"Tous les policiers, aujourd'hui, pâtissent de cette image", juge Christophe Korell, ancien policier, président de l'association "Agora des citoyens de la police et de la Justice" après le passage à tabac de Michel Zecler. "L'enjeu est de retrouver cette confiance et cela passera par des actes."

Capture d'écran de la vidéo surveillance du local de Michel Zecler.
Capture d'écran de la vidéo surveillance du local de Michel Zecler. © AFP / Michel Zecler / GS Group

Les images de l'interpellation violente de Michel Zecler, producteur de musique, dans le XVIIe arrondissement de Paris, on suscité une véritable indignation. Révélées par le site Loopsider, elles témoignent de l'extrême brutalité des policiers qui ont littéralement passé à tabac ce producteur de musique. Vendredi soir, quatre policiers étaient en garde à vue et trois l'étaient pour violences à caractère raciste dans le cadre de l'enquête dirigée par l'Inspection général de la police nationale (IGPN). Mais quelles conséquences, après la diffusion de ces images, dans l'opinion publique ? Que faire pour "soigner" la police et la rassurer les citoyens qui s'en méfient ? 

Christophe Korell, ancien policier, président de l'association Agora des citoyens de la police et de la Justice, constate que la police "n'avance plus" depuis longtemps, estime que la question de la violence et du racisme est loin d'être un phénomène "isolé" et que la confiance avec les Français doit être retrouvée en passant "par des actes", dit-il sur France Inter, invité du 13/14 vendredi.  

FRANCE INTER : Comment avez-vous réagi en voyant les images de l'arrestation de Michel Zecler ? 

"Ces images sont terribles, très violentes et quelle que soit l'intervention, quelle que soit sa nature, elles ne doivent jamais amener à une telle violence, un tel déchaînement. C'est tout à fait inadmissible venant de la part de policiers dont il faut rappeler qu'ils sont des gardiens de la paix."

Il y a deux sons de cloches depuis : ceux qui disent que ce sont des brebis galeuses et ceux qui parlent d'un problème structurel de violence et de racisme dans la police. Où vous situez-vous ? 

"Au milieu. Cela fait des années que la police n'avance plus. On est soumis à des crises qui se succèdent les unes par rapport aux autres. On n'a absolument jamais le temps d'analyser ce qui s'est passé et on avance. Avec des politiques qui n'ont absolument pas de vision à long terme de ce que doit être la police nationale, de ce qu'on doit faire. Donc, on doit absolument réformer tout ça. On doit se mettre autour d'une table et avancer pour essayer de changer ce qui doit l'être. On parle de recrutement, on parle de formation. Il y a plein de sujets qu'il faut évoquer." 

Il y a donc une question du racisme et de la violence dans la police, qui va au delà des images de ce producteur de musique ? Ce n'est pas un phénomène isolé ? 

"Oui, difficile de dire que c'est isolé. On l'a vu hier, on l'a vu il y a trois jours avec les manifestations à République. Ça fait des mois maintenant qu'on a des images, qui se succèdent les unes aux autres. Il est difficile de parler de quelque chose de complètement isolé. Donc, maintenant, il faut avancer."

Les conséquences pour les policiers qui sont aujourd'hui sur le terrain. Quelles sont-elles ? 

"Tous les policiers, aujourd'hui, et même si des centaines de milliers d'interventions se passent très bien sur le terrain, forcément, pâtissent de cette image. Chaque fois qu'on a une affaire comme ça qui sort dans la presse, ce sont des citoyens qui s'éloignent de la confiance qu'ils doivent avoir dans la police. L'enjeu est là maintenant : on doit retrouver cette confiance et cela passera par des actes."

Est ce que ça passe par le fait de filmer les policiers plus systématiquement et en tout cas, en aucun cas d'empêcher les journalistes ou citoyens de le faire ? 

"Évidemment qu'il ne faut pas empêcher les journalistes ou les citoyens de filmer la police. Mais l'enjeu de cet article 24, puisque c'est à cela que vous faites référence, il n'est pas tant de filmer ou de diffuser. C'est aussi de protéger le policier dans sa sphère privée. C'est au législateur, à l'Assemblée nationale, de faire en sorte d'amender cet article pour que tout le monde soit en confiance, que tout le monde y trouve son compte. Que les journalistes et les citoyens soient rassurés sur le fait qu'ils puissent toujours filmer des policiers, on doit être très clairs là dessus. Et aussi d'entendre cette crainte des policiers dans le cadre de leur sphère privée, pour leur famille et pour ce qui pourrait arriver effectivement, quand ils sont sur leur temps familial."

La défenseure des droits, Claire Hédon, dénonce que les rares poursuites réclamées par le Défenseur des droits en cas de manquements ne sont jamais prises en compte. Elle propose de confier au Défenseur des droits et non pas à l'IGPN la propositions de sanctions administratives, pour plus d'indépendance. Qu'en dites-vous ? 

"Je vais vous répondre avec une citation : 'La police doit discuter avec les jeunes et avec les Noirs. Impliquer la population dans la formation des policiers'. Cette phrase est de Didier Lockwood, directeur de l'équivalent de l'IGPN en Angleterre. Je vous laisse mesurer ici le fossé entre l'IGPN anglaise et l'IGPN française. C'est ça qu'on doit repenser. Quand on parle de confiance, à un moment donné, la police doit aller vers le citoyen pour recouvrer cette confiance. On doit arrêter de dire que 70% de la population soutient la police. Bien sûr que c'est bien, mais 30 %, en France, ça représente plus de 10 millions de personnes. Donc, on doit aller vers ces 10 millions de personnes. Ça passera par une réforme de l'IGPN. Et, effectivement, ça passera aussi par un suivi des recommandations du défenseur du Droit."

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