Ils examinent cet après-midi une proposition de loi dont le but est d'interdire les "violences éducatives ordinaires" (fessées, tapes, mots blessants des parents, professeurs, ou nounous). Un sujet qui pose question y compris dans les familles, et souvent évoqué par les parents un peu perdus face à leurs enfants.

L'Assemblée nationale examinent à partir de jeudi une proposition de loi pour interdire gifles et fessées (photo d'illustration)
L'Assemblée nationale examinent à partir de jeudi une proposition de loi pour interdire gifles et fessées (photo d'illustration) © Maxppp / Matthieu de Martignac

Ce n'est pas parce que 23 pays européens ont déjà voté une loi similaire que l'idée va de soi en France. Les débats s'annoncent houleux : certains députés voient dans cette proposition de loi pour interdire les fessées et autres punitions corporelles une ingérence de l'État dans la sphère privée.

Évidemment, il n'est pas question dans le texte d'infliger une amende ou une peine de prison pour "gifle ou fessée sur son enfant". La proposition de loi ne prévoit aucune sanction pénale : il s'agit d'un texte très court, constitué de deux articles eux-mêmes très sommaires. Le premier prévoit d'ajouter à l'article 371-1 du Code civil (celui lu à la mairie lors des mariages) que les parents ne doivent pas user à l’encontre de l’enfant de moyens tels que la violence physique, verbale ou psychologique, les châtiments corporels ou l’humiliation. L'article 2 est lui axé sur les moyens de prévention qui seront mis en place pour éviter ses violences. Autrement dit, comment effacer de la mémoire collective que finalement, "une bonne fessée, ça n'a jamais fait de mal à personne".

Une idée encore bien implantée, y compris dans les instances judiciaires. En juin dernier par exemple, le tribunal correctionnel de Toulouse a relaxé un enseignant de maternelle, poursuivi pour avoir tiré les oreilles et donné des tapes sur la tête de deux élèves de cinq ans. Le tribunal a considéré qu'il avait fait usage de son "droit de correction", un droit qui n'est inscrit nulle part dans la législation française mais souvent invoqué par les tribunaux.

Beaucoup de parents se posent déjà la question

Et ça, les écoutants du numéro d'aide à la parentalité "Allô Parents Bébé" le savent bien. Depuis dix ans, ils répondent à toutes les questions que se posent les futurs et jeunes parents sur les bons comportements à avoir. Cinq personnes s'y relaient du lundi au vendredi et de 9h à 18h. Les questions de violences y sont aussi parfois évoquées.

Il y a dix ans, l'association Enfance et Partage a créé le numéro vert Allo Parent bébé, une aide à la parentalité
Il y a dix ans, l'association Enfance et Partage a créé le numéro vert Allo Parent bébé, une aide à la parentalité © Radio France / Hélène Chevallier

Le plus souvent au bout du fil, on trouve des mères submergées par l'arrivée d'un premier enfant. Si beaucoup ont des questions pratiques sur le sommeil, la séparation, certains font aussi suite à un geste violent. "Dans ce cas, on essaye de comprendre dans quel contexte cela a pu arriver, parce que bien sûr cela n'arrive pas comme cela, venu de nulle part", explique Bérénice, écoutante à "Allô Parents Bébé". "On discute, on voit le contexte, on essaye de comprendre ce qui a pu faire violence dans la situation pour que la mère réponde de cette manière-là. On essaye aussi de comprendre si c'est un schéma qui peut éventuellement se répéter."

Si c'est le cas, Bérénice peut proposer à la maman un suivi pendant quelques semaines. Elle fixe alors des rendez-vous téléphoniques hebdomadaires pour voir comment la situation évolue. Si rien ne change, les écoutantes l'orienteront vers un suivi psychologique dans un cabinet.

Les parents sont souvent partagés entre l'éducation un peu ferme qu'ils ont reçue dans leur enfance, et les méthodes plus bienveillantes d'aujourd'hui.

Ils sont bombardés par des conseils sur l'école Montessori, l'éducation positive, l'interdiction de la claque et de la fessée, et puis en même temps il y a aussi des personnes qui disent une claque, une fessée de temps en temps, c'est pas bien grave, alors qui croire ?

Pour Bérénice, il y a un décalage fréquent entre le souvenirs qu'ont ces jeunes parents de leur propre enfance et la situation actuelle : "Peut-être que ces parents, eux aussi, quand ils étaient jeunes, ont reçu des claques, des fessées... Et ils n'en ressortent pas forcément traumatisés. Donc ils se sentent en déséquilibre par rapport à leur éducation idéale."

Assez méconnu, "Allô Parent Bébé" permet ainsi aux parents de comprendre leur geste anonymement au téléphone, là où ils n'auraient certainement pas osé le faire devant un professionnel de la petite enfance. Des conseils qui pourraient se répandre plus globalement dans la société si la proposition de loi examinée par les députés parvient à les convaincre.

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