal+ dont la mission sera de garantir, sous le contrôle du CSA, l’indépendance éditoriale comme celle de l’information.

►►► VOIR | Le billet d'humeur de Charline Vanhoenacker diffusé le 8 septembre et consacré à Vincent Bolloré et à sa reprise en main de Canal+

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